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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201204

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201204

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET FOLEY HOAG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 24 janvier 2022, 23 mars et 2 juin 2022, l'établissement public Grand Port fluvio-maritime de l'Axe Seine (HAROPA), demande au tribunal :

1°) d'ordonner la remise du terrain occupé par la société Financière LOGIMMO et Développement (LOGIMMO), dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de l'autoriser à recourir à la force publique pour l'évacuation du terrain, aux frais et risques de l'intéressée ;

2°) de condamner la société LOGIMMO au paiement d'une amende de 1 500 euros au titre de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques

Il soutient que :

- un procès-verbal de contravention de grande voirie a été dressé le 3 janvier 2022, à l'encontre de la société LOGIMMO, qui se maintient sans droit ni titre sur un terrain relevant du domaine public fluvial, situé aux n° 28-32 route du Bassin n° 6 sur le port de Gennevilliers ;

- l'occupation sans autorisation du domaine public fluvial est un empêchement au sens de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques et constitue une contravention de grande voirie devant faire l'objet d'une sanction.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 février et 29 avril 2022, la société LOGIMMO, représentée par Me Scanvic, conclut à l'annulation du procès-verbal de grande voirie, au rejet des conclusions de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de HAROPA au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle fait valoir que le procès-verbal litigieux est insuffisamment précis, que les bâtiments situés sur le terrain litigieux ne relèvent pas du domaine public, que la convention d'occupation du domaine public qui la liait à HAROPA a été illégalement résiliée et que le procès-verbal est dépourvu de base légale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- l'ordonnance n°2021-614 du 19 mai 2021 ;

- le décret n°2021-618 du 19 mai 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bories,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- les observations de Mme A, pour HAROPA,

- et les observations de Me Scanvic, pour la société LOGIMMO.

Une note en délibéré a été produite pour la société LOGIMMO le 3 juin 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La société Financière LOGIMMO et Développement (LOGIMMO) occupait un terrain relevant du domaine public fluvial, situé route du Bassin n° 6 sur le port de Gennevilliers, et propriété du grand port fluvio-maritime de l'axe Seine (HAROPA). Par un courrier du 26 mai 2021, HAROPA a invité la société LOGIMMO à lui restituer ce terrain, nu et libre de toute installation, au plus tard le 31 décembre 2021, en application de la convention d'occupation du domaine public qui les lie, en vigueur depuis le 1er janvier 1972 et pour une durée de cinquante ans. L'établissement HAROPA demande au tribunal d'ordonner la remise du terrain occupé par la société LOGIMMO, dans un délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et à défaut, de l'autoriser à recourir aux forces de l'ordre pour son évacuation.

Sur l'action publique :

2. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique () ". L'article L. 2132-9 du même code dispose que : " Les riverains, les mariniers et autres personnes sont tenus de faire enlever les pierres, terres, bois, pieux, débris de bateaux et autres empêchements qui, de leur fait ou du fait de personnes ou de choses à leur charge, se trouveraient sur le domaine public fluvial. Le contrevenant sera passible d'une amende de 150 à 12 000 euros, de la confiscation de l'objet constituant l'obstacle et du remboursement des frais d'enlèvement d'office par l'autorité administrative compétente ".

3. En premier lieu, le procès-verbal de grande voirie litigieux est daté de " l'an deux mille vingt-deux, le 3 janvier 2021 ". La mention de l'année 2021 relève ainsi d'une simple erreur de plume et ne saurait, en tout état de cause, entraîner l'illégalité de cet acte.

4. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le terrain litigieux est situé au cœur des installations portuaires de Gennevilliers, remises en gestion à HAROPA par l'ordonnance et le décret du 19 mai 2021 relatifs à la fusion du port autonome de Paris et des grands ports maritimes du Havre et de Rouen en un établissement public unique. La circonstance que certains des immeubles édifiés sur ce terrain n'auraient pas été directement affectés au service public est sans incidence sur l'appartenance dudit terrain au domaine public fluvial.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que le terrain litigieux a fait l'objet d'une convention d'occupation du domaine public du 6 décembre 1972, qui a pris effet le 1er janvier 1972 pour une durée de cinquante ans, et est arrivée à échéance le 31 décembre 2021. La circonstance qu'un avenant à cette convention, signé le 10 octobre 1978, stipule à son article 3 que " l'autorisation se renouvellera par tacite reconduction de cinq ans en cinq ans, sauf préavis contraire de l'une ou l'autre des parties, donné par lettre recommandée six mois avant la date d'expiration de la convention ", n'a eu ni pour objet ni pour effet d'abroger l'article 3 de la convention de 1972 et de modifier son échéance. Dans ces conditions, la société LOGIMMO n'est pas fondée à soutenir qu'elle était autorisée à occuper le domaine en litige au-delà du 31 décembre 2021, par une tacite reconduction de la convention intervenue le 1er janvier 2019.

