vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2202008 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème Chambre |
| Avocat requérant | TRAORE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 février 2022, Mme A E G, représentée par Me Traore, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 30 décembre 2021 en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 7 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- la décision de refus de renouvellement du titre de séjour portant la mention " étudiant " est également fondée par le motif tiré de ce que la requérante a exprimé la volonté d'exercer une activité professionnelle à titre principal.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E G, ressortissante camerounaise née le 13 novembre 1995, est entrée en France le 20 octobre 2020 pour y poursuivre des études, munie d'un visa de long séjour, portant la mention " étudiant " et valant titre de séjour, valable du 15 octobre 2020 au 15 octobre 2021. Le 26 octobre 2021, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 30 décembre 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Mme E G demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il refuse de lui délivrer un titre de séjour et l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par M. F C, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 21 octobre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'État dans le département le même jour, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour. Il ressort des termes mêmes de cet arrêté que l'exercice de cette délégation n'est pas subordonné à l'absence ou à l'empêchement du préfet. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour en litige aurait été signée par une autorité incompétente manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). " Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".
4. La décision en litige, qui vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle les conditions de l'entrée et du séjour de Mme E G en France et mentionne que l'intéressée, qui a suivi au titre de l'année 2020/2021 un master " start-up management et e-commerce ", qu'elle n'a pas validé, s'est inscrite, pour l'année 2021/2022, en candidate libre pour rattraper ses examens écrit et oral et ne suivra, au cours de cette année, aucun cours en présentiel ou en distanciel. Elle énonce qu'un tel enseignement ne nécessitant pas le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre, l'intéressée ne remplit pas les conditions prévues par l'article 7 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994. La décision en litige précise également qu'à titre subsidiaire, l'intéressée ne peut bénéficier des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle est célibataire, sans charge de famille et que, selon ses déclarations, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, son frère et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Ainsi, la décision attaquée, qui n'avait pas à se prononcer au regard de l'ensemble des critères prévus par les stipulations de l'article 7 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme E G au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de la convention franco-camerounaise visée ci-dessus : " Les nationaux de chacun des États contractants désireux de se rendre sur le territoire de l'autre État en vue d'effectuer des études doivent, pour être admis sur le territoire de cet État, être en possession, outre d'un visa de long séjour et des documents prévus à l'article 1er de la présente Convention, de justificatifs des moyens de subsistance et d'hébergement, et d'une attestation de préinscription ou d'inscription délivrée par l'établissement d'enseignement qu'ils doivent fréquenter. () ". Aux termes de l'article 11 de cette convention : " Pour tout séjour devant excéder trois mois sur le territoire français, les nationaux camerounais doivent posséder un titre de séjour. / () / Ces titres de séjour sont délivrés conformément à la législation de l'Etat d'accueil ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".
7. Il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'année 2020/2021, Mme E G a suivi un master portant la mention " start-up management et e-commerce " au sein de l'Institut supérieur de l'entreprise à Paris. A l'appui de sa demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'intéressée a produit une attestation d'inscription dans cet établissement en date du 15 novembre 2021 mentionnant qu'elle " est inscrite en candidat libre pour la session de juin 2022 afin de rattraper son examen écrit, oral et ses unités d'enseignement " et qu'elle " ne suivra donc, pas de cours en présentiel ni en distanciel " au cours de l'année 2021/2022. Alors que les stipulations précitées de l'article 7 de la convention franco-camerounaise implique nécessairement que le ressortissant camerounais sollicitant un titre de séjour portant la mention " étudiant " suive un enseignement ou des études en France, l'inscription dont justifie la requérante au titre de l'année 2021/2022, qui a pour seul but de lui permettre de se présenter aux épreuves de fin d'année, ne permet pas de justifier de la nécessité de son séjour sur le territoire pour suivre un enseignement. La circonstance qu'elle ne pourrait plus bénéficier de l'infrastructure de l'école et des ressources mises à disposition des étudiants, qui n'est pas démontrée, et le fait qu'elle devra se présenter aux examens en fin d'année ne suffisent à démontrer la nécessité pour l'intéressée de séjourner durant toute l'année sur le territoire français. Dans ces conditions, en refusant de renouveler le titre de séjour de Mme E G, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur d'appréciation.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ".
9. Mme E G, qui se prévaut de la durée de sa présence en France depuis le mois d'octobre 2020 sous couvert d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", soutient qu'elle entretient des liens familiaux avec sa tante, qui l'héberge, et que deux de ses oncles sont présents sur le territoire français. Elle fait valoir qu'elle s'est intégrée à la société française dans le cadre de ses études et de l'activité professionnelle qu'elle exerce depuis le mois de septembre 2021 et qu'elle a créée des liens amicaux avec ses camarades de classe et ses collègues. Toutefois, la requérante ne justifie que d'une durée de séjour sur le territoire français de quinze mois à la date de la décision attaquée, son titre de séjour portant la mention " étudiant " ne lui donnant pas vocation à se maintenir sur le territoire national. La circonstance qu'elle ait suivi des études pendant une année et le fait qu'elle exerce une activité de chargé de clientèle depuis le mois de septembre 2021 ne suffisent pas à démontrer une insertion sociale ou professionnelle stable et ancienne sur le territoire. En outre, Mme E G, qui est célibataire sans charge de famille, n'établit pas que sa présence auprès des membres de sa famille séjournant en France revêtirait pour elle un caractère indispensable. Elle ne justifie pas davantage de circonstances particulières faisant obstacle à ce qu'elle poursuive sa vie à l'étranger et, en particulier, dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que son frère et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment de la durée du séjour en France de l'intéressée, la décision attaquée ne peut être regardée comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts de cette mesure. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.
11. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
12. Ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, la décision de refus de titre de séjour comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. En outre, l'arrêté attaqué vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet d'assortir un refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français contestée, qui, en vertu des termes mêmes de l'article L. 613-1 du même code, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est elle-même suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision par laquelle le préfet du Val-d'Oise a obligé l'intéressée à quitter le territoire français doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions attaquées du 30 décembre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E G est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E G et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Féral, président, Mme B et M. D, premiers conseillers,
assistés de Mme Khalfaoui, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
S. DLe président,
signé
R. FÉRALLa greffière,
signé
M. H
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026