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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202086

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202086

vendredi 16 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202086
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 février 2022, M. B D A, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme d'une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi qu'il a bénéficié d'un entretien en vue d'évaluer sa situation de vulnérabilité ;

- à supposer qu'il ait bénéficié d'un tel entretien, il n'est pas démontré que l'agent ayant mené l'entretien avait reçu une formation spécifique à cette fin, conformément aux dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 fixant le contenu du questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile méconnaît les dispositions des articles L. 522-3 et R. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le questionnaire ne comporte pas de questions visant à identifier effectivement les personnes vulnérables ;

- la décision en litige est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un mémoire, produit pour M. D A, a été enregistré le 4 août 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, intervenue le 25 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision du Conseil d'Etat n° 428530, 428564 du 31 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant somalien né le 5 mai 1989, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 11 septembre 2020 par les services de la préfecture du Val-d'Oise en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par une décision du 31 mai 2021, le directeur territorial de l'OFII de Cergy lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Le 29 décembre 2021, sa demande d'asile a été enregistrée par la préfecture du Val-d'Oise en " procédure accélérée ". Par courriel du 10 janvier 2022, l'intéressé a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. A l'appui de sa requête, M. D A demande au tribunal d'annuler la décision du 1er février 2022 par laquelle le directeur territorial de l'OFII de Cergy a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, l'admission provisoire de M. D A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris aux articles L. 522-1, L. 522-2 et L. 522-3 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin. / () " Aux termes de l'article R. 744-14 de ce code, désormais repris à l'article R. 522-1 du même code : " L'appréciation de la vulnérabilité des demandeurs d'asile est effectuée par les agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en application de l'article L. 744-6, à l'aide d'un questionnaire dont le contenu est fixé par arrêté des ministres chargés de l'asile et de la santé. / () "

4. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment du formulaire d'offre de prise en charge produit par le directeur général de l'OFII et signé par M. D A, que le requérant a certifié avoir été évalué par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend et avec le concours d'un interprète, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le 11 septembre 2020. En outre, le 19 janvier 2022, soit avant l'intervention de la décision contestée, l'intéressé s'est vu accorder un nouvel entretien en vue d'évaluer sa vulnérabilité, lequel a été mené par un auditeur asile de l'OFII, avec le concours d'un interprète en langue somali. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité avant l'intervention de la décision attaquée.

5. D'autre part, alors que le directeur général de l'OFII fait valoir que l'ensemble des auditeurs asile de l'établissement reçoivent une formation afférente à leurs missions, dont celles d'évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile, aucun élément du dossier ne permet de tenir pour établi que l'entretien du 19 janvier 2022 n'aurait pas été mené par une personne ayant reçu une formation spécifique à cette fin. Ainsi, M. D A n'est pas fondé à soutenir que l'entretien qui lui a été accordé n'a pas été mené par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin.

6. Enfin, la seule circonstance que l'arrêté du 23 octobre 2015 fixant le contenu du questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile serait illégale n'est pas de nature à entacher la procédure suivie par l'OFII d'irrégularité. En tout état de cause, il ressort du questionnaire annexé à cet arrêté qu'il comporte plusieurs questions portant sur les besoins d'hébergement du demandeur d'asile et ses besoins d'adaptation éventuelles au regard de son état de santé, en particulier la possibilité de faire état d'un problème de santé ou de déposer des documents à caractère médical. En outre, il ressort du compte-rendu de l'entretien qui a été accordé à l'intéressé le 19 janvier 2022, établi sur la base du modèle annexé à l'arrêté du 23 octobre 2015, que M. D A a été mis en mesure d'apporter de nombreux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale avant l'édiction de la décision en litige. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficier d'un entretien conforme aux dispositions citées au point 3.

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 6 que le moyen tiré de ce que la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté en toutes ses branches.

8. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE et la décision du Conseil d'Etat n° 428530 en date du 31 juillet 2019, rappelle la situation de M. D A au regard des conditions matérielles d'accueil, et en particulier la circonstance que ses droits ont été suspendus le 31 mai 2021 au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile. Elle mentionne que l'obtention d'une nouvelle attestation de demande d'asile en procédure accélérée n'implique pas un rétablissement automatique de ses droits. Elle énonce que l'intéressé n'a pu justifier du non-respect des obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII, et notamment des raisons pour lesquelles il n'avait pas d'attestation de demande d'asile en cours de validité entre le 12 février 2021 et le 28 décembre 2021. Elle précise que l'évaluation de sa situation personnelle et familiale ne faisait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

9. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. D A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

10. En dernier lieu, M. D A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 11 septembre 2020, sa situation est régie par les articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018. Si dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564, visée ci-dessus, le Conseil d'Etat a jugé que ces articles étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il a également jugé qu'il reste néanmoins possible à l'OFII, par une décision motivée, après examen de la situation particulière du demandeur d'asile et après l'avoir mis, sauf impossibilité, en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil lorsqu'il a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

11. En l'espèce, la circonstance que la demande d'asile de M. D A a été enregistrée en " procédure accélérée " le 29 décembre 2021 n'imposait pas à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui était âgé de trente-deux ans à la date de la décision attaquée et dont l'épouse et la fille vivent en Somalie, ne produit aucun élément de nature à attester d'une situation de vulnérabilité particulière ou de besoins spécifiques en matière d'accueil. Par ailleurs, si le requérant fait valoir qu'il a manqué un rendez-vous en préfecture le 31 mars 2021 parce qu'il était souffrant, il ne produit aucun élément de nature à établir le bien-fondé de cette allégation. En outre, il n'apporte aucun élément de nature à expliquer son absence au rendez-vous qui lui a été fixé par les services préfectoraux le 14 avril 2021, laquelle n'est pas contestée. Enfin, l'intéressé n'explique pas davantage les raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre les 12 février 2021 et 28 décembre 2021 et ne fournit aucune précision sur sa situation pendant cette période. Ainsi, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII aurait entaché la décision attaquée d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. D A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. C et M. E, premiers conseillers, assistés de Mme Khalfaoui, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2022.

Le rapporteur,

signé

S. CLe président,

signé

R. FÉRALLa greffière,

signé

M. F

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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