6. Il résulte de l'instruction et de ce qui précède que la société LOGIMMO n'a pas remis l'intégralité des parcelles occupées nues et libres de toutes installations au 31 décembre 2021, date d'arrivée à terme de la convention d'occupation du domaine public, et s'est de ce fait maintenue sans droit ni titre sur le terrain en litige. L'occupation d'un domaine public sans autorisation constitue un empêchement au sens des dispositions précitées de l'article L. 2132-9 du code général de la propriété des personnes publiques. Ce fait est constitutif d'une contravention de grande voirie qui a été régulièrement constatée par un procès-verbal porté à la connaissance du défendeur le 5 janvier 2022, sur le fondement des mêmes dispositions.

7. L'auteur d'une contravention de grande voirie ne peut être relaxé des fins de la poursuite exercée contre lui que s'il établit soit un cas de force majeure, soit une faute de l'administration assimilable par sa gravité à un cas de force majeure. La société requérante ne fait valoir aucune circonstance constitutive soit d'un cas de force majeure, soit d'une faute de l'administration qui y serait assimilable par sa gravité.

8. L'établissement HAROPA est ainsi recevable et fondé à demander, au titre de l'action publique, que la société LOGIMMO soit, compte tenu des circonstances de l'espèce, condamnée au paiement d'une amende de 1 500 euros.

Sur l'action domaniale :

9. Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte, sans être liée par la demande de l'administration qui n'a pas à motiver le montant de l'astreinte qu'elle demande. Il peut également, dans le cadre de l'action domaniale, autoriser le gestionnaire du domaine public fluvial à procéder d'office à cette évacuation en cas d'inexécution par le contrevenant, aux frais de celui-ci, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que les articles L. 4244-1 et R. 4244-1 du code des transports donnent par ailleurs compétence au préfet du département pour procéder d'office au déplacement d'un bateau, après mise en demeure de quitter les lieux adressée au propriétaire, et, le cas échéant, à son occupant, lorsque son stationnement, en violation de la loi ou du règlement général de police de la navigation intérieure, compromet la conservation, l'utilisation normale ou la sécurité des usagers des eaux intérieures.

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que l'établissement HAROPA est fondé à demander, au titre de l'action domaniale, qu'il soit enjoint à la société LOGIMMO de procéder à la remise du terrain en litige. Il n'est pas établi à la date du présent jugement que l'intéressée ait régularisé la situation. Dans ces conditions il y a lieu, pour autant qu'elle n'y ait pas déjà procédé, de lui enjoindre de libérer le domaine public fluvial dans les deux mois qui suivant la notification du présent jugement.

11. En second lieu, l'établissement public requérant est autorisé, s'il y a lieu, à procéder d'office avec, le cas échéant, le concours de la force publique, à l'évacuation des lieux aux frais de la société LOGIMMO, si elle n'y a pas procédé elle-même avant l'expiration d'un délai de deux mois. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ce délai d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

12. Il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la société LOGIMMO sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La société LOGIMMO est condamnée au paiement d'une amende de 1 500 euros.

Article 2 : Il est enjoint à la société LOGIMMO, si elle ne l'a déjà fait, de restituer le terrain qu'elle occupe, situé aux numéros 28-32 route du Bassin n° 6 et impasse des Petits Marais à Gennevilliers (92 110).

Article 3 : En cas d'inexécution par la société LOGIMMO, passé le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, l'établissement public HAROPA est autorisé à procéder d'office, aux frais de la contrevenante, à l'évacuation des lieux.

Article 4 : Les conclusions présentées par la société LOGIMMO sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à l'établissement public HAROPA et à la société LOGIMMO, dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La présidente-rapporteur,

signé

C. Bories

L'assesseur le plus ancien,

signé

S. Bourragué

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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