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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201487

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201487

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201487
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantFRECHE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 janvier 2022 et 1er juin 2023, la compagnie financière de marchand de biens Volney (COFIMAB), représentée par Me Dumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la délibération du 22 novembre 2021 par laquelle la commune de Roissy-en-France a décidé d'exercer son droit de préemption urbain sur un bien immobilier non bâti sis avenue de Montmorency à Roissy-en-France et cadastré AA58 et AA92 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Roissy-en-France une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée méconnait les dispositions de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, la commune ne justifiant ni de la réalité de ce projet, ni d'un intérêt général suffisant ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir, n'ayant pour objectif que de faire obstacle à un projet hôtelier prévu sur le terrain par l'acquéreur évincé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2022, la commune de Roissy-en-France, représentée par Me François-Charles, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la COFIMAB au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la COFIMAB ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jacquinot, rapporteur,

- les conclusions de M. Boriès, rapporteur public,

- les observations de Me Diot, se substituant à Me Dumont, représentant la Compagnie financière de marchand de biens Volney,

- les observations de Me Giraidat, se substituant à Me François-Charles, représentant la commune de Roissy-en-France.

Considérant ce qui suit :

1. Le 30 septembre 2021, la COFIMAB a adressé à la commune de Roissy-en-France une déclaration d'intention d'aliéner un bien immobilier non bâti sis avenue de Montmorency à Roissy-en-France et cadastré AA58 et AA92, dont elle est propriétaire. Par une délibération du 22 novembre 2021, la commune de Roissy-en-France a décidé d'exercer le droit de préemption. La COFIMAB demande au tribunal l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors applicable : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. () ". Aux termes de l'article L. 300-1 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. () ".

3. Il résulte des dispositions citées au point précédent que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le programme de la mandature " Roissy-Village Ensemble " 2020-2026 prévoit la réalisation d'une nouvelle salle polyvalente à destination tant des habitants de la commune que des associations. Le budget primitif de janvier 2021 ainsi que le budget définitif de mars 2021 font par ailleurs figurer des dépenses en interventions foncières compatibles avec un tel projet. En outre, il ressort également des échanges entre les services de la commune et la COFIMAB que, dès mars 2020, le terrain non bâti sis avenue de Montmorency avait été estimé en adéquation avec le projet d'équipement de la nouvelle équipe municipale. La note du directeur général adjoint à l'urbanisme comporte par ailleurs une estimation financière du projet, ses besoins en surface, et énumère divers éléments conduisant le service à considérer les parcelles cadastrées propriétés de la COFIMAB comme adaptées, notamment la taille du terrain, l'existence de stationnements complémentaires à proximité, son emplacement proche des équipements sportifs, tout en demeurant à l'écart des habitations. Enfin, si en 2023 la municipalité a cessé de communiquer sur ce projet de salle polyvalente, cette seule circonstance n'est pas de nature à mettre en doute la réalité de ce projet à la date de la décision attaquée, la COFIMAB produisant d'ailleurs des éléments démontrant que la commune n'avait pas abandonné les procédures visant à acquérir le terrain litigieux. Dans ces conditions, à la date de la décision contestée, la commune de Roissy-en-France justifiait de la réalité d'un projet justifiant l'exercice de son droit de préemption sur le terrain non bâti en litige.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le bien préempté a pour objectif la création d'une salle polyvalente à destination des habitants et d'associations. Ce projet d'un équipement collectif est ainsi susceptible d'assurer un service d'intérêt général. Si la COFIMAB fait valoir qu'il existe déjà deux salles polyvalentes au sein de la commune, il ressort toutefois des pièces du dossier, et en particulier de la note du directeur général adjoint à l'urbanisme, ainsi que des écritures en défense de la commune, que la salle polyvalente existante dans les environs du projet de construction de la commune est sous-dimensionnée par rapport aux besoins du public dans un contexte d'augmentation de sa population. Par suite, la COFIMAB n'apportant aucun autre élément susceptible de jeter un doute sur l'intérêt général du projet, le projet de la commune de Roissy-en-France répond à un intérêt général suffisant.

6. Eu égard à ce qui vient d'être dit, la commune de Roissy-en-France justifie, à la date à laquelle elle a décidé d'exercer son droit de préemption urbain, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme répondant à un intérêt général suffisant. Elle a ainsi pu légalement exercer son droit de préemption urbain sans méconnaître les dispositions du code de l'urbanisme précitées.

7. En deuxième lieu, le détournement de pouvoir n'est pas établi, l'exercice du droit de préemption par la commune de Roissy-en-France répondant, tel qu'indiqué précédemment, à un motif d'intérêt général.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision de la délibération du 22 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Roissy-en-France, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

10. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de compagnie financière de marchand de biens Volney le versement de la somme de 1 500 euros à la commune de Roissy-en-France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Compagnie financière de marchand de biens Volney (COFIMAB) est rejetée.

Article 2 : La compagnie financière de marchand de biens Volney versera à la commune de Roissy-en-France la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la compagnie financière de marchand de biens Volney et à la commune de Roissy-en-France.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

M. Jacquinot, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

M. Jacquinot

Le président,

signé

T. Bertoncini La greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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