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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201628

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201628

mardi 22 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201628
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBOYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 février 2022, enregistrée le 4 février 2022 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous le n°2201628, le premier vice-président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête présentée par Mme E C.

Par une requête enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 24 janvier 2022 décembre 2021, Mme E C, représenté par Me Boyer, demande au juge des référés d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, une expertise, avec la rédaction d'un pré-rapport, en présence de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) et de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine, en vue de dire si les soins reçus et sa prise en charge médicale à compter du 16 mai 2017 à l'hôpital Ambroise Paré ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science ou si des erreurs médicales ont été commises, de déterminer les responsabilités et d'évaluer l'ensemble des préjudices subis.

Elle soutient que :

- la responsabilité de l'hôpital Ambroise Paré est engagée en raison d'une faute technique à l'origine de séquelles ;

- l'expertise amiable initiée n'a pas abouti en dépit de multiples relances ; il est indispensable qu'un expert soit désigné ; tout le monde s'accorde sur l'existence d'une faute technique mais pas sur les conséquences de celle-ci ;

- il semble opportun qu'un expert psychiatre soit également désigné afin que la dimension affective de ce dossier puisse être étudiée.

Par un mémoire, enregistré le 13 mars 2022, l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) ne s'oppose pas à la demande d'expertise et demande au juge des référés d'accorder une indemnité provisionnelle qui ne saurait excéder la somme de 4 000 euros.

Elle soutient que :

- les deux requêtes n° 2201628 et n° 2202456 ont le même objet doivent faire l'objet d'une jonction ;

- le montant de la provision doit être limité.

Par un mémoire, enregistré le 7 novembre 2022, l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la Selarlu Olivier Saumon avocat, demande au juge des référés :

1°) de prendre acte de ses protestations et réserves d'usage sur la mesure d'expertise sollicitée ;

2°) de compléter la mission de l'expert.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. A, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'expertise :

1. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction ". L'octroi d'une telle mesure est subordonné à son utilité pour le règlement d'un litige principal, appréciée en tenant compte, notamment, de l'intérêt de la mesure pour un contentieux né ou à venir n'étant pas manifestement insusceptible de relever de la compétence de la juridiction administrative.

2. Mme C fait valoir que le 16 mai 2017 elle a été prise en charge dans le service de chirurgie orthopédique de l'hôpital Ambroise Paré pour la pose d'une prothèse totale de hanche en raison d'une coxarthrose droite, les suites opératoires ont été marquées par de multiples luxations récidivantes qui ont dû être réduites, au cours du mois de mai 2017 aux douleurs de la hanche se sont ajoutées des douleurs neurologiques le long du nerf sciatique jusqu'au pied, le 24 mai 2017 cette prothèse de hanche a été totalement reprise et les chirurgiens ont procédé à un changement bipolaire de la cotyle et de la tige et elle a par la suite été adressée à l'hôpital Stell pour une rééducation ou elle y a séjourné du 31 mai 2017 au 13 juillet 2017. Elle précise que le 11 octobre 2017 un électromyogramme a mis en évidence une diminution du potentiel sensitif du nerf fémoro-cutané droit sans atteinte neurogène associée, en raison de l'absence d'amélioration des phénomènes douloureux elle a été prise en charge par le service de la douleur de l'hôpital Ambroise Paré ou les examens pratiqués ont mis en évidence que le nerf cutané fémoral droit a été lésé à la suite des nombreuses chirurgies pratiquées et les pathologies du psoas et les lésions de L5 droit sont consécutives aux multiples luxations, elle a ensuite poursuivi ses soins au sein du centre anti douleur de l'hôpital Raymond Poincaré et elle a adressé à l'AP-HP une demande indemnitaire en raison des préjudices subis. Elle ajoute que l'expert médical désigné dans le cadre d'une procédure amiable, le docteur B, a reconnu dans son rapport du 28 octobre 2018 la responsabilité de l'hôpital Ambroise Paré en raison de la survenue d'une faute technique avec une mauvaise position des pièces de la prothèse totale de hanche, une atteinte neurologique et une inégalité des membres inférieurs de la patiente avec un rallongement de 15 à 20 mm et a considéré sur le plan médical que l'atteinte du nerf fémoro-cutané peut être considérée comme un aléa thérapeutique non fautif, que l'atteinte neurologique est en partie liée au défaut technique constaté, un deuxième rapport a été déposé le 24 septembre 2019 évoquant un syndrome post traumatique et une dépression et l'AP-HP ayant admis le principe de sa responsabilité dans ce dossier a procédé au versement de deux indemnités provisionnelles de 5 000 euros en 2018 et de 6 000 euros en 2019. Dans ces conditions, souffrant toujours d'importants troubles neurologiques très invalidants et de douleurs, en arrêt maladie et sans salaire, Mme C demande la désignation d'un expert.

