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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2201983

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2201983

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2201983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMALEK-MAYNAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2022, Mme B E, épouse D, et M. A D, représentés par Me Malek-Maynand, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 13 décembre 2021 par laquelle le conseil de territoire de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense a approuvé la modification n°8 du plan local d'urbanisme de la commune de Rueil-Malmaison ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la délibération approuvant la modification est illégale dès lors que l'emplacement réservé n°8 pour l'élargissement de la route de l'Empereur est dépourvu d'objet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle institue sur la parcelle AZ01, classée en espaces boisés en application de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme, des emplacements réservés pour des élargissements de voirie ;

- l'institution d'emplacements réservés pour des élargissements de voirie sur la parcelle AZ01 méconnait les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 février 2024, l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, les requérants étant dépourvus d'un intérêt à agir, et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. et Mme D ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

- et les observations de Mme C, représentant l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 13 décembre 2021, le conseil de territoire de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense a approuvé la modification n°8 du plan local d'urbanisme de la commune de Rueil-Malmaison. Par la présente requête, M. et Mme D demandent au tribunal d'annuler cette délibération.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; () ".

3. Les requérants soutiennent que le maintien de l'emplacement réservé n°8 destiné à l'élargissement à 20 mètres de la route de l'Empereur est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, compte tenu, sans qu'elle soit précisée, de l'ancienneté de cet emplacement réservé et de l'absence de démarches tendant à sa réalisation. Toutefois, il n'est pas contesté que cet emplacement réservé, initialement institué au bénéfice du département, est désormais inscrit au bénéfice de la commune de Rueil-Malmaison, et que l'emprise de cet emplacement réservé a été plusieurs fois ajustée à l'occasion d'évolutions du plan local d'urbanisme et notamment de la modification n°8 en litige. Par ailleurs, l'établissement public territorial fait valoir que les " Services Techniques de la Ville travaillent de manière continue sur ce projet afin de déterminer la proposition d'aménagement optimale " et produit, au soutien de ses allégations, un projet de plan d'aménagement de la route de l'Empereur étudiant la réduction du pan coupé de l'emplacement réservé sur le terrain des requérants, réduction approuvée par la délibération attaquée. Enfin, si les requérants soutiennent que l'enfouissement des réseaux aériens d'électricité et de téléphonie sur l'emprise de l'emplacement réservé serait incompatible avec sa réalisation, ils ne le démontrent pas. Par suite, le moyen tiré de ce que le maintien de l'emplacement réservé n°8 serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que cet emplacement réservé est devenu sans objet, doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. Ce classement peut s'appliquer également à des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignements. ". Aux termes de l'article L. 113-2 du même code : " Le classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. () ".

5. Il ressort du règlement du plan local d'urbanisme modifié par la délibération en litige, que la parcelle AZ01, classée en partie en espaces boisés au titre de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme précité, est grevée de deux emplacements réservés au bénéfice de la commune de Rueil-Malmaison, à savoir un emplacement réservé n°5 pour l'élargissement à 16 ou 14 mètres de la rue Charles Floquet et un emplacement réservé n°8 en vue de l'élargissement à 20 mètres de la route de l'Empereur, emplacements réservés qui jouxtent l'espace boisé classé situé sur la parcelle AZ01. La circonstance que l'emplacement réservé n°5 empiète très légèrement sur cet espace boisé classé n'a pas, à elle seule, pour effet d'entacher d'erreur manifeste d'appréciation le maintien de ces deux emplacements réservés. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

7. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

8. Les requérants soutiennent que les emplacements réservés n°5 et n°8 pour des élargissements de voirie institués sur la parcelle AZ01 contrarient l'objectif de préservation des espaces naturels figurant au thème n°1 du plan d'aménagement et de développement durables intitulé " Préserver les paysages et l'environnement ", et en particulier la préservation du parc du Bois-Préau. Toutefois, en se bornant à soutenir que l'élargissement de la rue Charles Floquet et de la route de l'Empereur nécessitera l'abattage de nombreux arbres, ce que conteste l'établissement public territorial, et portera nécessairement atteinte à la perspective paysagère du parc du Bois-Préau, ils n'établissent pas en quoi l'institution d'emplacements réservés d'une faible largeur destinés à élargir des voiries existantes pour agrandir les trottoirs et aménager une piste cyclable méconnaitrait un tel objectif.

9. Par ailleurs, le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de la commune de Rueil-Malmaison comprend une orientation n°4 " Mieux se déplacer " ayant notamment pour objectif " un meilleur équilibre entre les divers modes de déplacements " et " l'aménagement de l'espace public pour donner de la place aux piétons, aux deux-roues, aux transports en commun et à la voiture ". Ainsi, à supposer même que les emplacements réservés n°5 et n°8 institués sur la parcelle AZ01 contrarient une orientation ou un objectif du thème n°1 du plan d'aménagement et de développement durables " Préserver les paysages et l'environnement ", il ressort des pièces du dossier que ces emplacements réservés qui visent notamment, comme il a été dit au point 8, à élargir le trottoir et à aménager une piste cyclable, sont cohérents avec les orientations et objectifs du thème n°4 du plan d'aménagement et de développement durables précités.

10. Par suite, en maintenant les emplacements réservés n°5 et n°8 sur la parcelle AZ01, la délibération approuvant la modification n°8 du plan local d'urbanisme de la commune de Rueil-Malmaison n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme précitées.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. et Mme D doit être rejetée.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, épouse D, M. A D et à l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

signé

E. Chaufaux

La présidente,

signé

S. EdertLa greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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