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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202037

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202037

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202037
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAOUCHE DE FOLLEVILLE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 février et le 17 juillet 2022, l'association Sangha des moines bouddhistes Theravada des réfugiés Lao de France Europe, M. A H, M. C B et M. F G, représentés par Me Maouche, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de retirer le récépissé de déclaration de modification de l'association Sangha des moines bouddhistes Theravada des réfugiés Lao de France Europe du 26 février 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de retirer le récépissé de déclaration de modification de l'association Sangha des moines bouddhistes Theravada des réfugiés Lao de France Europe du 26 février 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors que le récépissé ayant été obtenu par fraude, le préfet du Val-d'Oise était tenu de le retirer.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2022 le préfet du Val-d'Oise conclut à titre principal à l'incompétence de la juridiction administrative et à titre subsidiaire à son rejet au fond.

Il doit être regardé comme faisant valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente dès lors que le conflit est interne à l'association requérante ;

- les moyens soulevés sont inopérants.

En application des dispositions de l'article R. 611-11-1 et de l'article R. 613-2 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 janvier 2024 par un avis d'audience avec clôture immédiate.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association ;

- le décret du 16 août 1901 pris pour son exécution ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère ;

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public ;

- les observations de Me Maouche représentant l'association Sangha des moines bouddhistes Theravada des réfugiés Lao de France Europe, M. H, M. B et M. G ;

- et les observations de Mme D représentant le préfet du Val-d'Oise.

Considérant ce qui suit :

1. Le 26 février 2021, le préfet du Val-d'Oise a délivré un récépissé de déclaration de modification la composition de l'association Sangha des moines bouddhistes Theravada des réfugiés Lao de France Europe réalisée par M. E. Par une décision du 20 janvier 2022 le préfet du Val-d'Oise a refusé de retirer ce récépissé tel que cela été demandé par l'association et trois de ses membres. Ces derniers demandant l'annulation de cette décision de refus de retrait.

Sur l'exception d'incompétence de la juridiction administrative :

2. Le préfet du Val-d'Oise soutient en défense que la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaitre de conclusions aux fins d'annulation d'une décision par laquelle un préfet refuse de retirer un récépissé de déclaration de modification des statuts d'une association. Toutefois, le refus de retrait d'un récépissé de déclaration des modifications intervenues dans l'administration ou la direction d'une association présente le caractère d'une décision administrative dont le contentieux relève de la juridiction administrative. Par suite, l'exception d'incompétence de la juridiction administrative opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 5 de la loi du 1er juillet 1901 relative au contrat d'association : " Toute association qui voudra obtenir la capacité juridique prévue par l'article 6 devra être rendue publique par les soins de ses fondateurs. / La déclaration préalable en sera faite au représentant de l'Etat dans le département où l'association aura son siège social. Elle fera connaître le titre et l'objet de l'association, le siège de ses établissements et les noms, professions et domiciles et nationalités de ceux qui, à un titre quelconque, sont chargés de son administration. Un exemplaire des statuts est joint à la déclaration. Il sera donné récépissé de celle-ci dans le délai de cinq jours. () Les associations sont tenues de faire connaître, dans les trois mois, tous les changements survenus dans leur administration, ainsi que toutes les modifications apportées à leurs statuts. / Ces modifications et changements ne sont opposables aux tiers qu'à partir du jour où ils auront été déclarés ". Aux termes de l'article 1er du décret du 16 août 1901 pris pour l'exécution de cette loi : " La déclaration prévue par l'article 5, paragraphe 2, de la loi du 1er juillet 1901 est faite par ceux qui, à un titre quelconque, sont chargés de l'administration de l'association. () ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " Les déclarations relatives aux changements survenus dans l'administration de l'association mentionnent : / 1° Les changements de personnes chargées de l'administration ; () ".

4. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que l'autorité administrative à laquelle est faite une déclaration de changement intervenu au sein d'une association est tenue d'en délivrer récépissé, à la condition que cette déclaration soit accompagnée de l'ensemble des pièces prévues à cet effet et, notamment, de l'extrait du procès-verbal de l'assemblée générale constatant l'adoption de la décision comportant le changement qui fait l'objet de la déclaration. La loi du 1er juillet 1901 ne conférant pas au préfet le pouvoir d'apprécier la régularité des modifications ainsi déclarées, il ne lui appartient pas, à l'occasion de l'enregistrement, par voie de délivrance du récépissé de déclaration d'une modification dans la composition de l'association, ni d'ailleurs à la juridiction administrative, de se prononcer sur la régularité des délibérations conduisant à ces modifications.

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du récépissé du 26 février 2021, que le co-président de l'association a procédé à une déclaration de modification des dirigeants de l'association. Si les requérants se prévalent de l'irrégularité des élections ayant conduit à cette modification, il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'il n'appartenait pas au préfet d'apprécier la régularité de la modification déclarée. Il ressort en outre des pièces du dossier que le procès-verbal de constat des élections du 23 janvier 2021 dressé par huissier était annexé à la demande de modification. Le préfet était ainsi tenu de délivrer le récépissé en litige, alors même que des courriers du 26 mars 2020 et du 18 février 2021 lui avaient été adressés par les requérants pour l'informer de conflits internes à l'association, ces courriers ne permettant pas de caractériser une situation de fraude manifeste lors des élections du 23 janvier 2021. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet du Val-d'Oise a refusé de retirer ce récépissé par une décision du 20 janvier 2022. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de l'erreur de droit doivent être écartés comme inopérants.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs le tribunal décide:

Article 1er : La requête de l'association Sangha des moines bouddhistes Theravada des réfugiés Lao de France Europe, M. A H, M. C B et M. F G est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à l'association Sangha des moines bouddhistes Theravada des réfugiés Lao de France Europe, à M. A H, à M. C B à M. F G et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 8 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère.

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La rapporteure,

signé

C. GoudenècheLa présidente,

signé

C. Bories

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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