3. La mesure d'expertise sollicitée par Mme C a pour objet, en vue d'un éventuel recours au fond, de réunir les éléments permettant de déterminer si la prise en charge et les soins prodigués à compter du 16 mai 2017 à l'hôpital Ambroise Paré ont été conformes aux règles de l'art ou si elle a été victime ou non d'une faute médicale, d'apprécier l'origine du dommage et d'évaluer les préjudices subis. La demande d'expertise présente un caractère utile et entre dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Il y a lieu de faire droit à la demande d'expertise et de fixer la mission de l'expert comme il est précisé à l'article 1er de la présente ordonnance.

ORDONNE :

Article 1er : M. F D, chirurgien orthopédique, domicilié au centre Tourville 17 avenue de Tourville à Paris (75007), est désigné en qualité d'expert. Il aura pour mission de :

1°) se faire communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Mme C et, notamment, tous documents relatifs au suivi médical, aux actes de soins et aux diagnostics pratiqués sur elle lors de sa prise en charge par l'hôpital Ambroise Paré à compter du 16 mai 2017 ; convoquer et entendre les parties et tous sachants ; procéder à l'examen sur pièces du dossier médical de Mme C ainsi qu'éventuellement à son examen clinique ;

2°) rappeler l'état de santé antérieur de Mme C et décrire son état à la date de l'expertise ;

3°) décrire les conditions dans lesquelles Mme C a été prise en charge par les services du centre hospitalier ; donner son avis sur le point de savoir si les diagnostics établis et les traitements, interventions et soins prodigués et leur suivi ont été consciencieux, attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science, et s'ils étaient adaptés à l'état de Mme C et aux symptômes qu'elle présentait ;

4°) de manière générale, réunir tous les éléments permettant de déterminer si des fautes médicales, des fautes de soins ou des fautes dans l'organisation des services ont été commises lors de l'hospitalisation de Mme C ;

5°) donner son avis sur le point de savoir si le dommage corporel constaté présente un lien de causalité direct, certain et exclusif avec un manquement imputable à l'établissement, en excluant la part des séquelles à mettre en relation avec la pathologie initiale et son évolution ou avec toute autre cause étrangère à la prise en charge de Mme C par l'établissement ; indiquer si le dommage résulte d'un accident médical non fautif, d'une affection iatrogène ou d'une infection nosocomiale et, dans ce dernier cas, donner tous éléments permettant de déterminer si l'infection a une cause étrangère à la prise en charge par l'établissement ; dans le cas d'une pluralité de causes à l'origine du dommage, indiquer la part imputable à chacune d'elles ;

6°) dire si le dossier médical et les informations recueillies permettent de savoir s'il a été procédé de façon complète à l'information de Mme C, c'est-à-dire si elle a été informée, avant l'acte de soins litigieux, de l'ensemble des risques fréquents et des risques graves, même rares, normalement prévisibles, qu'elle encourait en donnant son consentement à l'acte de soins en cause ; dans la négative, préciser si Mme C a subi une perte de chance, exprimée en pourcentage, de se soustraire au risque en refusant l'acte de soins si elle en avait connu tous les dangers ;

