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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201497

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201497

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre (JU)
Avocat requérantHANOUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 janvier 2022 et 17 octobre 2023, la société civile immobilière SIPRHEM et l'association SEDES, représentées par Me Hanoune, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) d'annuler la décision implicite du 1er décembre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté leur demande indemnitaire ;

2°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 18 546,01 euros en réparation du préjudice subi à la suite du refus du préfet des Hauts-de-Seine de leur accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de l'occupante de la chambre n°28 du SELECT HÔTEL sis 1 rue Bourdarie Lefure à Asnières-sur-Seine pour la période comprise entre le 11 juillet 2020 au 31 octobre 2023 ainsi qu'une somme de 467,90 euros par mois pour la période comprise entre le 1er novembre 2023 et la date de libération effective des lieux ;

3°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 1er octobre 2021, date de réception de sa demande indemnitaire préalable et de leur capitalisation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elles soutiennent que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée en raison du refus du préfet des Hauts-de-Seine de lui accorder le concours de la force publique pour procéder à l'expulsion des occupants du logement sis 1 rue Bourdarie Lefure à Asnières-sur-Seine ;

- le préjudice subi s'élève à 18 546,01 euros correspondant aux indemnités d'occupation non perçues pendant la période de responsabilité allant du 11 juillet 2020 au 31 octobre 2023 ainsi qu'à une somme de 467,90 euros par mois pour la période comprise entre le 1er novembre 2023 et la date de libération effective des lieux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 septembre 2023, le préfet des Hauts-de-Seine au rejet de la requête ou, à titre subsidiaire, d'une part, à la limitation de l'indemnisation demandée par les requérantes à hauteur de 8 722,21 euros, d'autre part, à la subrogation de l'Etat dans les droits des requérantes, enfin, au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir que :

- la responsabilité de l'Etat est engagée entre le 11 juillet 2020 et le 31 janvier 2022, date à laquelle les requérantes ont arrêté les comptes ;

- les frais exposés et non compris dans les dépens ne sont pas justifiés et n'ouvrent droit à aucune indemnisation.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision née implicitement le 1er décembre 2021, portant rejet de la demande indemnitaire préalable formulée par la SCI SIPRHEM et l'association SEDES dès lors que cette décision a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n°2020-546 du 11 mai 2020 prorogeant l'état d'urgence sanitaire et complétant ses dispositions ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Zaccaron Guérin, première conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Zaccaron Guérin, magistrate désignée,

- et les observations de Me Drikes, substitutant Me Hanoune, représentant la SCI SIPRHEM et l'association SEDES.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière SIPRHEM et l'association SEDES demandent au tribunal, d'une part, l'annulation de la décision du 1er décembre 2021 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable qu'elles ont formulée le 1er octobre 2021 et d'autre part, la condamnation de l'Etat à leur réparer le préjudice financier résultant du refus de concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement du tribunal d'instance d'Asnières-sur-Seine du 2 juillet 2019, autorisant l'expulsion de l'occupante de la chambre n°28 du SELECT HÔTEL sis 1 rue Bourdarie Lefure à Asnières-sur-Seine.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 1er décembre 2021 :

2. Ainsi qu'en ont été informées les parties, la décision née implicitement le 1er décembre 2021, portant rejet de la demande indemnitaire préalable formulée par les requérantes a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de cette demande de sorte qu'il y a seulement lieu de statuer sur les conclusions indemnitaires des requérantes formulées dans le cadre de la présente instance, les conclusions en annulation n'étant pas recevables.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

3. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'État est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'État de prêter son concours ouvre droit à réparation. ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet () Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus () ". Aux termes de l'article 6 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période : " Le présent titre s'applique aux administrations de l'État, aux collectivités territoriales, à leurs établissements publics administratifs () ". L'article 7 de la même ordonnance dispose que " () les délais à l'issue desquels une décision, un accord ou un avis de l'un des organismes ou personnes mentionnées à l'article 6 peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement et qui n'ont pas expiré avant le 12 mars 2020 sont, à cette date, suspendus jusqu'à la fin de la période mentionnée au I de l'article 1er. / Le point de départ des délais de même nature qui auraient dû commencer à courir pendant la période mentionnée au I de l'article 1er est reporté jusqu'à l'achèvement de celle-ci. () ". La période mentionnée au I de l'article 1er de l'ordonnance du 25 mars 2020 s'étend entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus.

4. Le concours de la force publique ne peut être légalement accordé avant l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la réception par le préfet du commandement d'avoir à quitter les lieux antérieurement signifié à l'occupant. Lorsque le préfet est saisi d'une demande de concours avant l'expiration de ce délai, qu'il doit mettre à profit pour tenter de trouver une solution de relogement de l'occupant, il est légalement fondé à la rejeter, par une décision qui ne saurait engager la responsabilité de l'Etat, en raison de son caractère prématuré. Toutefois, lorsque, à la date d'expiration du délai, la demande n'a pas été rejetée pour ce motif par une décision expresse notifiée à l'huissier, le préfet doit être regardé comme valablement saisi à cette date. Il dispose alors d'un délai de deux mois pour se prononcer sur la demande. Son refus exprès, ou le refus implicite né à l'expiration de ce délai, est de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

