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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201868

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201868

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201868
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSEBAN ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 février et 15 décembre 2022, le préfet des Hauts-de-Seine demande au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, d'annuler la délibération n° DEL2021-79 du 5 juillet 2021 du conseil municipal de Nanterre par laquelle ce dernier a adopté le règlement intérieur du temps de travail du personnel de la commune.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la délibération contestée, en tant qu'elle prévoit l'octroi de trois jours de congés supplémentaires pour les agents d'au moins 50 ans ou ceux souffrant d'une maladie professionnelle, méconnait l'article 2 du décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale qui autorise les réductions de temps de travail seulement si elles sont justifiées par une sujétion particulière liée à la fonction et à sa pénibilité ; elle méconnait le principe d'égalité de traitement entre les agents publics et l'article 6 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droit et obligations des fonctionnaires.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2022, la commune de Nanterre, représentée par Me Carrère, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive, le préfet ayant saisi le tribunal d'une requête plus de six mois après la prise de connaissance de la délibération le 12 juillet 2021 ;

- à titre subsidiaire, la réduction de la durée annuelle du temps de travail se justifie par les sujétions particulières auxquelles sont confrontés les agents de plus de cinquante ans et ceux ayant une maladie professionnelle reconnue ; l'octroi de jour de congés supplémentaires ne caractérise pas une rupture d'égalité entre les agents.

Par une ordonnance du 16 décembre 2022, la clôture de l'instruction initialement fixée au 16 décembre 2022 a été reportée au 5 janvier 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 ;

- le décret n° 2001-623 du 12 juillet 2001 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Drevon-Coblence, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Goupillier, rapporteur publique,

- et les observations de M. A pour le préfet des Hauts-de-Seine et de Me Lefebure pour la commune de Nanterre.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 5 juillet 2021, le conseil municipal de Nanterre a adopté un règlement intérieur du temps de travail du personnel de cette commune fixant la durée annuelle de travail à 1 607 heures et prévoyant, notamment, certains cycles de travail différents. Par une lettre notifiée le 22 novembre 2021, le préfet des Hauts-de-Seine a demandé à la commune de Nanterre de réexaminer cette délibération dont il estimait qu'elle était illégale en tant, notamment, que le règlement intérieur adopté comportait l'octroi de jours de congés supplémentaires dans un cycle de travail fixé à 1 565 heures pour certains agents. Par une lettre du 7 décembre 2021, reçue le 10 décembre 2021, le maire de la commune de Nanterre a rejeté cette demande. Le préfet des Hauts-de-Seine demande, par la présente requête, l'annulation de la délibération du 5 juillet 2021 adoptant le règlement intérieur ainsi que celle de la décision du 7 décembre 2021 portant rejet de sa demande de retrait de la délibération.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Selon le premier alinéa de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission ". Lorsque la transmission de l'acte d'une collectivité territoriale ou d'un établissement public relevant de ces dispositions au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement ne comporte pas le texte intégral de cet acte ou n'est pas accompagnée des documents annexes nécessaires pour mettre le préfet à même d'en apprécier la portée et la légalité, il appartient au représentant de l'Etat de demander à l'exécutif de la collectivité ou de l'établissement public dont l'acte est en cause, dans le délai de deux mois suivant sa réception, de compléter cette transmission. Dans ce cas, le délai de deux mois imparti au préfet pour déférer l'acte au tribunal administratif court soit de la réception du texte intégral de l'acte ou des documents annexes réclamés, soit de la décision, explicite ou implicite, par laquelle l'exécutif refuse de compléter la transmission initiale. En outre, ce délai peut être prorogé si le préfet forme, dans le délai de deux mois suivant la transmission des documents nécessaires ou la décision de refus de les transmettre, un recours gracieux auprès de l'autorité auteur de l'acte en cause.

3. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que la délibération contestée a été reçue le 12 juillet 2021 par le préfet des Hauts-de-Seine accompagnée d'un document intitulé " Règlement intérieur du temps de travail du personnel de la Ville de Nanterre et du CCAS " sur les pages duquel figurait la mention " Projet " en lettres capitales. Le préfet des Hauts-de-Seine a demandé, par un courrier du 27 juillet 2021, soit dans le délai de deux mois, de compléter la transmission de la version définitive de ce document et de ses annexes, qui a été effectuée le 22 septembre 2021 par la commune. Dès lors, la transmission doit être regardée comme définitive à cette date, sans que la commune de Nanterre ne puisse se prévaloir de ce que le règlement intérieur, dans sa version définitive, ait été identique à la version comportant la mention de " Projet " transmise le 12 juillet 2021. Il ressort, d'autre part, des pièces du dossier que le 22 novembre 2021, soit dans le délai de deux mois prévu par l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, le préfet des Hauts-de-Seine a adressé à la commune un recours gracieux tendant à la révision de la délibération du 5 juillet 2021 prorogeant ainsi le délai de recours prévu à cet article. La commune de Nanterre a rejeté cette demande par une lettre en date du 7 décembre 2021 reçue le 10 décembre 2021, date à laquelle le délai de recours a recommencé à courir. Dans ces conditions, la requête du préfet des Hauts-de-Seine, enregistrée le 10 février 2022, soit dans le délai de recours de deux mois, n'était pas tardive. La fin de non-recevoir opposée en défense par la commune de Nanterre doit donc être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " La durée du travail effectif est fixée à trente-cinq heures par semaine dans les services et établissements publics administratifs de l'Etat ainsi que dans les établissements publics locaux d'enseignement. / Le décompte du temps de travail est réalisé sur la base d'une durée annuelle de travail effectif de 1 607 heures maximum, sans préjudice des heures supplémentaires susceptibles d'être effectuées. / Cette durée annuelle peut être réduite, par arrêté du ministre intéressé, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, pris après avis du comité social d'administration ministériel, et le cas échéant de sa formation spécialisée, pour tenir compte des sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en équipes, de modulation importante du cycle de travail, ou de travaux pénibles ou dangereux. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale : " Les règles relatives à la définition, à la durée et à l'aménagement du temps de travail applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant sont déterminées dans les conditions prévues par le décret du 25 août 2000 susvisé sous réserve des dispositions suivantes. ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " L'organe délibérant de la

