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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201383

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201383

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201383
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème Chambre
Avocat requérantZARROUK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 janvier 2022, la SARL DELICES DE NANTERRE, représentée par Me Zarrouk, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision 26 novembre 2021 par laquelle le directeur général de l'Office française de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a appliqué la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 37 300 euros et la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 248 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du Code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits, dès lors que M. D n'est pas salarié de la société, et elle ignorait que M. C était en situation irrégulière ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la gérante estime être de bonne foi au regard de l'absence de condamnation judiciaire et administrative précédente, de son engagement pendant la crise sanitaire, et qu'une éventuelle fermeture administrative mettra sa famille dans une situation difficile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juin 2022, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquelin, rapporteur ;

- et les conclusions de Mme Chabrol, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 octobre 2021, les services de l'unité de lutte contre l'immigration irrégulière des Hauts-de-Seine ont procédé à un contrôle dans les locaux de la boulangerie DELICES DE NANTERRE. Lors de ce contrôle, ces services ont constaté que la société employait deux salariés, qui n'étaient pas en possession d'un titre de séjour les autorisant à travailler et séjourner en France. Par une décision du 26 novembre 2021, le directeur général de l'OFII a appliqué à la société, la contribution spéciale pour un montant de 37 300 euros, et la contribution forfaitaire pour un montant de 4 248 euros. Par sa requête, la société requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :

En ce qui concerne la régularité en la forme de la sanction litigieuse :

2. En premier lieu, par une décision du 19 décembre 2019, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur le même jour, le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration a donné délégation à Mme E A, cheffe du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général de l'OFII pour signer, notamment, les décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ".

4. En l'espèce, la décision attaquée mentionne les textes sur lesquels elle se fonde, plus précisément l'article L. 8253-1 du code du travail et l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le procès-verbal, établi à la suite du contrôle opéré le 5 octobre 2021 par les services de police des Hauts-de-Seine, et énonce les contributions mises à la charge de la société requérante, ainsi que le montant des sommes dues. Elle renvoie, en outre, à une annexe qui précise le nom des deux salariés concernés et les irrégularités constatées à leur sujet, à savoir le fait d'être démuni d'un titre les autorisant à travailler et d'un titre autorisant leur séjour sur le territoire français. Ainsi, la décision litigieuse comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et répond aux exigences de motivation posées par les dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction :

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. () ". Aux termes de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12 () ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () ".

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu les articles L. 822-2 et L. 822-3 du même code, que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement.

7. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement de l'article L. 8253-1 du code du travail, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir la contribution, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 5, ou en décharger l'employeur.

S'agissant de M. D :

8. La SARL DELICES DE NANTERRE soutient que Monsieur D, ressortissant tunisien, n'est pas salarié de la société. Il était présent dans les locaux de la boulangerie lors du contrôle alors qu'il était venu rendre visite à son cousin germain, employé de la boulangerie depuis plusieurs années et plus particulièrement depuis le 18 janvier 2018. Toutefois, il ressort des procès-verbaux d'audition, notamment de l'audition du 5 octobre 2021 de M. D, effectuée par les services de police, que celui-ci a déclaré : " en fait, je travaille depuis environ un an () il savait très bien que je n'avais pas de papiers, je lui en avais parlé lors de mon recrutement () ". Lors de son audition du 6 octobre 2021, le gérant de la société, M. B, a précisé que " M. D F donne un coup de main à la cuisson du pain () c'est mon cousin, il est présent à la boulangerie depuis juillet 2021 () je l'ai recruté () je le paye uniquement en espèces (). ". Par conséquent, les seules allégations de la société requérante ne permettent pas de remettre en cause les déclarations ressortant des procès-verbaux susmentionnés, qui permettent d'établir la matérialité de l'infraction. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

S'agissant de M. C :

9. La SARL DELICES DE NANTERRE fait état de ce qu'elle ne savait pas que lors de son du recrutement, M. C, qui a présenté une carte nationale d'identité française, était en situation irrégulière, et que la carte d'identité française présentée était un faux document. Toutefois, lors de son audition du 5 octobre 2021 par les services de police, M. C a déclaré : " je travaille dans la boulangerie depuis 2018 () il [le gérant] ne m'a rien demandé comme document lors de mon embauche () il connaissait ma situation administrative. Il savait que je n'avais pas l'autorisation de travailler en France ". Par conséquent, les seules allégations de la société requérante ne permettent pas de remettre en cause les déclarations ressortant des procès-verbaux susmentionnés, qui permettent d'établir la matérialité de l'infraction. Par suite, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits doit être écarté.

10. Enfin, si la société fait valoir qu'elle est de bonne foi, dès lors qu'elle n'a jamais fait l'objet d'aucune sanction ni administrative ni judiciaire, qu'elle a effectué des actions de solidarités pendant la crise sanitaire, et qu'enfin, la décision attaquée conduirait à une fermeture éventuelle de son établissement, ce qui mettra la famille de la gérante dans une situation très difficile, elle ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 novembre 2021, par laquelle le directeur général de l'OFII a mis à sa charge la contribution spéciale pour un montant de 37 300 euros et la contribution forfaitaire pour un montant de 4 248 euros et par suite la décharge de ces sommes.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme réclamée par la SARL DELICES DE NANTERRE au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL DELICES DE NANTERRE est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL DELICES DE NANTERRE et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

M. Jacquelin, premier conseiller ;

Mme Fabas, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

G. Jacquelin

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

H. Mofid

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, le greffier

N°2201383

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