7°) donner son avis sur le point de savoir si le ou les manquements éventuellement constatés ont fait perdre à Mme C une chance de voir son état de santé s'améliorer ou d'éviter de le voir se dégrader ; dans cette hypothèse, quantifier la perte de chance ;

8°) dire si l'état de santé de Mme C est consolidé et, le cas échéant, fixer la date de consolidation ; dans l'hypothèse où l'état de santé de Mme C ne serait pas consolidé, fixer l'échéance à l'issue de laquelle l'intéressée devra à nouveau être examinée ;

9°) dire si l'état de Mme C est susceptible de modification en amélioration ou en aggravation ; dans l'affirmative, fournir toutes précisions utiles sur cette évolution, sur son degré de probabilité et, dans le cas où un nouvel examen serait nécessaire, mentionner dans quel délai ;

10°) décrire la nature et l'étendue des préjudices résultant de la prise en charge hospitalière de Mme C, non imputables à son état antérieur ni aux conséquences prévisibles de sa prise en charge médicale par l'hôpital Ambroise Paré si celle-ci s'était déroulée normalement, en distinguant les préjudices patrimoniaux (en particulier, dépenses de santé déjà engagées et futures, frais liés au handicap, pertes de revenus, incidences professionnelle et scolaire du dommage, autres dépenses liées au dommage corporel) et les préjudices personnels (en particulier, déficit fonctionnel, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d'agrément, préjudice sexuel, préjudice d'établissement) et, pour chaque poste de préjudice, les préjudices temporaires avant consolidation et les préjudices permanents après consolidation ;

11°) pour le cas où la responsabilité de l'établissement de santé ne serait pas retenue, préciser les préjudices directement imputables à un ou des actes de prévention, de diagnostic ou de soins exécutés dans l'établissement ayant eu pour Mme C des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci, en appréciant leur niveau de gravité au regard des critères fixés à l'article D. 1142-1 du code de la santé publique (pourcentage et durée du déficit fonctionnel temporaire, inaptitude à exercer l'activité professionnelle, troubles particulièrement graves y compris d'ordre économique dans les conditions d'existence) ;

12°) de façon générale, recueillir tous éléments et faire toutes autres constatations utiles de nature à éclairer le tribunal dans son appréciation des responsabilités éventuellement encourues et des préjudices subis.

13°) déposer un pré-rapport afin de permettre aux parties de faire valoir contradictoirement leurs observations préalablement au dépôt du rapport définitif.

L'expert disposera des pouvoirs d'investigations les plus étendus. Il pourra faire toutes constatations ou vérifications propres à faciliter l'accomplissement de sa mission et éclairer le tribunal.

Article 2 : L'expert accomplira sa mission dans les conditions prévues aux articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative. Il ne pourra recourir à un sapiteur sans l'autorisation préalable du président du tribunal administratif.

Article 3 : Préalablement à toute opération, l'expert prêtera serment dans les formes prévues à l'article R. 621-3 du code de justice administrative.

Article 4 : L'expertise aura lieu contradictoirement en présence de Mme C, de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), de l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) et de la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine.

Article 5 : L'expert avertira les parties conformément aux dispositions de l'article R. 621-7 du code de justice administrative.

Article 6 : L'expert déposera son rapport au greffe en deux exemplaires dans un délai de six mois à compter de la notification de la présente ordonnance et au plus tard le 31 mai 2023. Des copies seront notifiées par l'expert aux parties intéressées. Avec leur accord, cette notification pourra s'opérer sous forme électronique. L'expert justifiera auprès du tribunal de la date de réception de son rapport par les parties.

Article 7 : Les frais et honoraires de l'expertise seront mis à la charge de la ou des parties désignées dans l'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquidera et taxera ces frais et honoraires.

Article 8 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 9 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme E C, à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à la caisse primaire d'assurance maladie des Hauts-de-Seine et à M. F D, expert.

Fait à Cergy, le 22 novembre 2022.

Le premier vice-président,

Signé

F. A

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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