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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201963

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201963

vendredi 13 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLE BRUN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de la société Centre de Véhicules d'Occasion France contestant la décision du préfet du Val-d'Oise du 2 février 2022 suspendant son habilitation à intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules. La société invoquait notamment un vice de procédure, faute d'urgence justifiant une suspension sans respect du contradictoire. Le tribunal a jugé que cette mesure de police, fondée sur le code de la route et l'arrêté du 9 février 2009, devait être adaptée, nécessaire et proportionnée. Il a rejeté la requête, estimant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février 2022 et 3 juillet 2024, la société Centre de Véhicules d'Occasion France, représentée par Me Le Brun et Me Lienard-Leandri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 février 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a suspendu l'habilitation lui permettant d'intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules à compter de la notification et l'a informée qu'une décision de retrait définitif de cette habilitation était envisagée ;

2°) de mettre à la charge l'Etat la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'habilitation a immédiatement fait l'objet d'une suspension, et ce, sans motif d'urgence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juin 2022 et 19 août 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Centre de Véhicules d'Occasion France ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Buisson, président-rapporteur ;

- les conclusions de Mme Saïh, rapporteure publique ;

- les observations de Me Lienard-Leandri, représentant la société Centre de Véhicules d'Occasion France ;

- et les observations de M. A, représentant le préfet du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. La société Centre de Véhicules d'Occasion France (CVO France) a pour activité " le négoce de tous véhicules automobiles, négoce à l'import-export de tous types de véhicules neufs et d'occasion, location longue durée et location avec option d'achat de tous types de véhicules ". Par une décision du 2 février 2022, le préfet du Val-d'Oise a suspendu, à titre conservatoire, l'habilitation dont bénéficiait la société CVO France lui permettant d'intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules pendant la durée de la procédure contradictoire mise en œuvre en vue d'un retrait éventuel de cette habilitation. Par la présente requête, la société CVO France demande l'annulation de cette décision.

Sur le cadre juridique du litige :

2. Aux termes de l'article L. 330-1 du code de la route : " Il est procédé, dans les services de l'Etat et sous l'autorité et le contrôle du ministre de l'intérieur, à l'enregistrement de toutes informations concernant les pièces administratives exigées pour la circulation des véhicules ou affectant la disponibilité de ceux-ci. / Ces informations peuvent faire l'objet de traitements automatisés, soumis aux dispositions de la loi n°78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ". Aux termes de l'article R. 322-1 du code de la route, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Tout propriétaire d'un véhicule à moteur, d'une remorque dont le poids total autorisé en charge est supérieur à 500 kilogrammes ou d'une semi-remorque et qui souhaite le mettre en circulation pour la première fois doit faire une demande de certificat d'immatriculation en justifiant de son identité. / () Cette demande de certificat d'immatriculation est adressée au ministre de l'intérieur par le propriétaire, soit directement par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 9 février 2009 relatif aux modalités d'immatriculation des véhicules : " () Les demandes d'immatriculation d'un véhicule neuf ou d'occasion sont adressées au ministre de l'intérieur soit par voie électronique, soit par l'intermédiaire d'un professionnel de l'automobile habilité par le ministre de l'intérieur () ".

3. La décision de suspension d'habilitation pour l'utilisation du système d'immatriculation des véhicules, prise à la suite du constat de manquements aux obligations attachées à ladite habilitation, présente le caractère d'une mesure de police prise dans le cadre d'une législation encadrant l'immatriculation des véhicules et destinée à assurer la sauvegarde de l'ordre public. Cette mesure, prise par le préfet, autorité de police générale dans le département, ne peut être prononcée, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que si elle présente un caractère adapté, nécessaire et proportionné à la gravité des troubles susceptibles d'être portés à l'ordre public.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ", et, aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables :

1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () " . L'article L. 122-1 du code de relations du public avec l'administration dispose que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article L. 122-2 du même code : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, si les services de la préfecture du Val-d'Oise ont, préalablement à la décision attaquée, adressé des courriels à la société requérante les 5 janvier 2022, 13 janvier 2022 et 17 janvier 2022, ces courriels se bornent à indiquer que la société fait l'objet d'un contrôle de conformité et lui demandent de produire un certain nombre documents. Dès lors qu'il n'est pas fait état des manquements reprochés à la société et qu'il ne lui est pas demandé de produire de quelconques observations ou explications sur de tels manquements, ces courriels ne sauraient être regardés comme mettant en œuvre la procédure contradictoire préalable au prononcé d'une décision de suspension de l'habilitation dont bénéficiait la société CVO France lui permettant d'intervenir sur le système d'immatriculation des véhicules. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure pour défaut de procédure contradictoire doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision préfet du Val-d'Oise du 2 février 2022 doit être annulée.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

7. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet du Val-d'Oise en date du 2 février 2022 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à la société Centre de Véhicules d'Occasion France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Centre de Véhicules d'Occasion France et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2025, à laquelle siégeaient :

- M. Buisson, président ;

- Mme Mettetal-Maxant, première conseillère ;

- Mme L'Hermine, première conseillère ;

assistés de Mme Duroux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2025.

Le président - rapporteur,

signé

L. Buisson

L'assesseure la plus ancienne,

signé

A. Mettetal-Maxant

La greffière,

signé

C. Duroux

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2201963

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