collectivité ou de l'établissement peut, après avis du comité technique compétent, réduire la

durée annuelle de travail servant de base au décompte du temps de travail défini au deuxième

alinéa de l'article 1er du décret du 25 août 2000 susvisé pour tenir compte de sujétions liées à

la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent, et notamment en

cas de travail de nuit, de travail le dimanche, de travail en horaires décalés, de travail en

équipes, de modulation importante du cycle de travail ou de travaux pénibles ou dangereux. ". Il résulte de ces dispositions, qui ont pour effet de définir de manière exhaustive les cas dans lesquels il est possible de prévoir des dérogations à la durée annuelle de travail de 1607 heures, que le champ de ces dérogations est expressément limité aux seules hypothèses de sujétions intrinsèquement liées à la nature même des missions.

5. Il ressort des pièces du dossier que la commune de Nanterre a fixé, dans la délibération contestée et le règlement intérieur qu'elle a adopté, au point " la durée annuelle de travail " du " 1. La durée du travail " de ce règlement, le principe d'une durée annuelle de travail à temps complet effectif de 1 607 heures. Ce règlement prévoit toutefois que la durée annuelle de travail effectif est réduite de trois jours pour être fixée à 1 586 heures par an pour les agents occupant certaines fonctions listées en annexe de ce règlement et qui remplissent des critères de pénibilité également listés, au sens des articles L. 4161-1 et D. 4161-1 du code du travail. Il prévoit en outre " un second cycle dérogatoire à 1 565 heures/an (soit 6 jours) " pour les agents occupant ces fonctions remplissant des critères de pénibilité et " ayant une reconnaissance de maladie professionnelle (sans limite d'âge) et les agents de 50 ans et plus ". Le préfet des Hauts-de-Seine conteste ce second cycle dérogatoire en faisant valoir qu'une réduction du temps de travail peut uniquement être autorisée, en application de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001, si elle est justifiée par une sujétion liée à la fonction et à sa pénibilité et qu'en octroyant trois jours de congés supplémentaires pour les agents d'au moins 50 ans ou ceux souffrant d'une maladie professionnelle, la commune de Nanterre a pris en compte des critères indépendants de ces " sujétions ", et a également créé une rupture d'égalité entre ses agents.

6. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1er du décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature, rendues applicables aux agents des collectivités territoriales et des établissements publics en relevant par l'article 1er du décret du 12 juillet 2001 pris pour l'application de l'article 7-1 de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 et relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique territoriale, que la durée annuelle du temps de travail effectif des agents territoriaux est de 1 607 heures et ne peut, en vertu de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001, être réduite par l'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement que pour tenir compte de sujétions liées à la nature des missions et à la définition des cycles de travail qui en résultent. En l'espèce, en octroyant, par le cycle de travail dérogatoire de 1 565 heures susmentionné, trois jours de congés supplémentaires à certains agents en raison uniquement de leur âge ou de la contraction d'une maladie imputable au service, la commune de Nanterre s'est fondée sur des considérations autres que celles intrinsèquement liées à la nature même des missions exercées, sans que cette commune ne puisse se prévaloir de ce qu'elle a entendu tenir compte de la vulnérabilité des agents concernés dans l'exercice de leurs fonctions et que, ce faisant, elle s'est pleinement inscrite dans le cadre légal. Dès lors, la délibération contestée, en tant qu'elle fixe ce cycle de travail de 1 565 heures, a méconnu de l'article 2 du décret du 12 juillet 2001.

7. Il résulte de ce qui précède que le préfet des Hauts-de-Seine est fondé à demander l'annulation de la délibération en litige adoptant le règlement intérieur du temps de travail du personnel de la commune de Nanterre en tant qu'elle prévoit un cycle dérogatoire de travail à 1 565 heures pour les agents ayant une reconnaissance de maladie professionnelle, sans limite d'âge, et les agents de 50 ans et plus.

Sur les frais du litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que la commune de Nanterre demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à l'instance.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La délibération du 5 juillet 2021 du conseil municipal de Nanterre adoptant le règlement intérieur du temps de travail du personnel de la commune de Nanterre est annulé en tant que cette délibération et ce règlement prévoient un cycle dérogatoire de travail de 1 565 heures pour les agents ayant une reconnaissance de maladie professionnelle, sans limite d'âge, et les agents de 50 ans et plus.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Nanterre au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet des Hauts-de-Seine et à la commune de Nanterre.

Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Coblence, présidente-rapporteure,

Mme Fléjou, première conseillère, et Mme Moinecourt, conseillère,

assistés de Mme Charleston, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

La présidente-rapporteure,

signé

E. Coblence

L'assesseure la plus ancienne,

signé

V. FléjouLa greffière,

signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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