lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2201342 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | MAYER |
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Debourg, rapporteure,
- les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 12 janvier 2021, les services de police du Val-d'Oise ont effectué un contrôle sur un chantier de construction situé vis-à-vis du 44 avenue de la Division Leclerc à Saint-Brice-Sous-Forêt. Ils ont constaté la présence de deux salariés de nationalité congolaise dépourvus de titre les autorisant à travailler et à séjourner en France, travaillant pour le compte de la société EPLDR. Par une décision du 31 août 2021, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société la contribution spéciale pour un montant de 36 500 euros et la contribution forfaitaire pour un montant de 5 105 euros. Le 29 octobre 2021, la société EPLDR a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, rejeté le 25 novembre 2021. Par sa requête, la société demande l'annulation de ces décisions et demande la décharge des sommes concernées.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".
3. En l'espèce, d'une part, la décision du 31 août 2021 contestée de mise en œuvre des contributions spéciale et forfaitaire se réfère expressément aux textes applicables et au procès-verbal établi à la suite du contrôle effectué le 12 janvier 2021 au cours duquel ont été relevées des infractions aux articles L. 8251-1 du code du travail et L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision précise également la nature des sanctions infligées à la société EPLDR pour l'emploi irrégulier de deux travailleurs démunis de titres les autorisant à travailler et à séjourner en France, ainsi que le montant des sommes dues au titre des contributions spéciale et forfaitaire, à savoir les sommes de 36 500 euros et de 5 105 euros. Par ailleurs, la société requérante n'établit ni même n'allègue qu'elle n'aurait pas demandé la pièce jointe annoncée en annexe de la décision qui mentionnait la liste nominative des salariés à l'origine des sanctions. Ainsi, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond aux exigences de motivation posées par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En second lieu, il résulte de l'instruction que la société requérante a été informée par un courrier du 21 juin 2021 que l'OFII envisageait de lui appliquer la contribution spéciale et la contribution forfaitaire pour des faits d'emploi de salariés démunis de titres les autorisant à travailler et à séjourner en France. La société requérante a formulé ses observations écrites le 5 juillet 2021. Contrairement à ce qu'elle soutient, l'OFII n'était tenu, ni de répondre, ni de mentionner les observations formulées dans la décision litigieuse. Enfin, en se bornant à soutenir qu'elle n'a pas reçu l'ensemble des pièces du dossier, la société requérante n'établit pas ne pas avoir été en mesure de produire utilement ses observations. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par l'article 6-1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la nécessité des peines, prévue par l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ".
6. L'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, dispose en outre que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".
7. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale ou la contribution forfaitaire prévues par les dispositions citées au point précédent, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, appréciée au regard de la nature et de la gravité des faits soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par l'article en litige, soit d'en décharger l'employeur. En outre, il résulte de ces dispositions que la contribution prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail a pour objet de sanctionner l'emploi, même indirect, d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire pour que le manquement soit caractérisé.
S'agissant de l'embauche de M. A C :
8. Il résulte de l'instruction que lors du contrôle effectué par les services de police, l'intéressé a produit un titre de séjour périmé au 16 décembre 2020. Toutefois, l'intéressé était également titulaire d'un récépissé de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, en cours de validité jusqu'au 22 septembre 2021. Par suite, la société EPLDR est fondée à soutenir que c'est à tort que le directeur de l'OFII lui a appliqué les contributions spéciale et forfaitaire pour l'emploi de M. A C et qu'elle doit en être déchargée.
S'agissant de l'embauche de M. D :
9. Le gérant de la société conteste l'existence d'une relation de travail avec M. D. Toutefois, il résulte de l'instruction et des procès-verbaux produits, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, que M. D, présent sur le chantier, a présenté un titre de séjour au nom de M. E. Lors de son audition, M. D a décliné sa véritable identité et a indiqué travailler pour la société depuis " environ une semaine ", et que le patron de la société lui a lui-même fourni la photocopie d'un faux titre de séjour pour entrer sur le chantier. Par conséquent, les seules allégations de la société EPLDR ne suffisent pas à contredire les déclarations du salarié contrôlé lors de son audition. Par suite, la sanction litigieuse est fondée.
10. En quatrième lieu, les dispositions de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonnent pas la mise à la charge de l'employeur de la contribution représentative des frais de réacheminement des étrangers dans leur pays d'origine à la justification par l'administration du caractère effectif de ce réacheminement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'administration n'aurait pas justifié du réacheminement du travailleur en situation irrégulière employé par la société requérante est sans influence sur la légalité de la contribution litigieuse et doit être écarté.
Sur le montant de la sanction :
11. Aux termes de l'article R. 8253-2 du code du travail : " I. - Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. / II. - Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. - Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ".
12. La société requérante fait valoir qu'elle aurait dû bénéficier d'une minoration du montant de la contribution spéciale en raison de sa bonne foi. Toutefois, il résulte de l'instruction que le procès-verbal mentionne l'emploi d'un salarié en situation irrégulière, non déclaré. En outre, les seules pièces produites à l'instance, ne sauraient, à elles seules, établir que la société aurait versé tous les salaires et indemnités dûs au salarié. Il s'ensuit que la société ne remplit pas les conditions lui permettant de bénéficier d'une minoration du montant de la contribution spéciale en litige. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII ou de l'Etat les sommes réclamées par la société au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 31 août 2021 est annulée en tant seulement qu'elle porte sur les contributions appliquées pour l'emploi de M. A B.
Article 2 : La société EPLDR est déchargée des sommes correspondant aux contributions spéciales et forfaitaires appliquées pour l'emploi de M. A B.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société EPLDR et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Le Griel, présidente ;
M. Jacquelin, premier conseiller ;
Mme Debourg, conseillère ;
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
La rapporteure,
signé
T. Debourg
La présidente,
signé
H. Le Griel
La greffière,
signé
E. Pradel
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour ampliation, la greffière.
N°220134
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026