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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201165

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201165

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2022, Mme A D, représentée par Me Ormilien, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision en date du 5 janvier 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- a été signée par une autorité incompétente pour en connaître ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les 3°, 5° et 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- viole les article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est contraire aux articles 3 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bertoncini, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, née le 25 novembre 1981 au Nigéria, pays dont elle a la nationalité, serait entrée en France le 16 juillet 2004. Elle a, une première fois, sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur qui lui a été refusée le 14 septembre 2017 par une décision du préfet du Val-d'Oise assortie d'une obligation de quitter le territoire. Par un jugement du 28 novembre 2018, le tribunal administratif a rejeté la requête en annulation qu'elle avait formée contre ces décisions. Elle a, une nouvelle fois, sollicité son admission au séjour le 22 avril 2021 en application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par décisions du 5 janvier 2022, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. Elle demande au tribunal d'annuler la décision l'obligeant à quitter le territoire.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21-008 du 31 mars 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er avril 2021, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme C, cheffe du bureau du contentieux des étrangers de la préfecture du Val-d'Oise, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer les décisions refusant la délivrance de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de ces décisions manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. (). ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

4. Le préfet a, le 5 janvier 2022, refusé de délivrer un titre de séjour à la requérante et l'a obligée à quitter le territoire sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 précité. La décision refusant de lui délivrer un titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement. Partant elle est motivée. Par suite, et en application des dispositions précitées, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été, pendant toute cette période, titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

6. D'une part, si Mme D se prévaut de sa durée de présence sur le territoire national, elle n'établit pas résider régulièrement, et non habituellement, en France depuis plus de dix ans.

7. D'autre part, elle n'établit pas davantage être la mère d'un enfant mineur de nationalité française à l'éducation et l'entretien duquel elle contribuerait effectivement.

8. Enfin, si elle produit un certificat médical établi le 19 janvier 2022 par le docteur B, attestant qu'elle est suivie pour des troubles psychologiques, ce document, qui précise qu'elle ne peut être prise en charge de manière " optimale " dans son pays d'origine, eu égard à son caractère général et peu circonstancié, ne permet pas de démontrer que la requérante ne pourrait effectivement bénéficier de soins appropriés dans son pays d'origine.

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des 3°, 5° et 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne saurait être accueilli.

10. En quatrième lieu, selon les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit à l'étranger qui n'entre pas dans les catégories ouvrant doit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus.

11. Mme D, serait entrée en France en 2004, ce qu'elle n'établit pas, après avoir vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans dans son pays d'origine où réside sa mère et les membres de sa fratrie. En outre, si elle a donné naissance en France à un enfant, le 29 août 2013, elle n'établit ni vivre avec lui, ni contribuer effectivement à son entretien et son éducation, ni même entretenir avec ce dernier des liens stables et intenses, par la production d'une simple attestation de vie commune de son père, un témoignage datant de 2018 de la directrice de crèche et un relevé de compte. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme D a été condamnée entre 2006 et 2013 à des amendes pour racolage, conduite sans permis ainsi que, notamment, le 16 janvier 2013 à quatre ans d'emprisonnement pour traite d'être humain commise à l'égard de plusieurs personnes, proxénétisme et proxénétisme aggravé, et le 19 septembre 2013 par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Bordeaux à un an et six mois d'emprisonnement pour participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement et proxénétisme aggravé. Dans ces conditions, eu égard aux conditions de séjour en France de l'intéressée, l'autorité préfectorale n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Par suite le préfet n'a méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 11 ci-dessus, et alors que l'exécution de la décision attaquée n'aura en tout état de cause pas pour effet de séparer la requérante de son enfant, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation de la décision attaquée doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent également qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D, et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

signé

T. BertonciniL'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

D. Robert

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2201165

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