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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201957

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201957

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201957
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 février 2022 et le 23 février 2023, M. B A, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision ministérielle référencée 48 SI du 3 septembre 2021 portant notification d'un retrait de points sur son titre de conduite ainsi que de l'ensemble des retraits de points antérieurs, et informant l'intéressé de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de point, ainsi que la décision implicite de rejet du recours hiérarchique adressé au ministère de l'intérieur en date du 16 novembre 2021 ;

2°) d'annuler les décisions ministérielles référencées 48 portant retraits de points prises à la suite des infractions commises les 21 janvier 2021, 3 décembre 2019, 25 février 2015 et 29 juin 2013 ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer son permis de conduire doté de son capital de points illégalement retirés ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises en l'absence d'une procédure d'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48SI du 3 septembre 2021 et les décisions référencées 48 prises à la suite des infractions commises les 21 janvier 2021 et 3 décembre 2019, et au rejet du surplus de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges mentionnés à cet article.

Le rapport de Mme Van Muylder, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, Mustapha A demande l'annulation de la décision référencée 48SI du 3 septembre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul à la suite des infractions constatées les 29 juin 2013, 25 février 2015, 3 décembre 2019, 21 janvier 2021.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort des pièces du dossier et notamment du relevé d'information intégral du requérant du 13 avril 2022 que le ministre de l'intérieur a retiré, la décision 48 SI du 3 septembre 2021 invalidant son titre de conduite, et les mentions afférentes aux infractions commises les 21 janvier 2021 et 3 décembre 2019 ont été retirées de son dossier. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de la décision 48SI du 3 septembre 2021, ainsi que les décisions 48 prises à la suite des infractions commises les 21 janvier 2021 et 3 décembre 2019, sont devenues sans objet.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré d'un défaut d'information préalable :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de point est décidé.

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En revanche, pour la période antérieure au 15 avril 2015, la page écran présentée à l'intéressé comportait l'indication du nombre de points dont l'infraction entraînait le retrait, mais non celle de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder. Dans ces conditions, pour les infractions antérieures à cette date, la signature du contrevenant ou la mention d'un refus de signer ne suffisent pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

S'agissant des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 29 juin 2013 et 25 février 2015

5. En l'espèce, si le procès-verbal électronique relatif à l'infraction commise le 29 juin 2013, et celui relatif à l'infraction commise le 25 février 2015, que M. A a signé comportaient conformément aux dispositions de l'article A. 37-19 du code de procédure pénale cité ci-dessus, les informations relatives à la nature de l'infraction et au retrait de points susceptible d'intervenir, les pièces produites par le ministre de l'intérieur ne sont pas de nature à établir que l'information préalable relative à l'existence d'un traitement automatisé des retraits de points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès aurait été délivrée à l'intéressé à l'occasion de ces infractions, dont il n'est pas établi qu'elles aient donné lieu au paiement d'une amende de sa part.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 29 juin 2013 et 25 février 2015.

7. Il suit de là, sans qu'il n'y est besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que les décisions portant retrait de points à la suite des infractions commises les 29 juin 2013, et 25 février 2015 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Si l'annulation contentieuse d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de reconnaître à l'intéressé le bénéfice des points irrégulièrement retirés et de procéder au réexamen du droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. B A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision référencée 48SI du 3 septembre 2021 et des décisions 48 portant retrait de points à la suite des infractions commises les 3 décembre 2019 et 21 janvier 2021.

Article 2 : Les décisions référencées 48 par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré des points du permis de conduire de M. A à la suite des infractions des 29 juin 2013 et 25 février 2015 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. A le bénéfice des points retirés à la suite des infractions mentionnées à l'article 2 ci-dessus, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation de la requérante pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Van MuylderLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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