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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200882

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200882

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantPAMLAW - AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 janvier 2022 et le 22 octobre 2023, les sociétés par actions simplifiée (SAS) On Tower France et Free Mobile, représentées par Me Martin, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne a fait opposition à la déclaration préalable de travaux n°DP09207821E0038 de la société On Tower France en vue de l'implantation de trois nouvelles antennes relais et de la rénovation des fausses cheminées existantes sur le toit d'un immeuble situé au 81 avenue Jean Moulin à Villeneuve-la-Garenne ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne de délivrer à la société On Tower France une décision de non-opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-la-Garenne une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il méconnait les dispositions de l'article 222 de la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le motif d'opposition tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UD 10 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Villeneuve-la-Garenne est entaché d'une erreur de droit.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 juillet 2022 et le 27 novembre 2023, la commune de Villeneuve-la-Garenne conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge des sociétés requérantes une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beauvironnet,

- et les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société On Tower France (OTF) a déposé, le 16 aout 2021, une déclaration préalable en vue de l'implantation de trois nouvelles antennes relais et la rénovation de trois fausses cheminées existantes sur le toit d'un immeuble situé au 81 avenue Jean Moulin à Villeneuve-la-Garenne. Par un arrêté du 12 novembre 2021, le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne a fait opposition à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la société On Tower France et la société Free Mobile demandent l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'Etat. () ". Selon l'article R. 424-1 de ce code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / a) Décision de non-opposition à la déclaration préalable () ". Aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet. " L'article R. 423-23 du même code prévoit que : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / a) Un mois pour les déclarations préalables () ". L'article R. 423-38 de ce code dispose que : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes. " Enfin, l'article R. 423-39 du code de l'urbanisme prévoit que : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : () c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ".

3. Il est constant que la société On Tower France a déposé en mairie sa déclaration préalable de travaux en vue de l'implantation de trois nouvelles antennes-relais et la rénovation de trois fausses cheminées existantes le 16 août 2021 et que le délai d'instruction d'un mois prévu par l'article R. 423-23 du code de l'urbanisme n'a démarré qu'à la date de réception des pièces complémentaires demandées par le service instructeur dans son courrier du 26 août 2021, soit le 22 octobre 2021, pour s'achever le 22 novembre 2021. Toutefois, si le maire de la commune de Villeneuve-la-Garenne s'est opposé à cette déclaration préalable par un arrêté du 12 novembre 2021, il ressort des pièces du dossier que celui-ci n'a été notifié à la société requérante que le 25 novembre 2021. Ainsi, la notification de l'arrêté d'opposition à travaux, au sens des dispositions précitées de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme, est intervenue postérieurement à l'expiration, le 22 novembre 2021, du délai d'instruction. Il en résulte que la société On Tower France était titulaire, depuis cette date, d'une décision tacite de non-opposition aux travaux objets de la déclaration préalable du 16 août 2021. Dès lors, l'arrêté contesté du 12 novembre 2021, présenté formellement comme une décision d'opposition, doit être regardé comme portant retrait de cette décision tacite de non-opposition.

4. En second lieu, aux termes de l'article 222 de la loi n°2018-1021 du 23 novembre 2018 : " A titre expérimental, par dérogation à l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme et jusqu'au 31 décembre 2022, les décisions d'urbanisme () ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées. / Cette disposition est applicable aux décisions d'urbanisme prises à compter du trentième jour suivant la publication de la présente loi () ".

5. Il en résulte que les décisions ne s'opposant pas à l'implantation d'antennes de radiotéléphonie mobile avec leurs systèmes d'accroche et leurs locaux et installations techniques ne peuvent pas être retirées par l'autorité administrative.

6. Par suite, les sociétés On Tower France et Free Mobile sont fondées à soutenir que l'arrêté du 12 novembre 2021, notifié le 25 novembre 2021, par lequel le maire de Villeneuve-la-Garenne a retiré la décision implicite de non-opposition dont était titulaire la première de ces sociétés, a été pris en méconnaissance de l'article 222 précité.

7. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens présentés à l'appui de la requête ne sont pas de nature, en l'état du dossier soumis au tribunal, à fonder l'annulation des arrêtés en litige.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui annule l'arrêté du 12 novembre 2021 par lequel le maire de Villeneuve-la-Garenne a retiré la décision tacite de non-opposition à la déclaration préalable déposée par la société On Tower France, a pour effet de rétablir cette décision ainsi retirée dans l'ordonnancement juridique. Dès lors, il n'y a pas lieu d'enjoindre au maire de Villeneuve-la-Garenne de délivrer à la société On Tower France une décision de non-opposition à sa déclaration préalable.

Sur les frais du litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Villeneuve-la-Garenne, qui est la partie perdante dans la présente instance la somme de 750 euros chacune au titre des frais exposés par les sociétés On Tower France et Free Mobile et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la commune de Villeneuve-la-Garenne soient mises à la charge des sociétés On Tower France et Free Mobile, qui ne sont pas la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Villeneuve-la-Garenne du 12 novembre 2021 est annulé.

Article 2 : La commune de Villeneuve-la-Garenne versera une somme de 750 euros à la société On Tower France et une somme de 750 euros à la société Free Mobile au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de commune de Villeneuve-la-Garenne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié aux sociétés On Tower France et Free Mobile, ainsi qu'au maire de Villeneuve-la-Garenne.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Mme Beauvironnet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

E. Beauvironnet

La présidente,

S. Edert

La greffière,

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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