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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201884

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201884

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSADOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février et 19 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Sadoun, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 janvier 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que les dispositions du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien ne prévoient pas qu'un ressortissant algérien admis au séjour en tant que stagiaire doive retourner dans son pays d'origine à la fin du stage ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 7b de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir de régularisation dont dispose le préfet même sans texte ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant fixation du pays de renvoi :

- cette décision est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête de Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellity, rapporteur,

- et les observations de Me Sadoun, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 12 novembre 1978, est entrée en France le 19 août 2018 munie d'un visa de long séjour mention " étudiant " et a été mise en possession de certificats de résidence algériens mention " stagiaire " renouvelés en dernier lieu jusqu'au 5 septembre 2020. Le 25 octobre 2021, elle a sollicité un changement de statut auprès de la préfecture du Val-d'Oise. Par l'arrêté attaqué du 12 janvier 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention "étudiant" ou "stagiaire". " L'article 7 du même accord stipule : " b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ; ". Il ne ressort ni de ses stipulations ni d'aucune autre de ce même accord, contrairement à ce qu'il est soutenu par le préfet du Val-d'Oise, que le changement d'un certificat de résidence portant la mention " stagiaire " pour un certificat portant la mention " salarié " exige que son bénéficiaire retourne en Algérie préalablement à l'examen de sa demande. Par suite, le préfet a entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur droit.

3. Il résulte de qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée et, ainsi que par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination en date du 12 janvier 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction:

4. Le présent jugement implique seulement, eu égard au motif sur lequel il se fonde, un réexamen de la demande de titre de séjour de Mme A. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la demande de la requérante dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 12 janvier 2022 est annulé en toutes ses dispositions.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Bellity, premier conseiller,

Mme Debourg, conseillère,

assistés de Mme Pradel, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur

Signé

C. BELLITY.

La présidente,

Signé

H. LE GRIELLa greffière,

Signé

E. PRADEL

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

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