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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201735

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201735

mercredi 21 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 février 2022, M. A B, représenté par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 26 janvier 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est père de deux enfants français, dont il participe à l'entretien et à l'éducation, et ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est père de deux enfants français, dont il participe à l'entretien et à l'éducation ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Robert, conseiller,

- et les observations de Me Traquini, substituant Me Ormillien, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 24 février 1995 à Douala, déclare être entré en France le 10 octobre 2010. Le 9 décembre 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 janvier 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté est revêtu de la signature de Mme C D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, laquelle disposait d'une délégation de signature à cet effet en vertu de l'arrêté n°21-038 du 21 octobre 2021 du préfet du Val-d'Oise, régulièrement publié le 1er avril suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3.En deuxième lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Et l'article L. 211-5 du même code prévoit que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui des relations entre le public et l'administration. Il vise également les circonstances de faits propres à la situation personnelle et familiale de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet du Val-d'Oise s'est fondé pour refuser de faire droit à sa demande de titre de séjour notamment le fait qu'il n'établit pas de façon probante contribuer à l'éducation de son premier enfant, ayant notamment produit une attestation au nom de la mère de cet enfant qui s'est avérée être un faux document, que, si la mère de son second enfant atteste qu'il contribue à l'entretien et à son éducation, M. B a gravement troublé l'ordre public au cours des années 2013 à 2020 et qu'en conséquence il ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour, qu'il a été invité à comparaitre devant la commission du séjour le 26 novembre 2021 et a été destinataire de son avis, qu'il est célibataire et pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie, qu'il ne peut ne peut être regardé, alors même qu'il dispose d'une ancienneté de séjour, comme justifiant de considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Partant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté querellé doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". ". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné par la chambre des appels correctionnels de Paris le 1er juillet 2014 à 3 ans d'emprisonnement pour vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas 8 jours, par le tribunal correctionnel de Meaux le 11 juillet 2014 à 1 mois d'emprisonnement pour recel de bien provenant d'un délit puni d'une peine n'excédant pas 5 ans d'emprisonnement, menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, le 12 mars 2015 à 2 mois d'emprisonnement pour violence dans un local administratif ou aux abords lors de l'entrée ou la sortie du public sans incapacité, par le tribunal correctionnel de Paris le 23 septembre 2016 à 10 mois d'emprisonnement pour vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail (récidive), par la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Versailles le 3 janvier 2018 à 2 ans d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances (récidive), par le tribunal correctionnel de Paris le 28 décembre 2019 à 1 an d'emprisonnement pour vol aggravé par deux circonstances (récidive), par jugement du président du tribunal judiciaire de Paris le 10 novembre 2020 à 6 mois d'emprisonnement pour refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité. Dans ces conditions, eu égard aux motifs et à la répétition de ces condamnations pénales, dont la dernière a été prononcée à peine 14 mois avant la date de la décision attaquée, c'est sans erreur de droit et sans erreur d'appréciation que le préfet du Val-d'Oise a estimé que la présence de M. B en France constitue une menace pour l'ordre public permettant de lui refuser le titre de séjour sollicité.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger ne vivant pas en état de polygamie qui est père ou mère d'un enfant mineur résidant en France à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins vingt-quatre mois ".

8. M. B est père de deux enfants de nationalité française nés les 17 janvier 2018 et 15 novembre 2020. Il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard au caractère peu circonstancié des attestations des mères de ses enfants, que l'intéressé, qui ne vit avec aucun d'eux, ait contribué à leur éducation et leur entretien depuis leurs naissances ou depuis au moins vingt-quatre mois à la date de l'arrêté attaqué, les versements en numéraire effectués l'étant de ce point de vue sur une très courte période. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

10. M. B soutient que la mise en œuvre de l'arrêté du 26 janvier 2022 porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en raison de la durée de son séjour en France et de la présence de ses deux enfants sur le territoire français. Toutefois, si le requérant soutient être entré en France en 2010, les condamnations pénales de M. B entre 2014 et 2020, par leur répétition et leur gravité, sont de nature à démontrer une absence de volonté réelle d'insertion en France, le requérant ne justifiant, de surcroît, d'aucune insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire, ni d'aucune volonté réelle de réinsertion après ses différentes périodes d'incarcération. Par ailleurs, par les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, M. B n'apporte pas d'éléments permettant d'établir la réalité et la stabilité de ses liens familiaux en France notamment avec ses deux enfants français. Enfin, il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Cameroun où résident ses parents et sa fratrie. Dès lors, en prenant l'arrêté en litige, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de ses décisions et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

12. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10 ci-dessus, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2022 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles présentées aux fins d'injonction et au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 21 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

D. Robert

Le président,

signé

T. Bertoncini

Le greffier,

signé

V. Guillaume

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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