mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2201634 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée au greffe du Tribunal administratif de Versailles le 2 décembre 2021, M. B A, représenté par Me Pierre, avocate, demande à ce Tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé les conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre principal, de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de trois jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
5°) en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me Pierre, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de la somme de 1 500 euros, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'État.
6°) à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 500 euros, sur le fondement de L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient :
- que le refus des conditions matérielles d'accueil qui lui a été opposé n'est ni écrit ni motivé ;
- que la décision contestée est dépourvue de base légale, dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions fixées par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
- que le refus attaqué est entaché d'une illégalité manifeste.
Par une ordonnance en date du 1er février 2022, la présidente de la 2ème chambre du Tribunal administratif de Versailles a transmis au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise le dossier de la requête de M. A.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration a été mis en demeure le 28 mars 2023.
Par une ordonnance en date du 30 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 août 2023.
Le mémoire en défense de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, enregistré postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride (refonte) ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Kelfani, président ;
- et les observations de Me Grolleau, avocate, substituant Me Pierre.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui est de nationalité guinéenne, déclare être entré sur le territoire français le 23 mars 2021 en vue d'y présenter une demande d'asile. Il n'est pas contesté que M. A a fait l'objet de la part des autorités françaises, sur le fondement du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, d'un arrêté de transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, qui a été exécuté le 20 septembre 2021. De retour en France, M. A a déposé une nouvelle demande d'asile et s'est vu délivrer par le préfet des Yvelines, le 27 septembre 2021, une attestation de demande d'asile portant la mention " Procédure Dublin / Première demande d'asile ". Le même jour, M. A a demandé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le cadre de l'entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité prévu à l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. A soutient, sans être contredit, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lui a pas accordé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et ne lui a remis aucune décision lui en refusant explicitement le bénéfice. M. A doit être regardé comme demandant au Tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande tendant à se voir accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur cette demande, présentée le 27 septembre 2021.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 551-9 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 551-16 de ce code : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ". Enfin, l'article L. 573-5 du même code dispose : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre État européen, le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prévue à l'article L. 553-1 prend fin à la date du transfert vers cet État. ".
4. Il résulte des dispositions rappelées ci-dessus aux points 2 et 3, ainsi que de celles de la directive du Conseil du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les États membres qu'elles visent à transposer, que lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'État responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande d'asile n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'Office français de l'immigration et de l'intégration peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si le retour en France est justifié par le refus de l'État responsable d'examiner la demande d'asile.
5. Il ressort des pièces jointes à la requête et il n'est au demeurant pas contesté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'a, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 28 mars 2023, produit aucun mémoire en défense avant la clôture de l'instruction, que, dès son arrivée en Italie, le 20 septembre 2021, le requérant s'est vu notifier un arrêté d'expulsion du territoire italien et une décision portant obligation de quitter le territoire italien dans un délai de sept jours. Il résulte de l'examen de l'arrêté d'expulsion que les autorités italiennes avaient connaissance du fait que M. A venait d'être réadmis en Italie " en application du Règlement (UE) n° 604/2013 " à la demande des autorités françaises. Ainsi, les mesures d'éloignement prises par les autorités italiennes, alors qu'elles étaient responsables de l'examen de la demande d'asile du requérant, ont méconnu le droit de M. A à l'examen de sa demande de protection internationale. Dans ces conditions, le requérant devait être regardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration comme apportant la preuve qu'il existait un risque sérieux que sa demande d'asile ne soit pas traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile et, par suite, que ces mêmes autorités ne lui accordent pas le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
6. Il suit de là que ni les dispositions des articles L. 551-15 et L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, citées au point 3, ni aucune autre disposition de ces articles ou du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient de nature à justifier le refus opposé à M. A par la décision contestée. Par ailleurs, si l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit en son 3° que le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé en cas de fraude, ces dispositions ne sauraient fonder le refus de l'allocation que dans le cas où sont établies des manœuvres frauduleuses pour l'obtention des conditions matérielles d'accueil. La seule circonstance que le requérant a fait l'objet d'une décision de transfert, avant de présenter une nouvelle demande d'asile, ne caractérise pas, par elle-même, une fraude aux conditions matérielles d'accueil susceptible de justifier que leur bénéfice lui soit refusé en application des dispositions précitées du 3° de l'article D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. A est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale
7. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite de rejet de la demande de M. A tendant à se voir accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur cette demande, présentée le 27 septembre 2021, doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ".
9. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le requérant dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du 27 septembre 2021. Il y a lieu de fixer à l'Office français de l'immigration et de l'intégration un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à cette opération.
10. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir l'injonction édictée ci-dessus d'une astreinte.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :
11. Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à l'avocate de M. A d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que le requérant soit admis, à titre définitif, à l'aide juridictionnelle et que Me Pierre renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. À défaut d'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 (mille) euros lui sera versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La décision implicite de rejet de la demande de M. A tendant à se voir accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, née du silence gardé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur cette demande, présentée le 27 septembre 2021, est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. A dans ses droits aux conditions matérielles d'accueil, s'agissant notamment de l'allocation pour demandeur d'asile, à compter du 27 septembre 2021, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous les réserves mentionnées au dernier point du présent jugement, l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me Pierre, avocate de M. A, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. À défaut d'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera versée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023 à laquelle siégeaient :
M. Kelfani, président, Mme Louazel, conseillère, et M. Villette, conseiller.
Lu en audience publique le 10 octobre 2023.
Le rapporteur,
signé
K. KELFANI
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
signé
M. LOUAZELLa greffière,
signé
A. CHANSON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026