5. Il résulte de l'instruction que le commandement de quitter les lieux a été signifié à l'occupante des lieux le 17 juillet 2019 et reçu en préfecture le 28 novembre 2019, date à laquelle les requérantes ont également requis du préfet des Hauts-de-Seine le concours de la force publique. Le préfet n'ayant pas rejeté expressément cette demande à l'expiration du délai de deux mois suivant cette demande, en raison de son caractère prématuré, doit dès lors être regardé comme valablement saisi le 28 janvier 2020. Il disposait ainsi d'un délai de deux mois à compter de cette date pour se prononcer, auquel s'ajoute aux termes de l'article 7 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020, le report du point de départ des délais qui auraient dû commencer à courir pendant la période d'urgence sanitaire, la responsabilité de l'Etat s'est trouvée engagée à compter du 24 août 2020, date du refus implicite de l'administration.

6. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que si le préfet a finalement accordé le concours de la force publique le 27 février 2023, il a sursis à son exécution en raison de l'état de santé de l'occupante sans titre et cette décision n'a ainsi reçu aucune exécution à la date du présent jugement. Enfin, il résulte de l'instruction que les requérantes ont arrêté les comptes au 31 octobre 2023. Si les intéressées sollicitent également la condamnation de l'Etat à leur verser une somme de 467,90 euros par mois depuis le 1er novembre 2023 et ce, jusqu'à la libération effective des lieux occupés, elles ne produisent aucun décompte actualisé à la date du présent jugement.

7. Il s'ensuit que la période de responsabilité de l'Etat s'étant du 24 août 2020 au 31 octobre 2023, date à laquelle les requérantes ont arrêté les comptes.

En ce qui concerne les préjudices allégués :

8. Le montant dont l'État est redevable au titre de l'indemnité pour perte de loyers et charges équivaut à la dette locative qui, pendant la période de responsabilité, a été contractée par l'occupant vis-à-vis du bailleur. Pour calculer cette dette, il convient de prendre en considération, d'une part, le montant du loyer et des charges, tel qu'il résulte du bail, à l'exclusion de tout éventuel supplément de loyer ou de tous frais dont il ne serait pas établi qu'ils constitueraient directement et certainement la conséquence du refus de concours de la force publique durant la période considérée et, après, le cas échéant, imputation de l'aide personnalisée au logement, et d'autre part, les versements effectués par le locataire durant et après la période en cause, lesquels s'imputent toutefois en priorité sur le solde de la dette à la date du début de la période de responsabilité, lorsque ni l'occupant ni le bailleur n'ont clairement manifesté de volonté d'affecter ces remboursements à la dette due au titre de cette période et qu'ils ne correspondent pas à l'échéance courante du loyer ou des charges.

9. Il résulte des décomptes et des pièces produits par les requérantes que, sur la période de responsabilité de l'Etat le montant total de la dette locative dont était redevable l'occupante du logement en cause s'élevait à la somme de 17 414,23 euros calculée sur la base d'une indemnité d'occupation mensuelle de 467,80 euros sur une période de trente-sept mois et sept jours. Il y a donc lieu de fixer à la somme de 17 414,23 euros l'indemnité due par l'Etat aux requérantes en réparation de leur préjudice locatif.

10. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de fixer à la somme de 17 414,23 euros l'indemnité due par l'Etat aux requérantes en réparation de leur préjudice locatif résultant du refus du préfet de leur accorder le concours de la force publique, sur la période du 24 août 2020 au 31 octobre 2023.

Sur la subrogation :

11. Il y a lieu de subordonner le versement de l'indemnité allouée à la subrogation de l'Etat dans les droits que détiendraient les requérantes à l'encontre de l'occupante du logement en cause, à raison de l'occupation indue pour la période de responsabilité de l'Etat, dans la limite du montant de l'indemnité mise à sa charge à ce titre par le présent jugement.

Sur les intérêts :

12. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1231-6 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Il résulte de l'instruction que la demande des requérantes a été reçue par l'administration le 1er octobre 2021. Les requérantes ont donc droit aux intérêts des loyers échus avant le 1er octobre 2021.

Sur la capitalisation des intérêts :

13. L'article 1343-2 du code civil, dispose que " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise. ". La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. Cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

14. En l'espèce, la capitalisation des intérêts ayant été demandée pour la première fois le 27 janvier 2022, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 1er octobre 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros au titre des frais non compris dans les dépens que les requérantes ont exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la SCI SIPRHEM et à l'association SEDES une somme globale de 17 414,23 euros avec intérêt au taux légal à compter du 1er octobre 2021, date à laquelle la demande indemnitaire préalable a été réceptionnée par l'administration. Les intérêts échus à la date du 1er octobre 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes des intérêts.

Article 2 :Le paiement de cette indemnité est subordonné à la subrogation de l'Etat dans les droits des requérantes à l'encontre de l'occupante du logement en cause, durant la période de responsabilité de l'Etat, à concurrence du montant de cette indemnité.

Article 3 : L'Etat versera à la SCI SIPRHEM et à l'association SEDES une somme globale de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière SIPRHEM, à l'association SEDES ainsi qu'au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie en sera délivrée au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

C. Zaccaron Guérin Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22014972

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