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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2200991

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2200991

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2200991
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2022, Mme A, représentée par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 5 novembre 2020 en tant que par cet arrêté, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cinquante euros par jour de retard , ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- le préfet n'a pas saisi la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de fait et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation en considérant qu'elle n'établissait pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect à la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et fait obstacle à la poursuite de ses études ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 février 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique l'ensemble des pièces utiles au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne, née en 2001 expose être entrée en France le 22 octobre 2017 accompagnée de sa mère et de ses deux frères mineurs. Le 19 février 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-11 (7°) et L. 313-14 alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 5 novembre 2020, le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Mme A demande l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour, et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, Mme A soutient que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait en considérant qu'elle n'établissait pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine alors que son père est décédé en août 2013 et que sa seule famille, à savoir sa mère, ses deux frères et sa tante, résident en France. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la mère de la requérante se maintient en situation irrégulière sur le territoire français et qu'elle a fait l'objet d'un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 5 novembre 2020 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation de son pays de renvoi, contesté devant le tribunal administratif de Cergy-Pontoise par une requête enregistrée sous le n°2206055. En outre, par les pièces qu'elle produit, Mme A n'établit pas la réalité des liens de parenté qui l'unissent avec la personne qu'elle présente comme sa tante, de nationalité française. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de fait ni qu'il n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut d'examen sérieux doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision contestée : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. () " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. En l'espèce, Mme A se prévaut de la durée de son séjour, de la présence en France de sa mère, de ses deux frères mineurs, et de sa tante de nationalité française ainsi que de son parcours scolaire et des diplômes qu'elle a obtenu depuis son arrivée sur le territoire français. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 2, la requérante qui justifie par les pièces qu'elle produit, être entrée en France en fin d'année 2017, n'établit pas de la réalité des liens personnels et familiaux qui l'unissent avec la personne qu'elle présente comme sa tante, de nationalité française. En outre, elle n'invoque aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstruise en Côte d'Ivoire, pays dont sa mère et ses deux frères ont également la nationalité et dont il n'est pas justifié qu'ils vivent en situation régulière en France. Par ailleurs, la circonstance que la requérante a obtenu un diplôme du baccalauréat professionnel spécialité accompagnement soins et services à la personne option B - en structure, avec la mention très bien et s'est inscrite, au sein de l'institut de formation en soins infirmiers de Nanterre au titre de l'année scolaire 2021-2022, est postérieure à la décision attaquée, elle est donc sans influence sur sa légalité. Dans ces conditions, en dépit d'un parcours scolaire en France réussi, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision de refus de titre de séjour en litige a été prise. Il n'a ainsi ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, si Mme A soutient que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (dans sa rédaction alors applicable), elle n'identifie pas précisément les règles prescrites par ces dispositions qui auraient ainsi été méconnues. Par suite, le moyen doit être écarté comme n'étant pas assorti des précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer () une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () " Aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. () "

7. D'une part, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet est tenu de saisir la commission du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues à cet article auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent de ces dispositions. Il résulte de ce qui précède que, Mme A, ne remplit pas les conditions d'obtention du titre de séjour qu'elle a sollicité. Par ailleurs, il est constant que Mme A ne résidait pas en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, contrairement à ce qu'elle soutient, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour visée à l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avant de refuser sa demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 313-14 précité.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens qu'elle a soulevé contre la décision du refus de titre de séjour n'est fondé. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir que cette décision d'obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision litigieuse : " () II. L'étranger auquel il est fait obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de l'obligation de quitter le territoire français. L'autorité administrative, peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () Toutefois, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, décider que l'étranger est obligé de quitter sans délai le territoire français () "

11. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, soit le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a accordé à Mme A un délai de trente jours pour satisfaire à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, doit être écarté.

12. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés par Mme A contre la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors Mme A n'est pas davantage fondée à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

13. En troisième et dernier lieu, la requérante ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à rendre nécessaire la prolongation du délai de trente jours que lui a accordé le préfet des Hauts-de-Seine pour satisfaire à l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Au demeurant, l'intéressée n'établit, ni même n'allègue, avoir sollicité auprès de l'autorité préfectorale une telle prolongation. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en fixant le délai de départ volontaire à trente jours, le préfet des Hauts-de-Seine a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions du 5 novembre 2020 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 au titre des frais non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Rohiccioli et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président ;

M. Louvel, premier conseiller ;

Et Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guerin

Le président,

signé

P. Thierry

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22009912

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