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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202297

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202297

mardi 21 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 17 février 2022, le 16 mai 2022 et le 13 septembre 2022, M. A C, représenté par Me Fouchard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise :

- de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans le même délai et sous la même astreinte ;

- de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale, en raison de l'illégalité dont est entachée la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- elle est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article L. 211-2 du Code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11-7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

-

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- cette décision est illégale, en raison de l'illégalité dont est entachée la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 août 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thierry, président-rapporteur

- et les observations de Me Fouchard, représentant M. C.

M. C, représenté par Me Fouchard a présenté une note en délibéré qui a été enregistrée le 13 mars 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né en 1992, déclare être entré sur le territoire français le 25 janvier 2007. Marié le 6 février 2021 avec une ressortissante Française, il a sollicité, 25 novembre 2021, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du a) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 8 février 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. C en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21-038 du 21 octobre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme B D, cheffe du bureau du contentieux des étrangers de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec fixation d'un pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé suffisamment précis des circonstances de fait et de droit qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort des pièces du dossier ni que M. C a sollicité un titre de séjour en application du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'ailleurs abrogé à la date de la décision attaquée, ni que le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur ces dispositions pour refuser sa demande. Dès lors, le requérant ne saurait utilement en invoquer la méconnaissance.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1-Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. M. C expose qu'il réside sur le territoire français depuis le 25 janvier 2007, sans toutefois justifier de la réalité de sa présence avant 2014. Si les pièces qu'il produit permettent, à ce titre, de regarder comme établi le caractère continu de la présence en France de M. C depuis près de huit années à la date de la décision attaquée, il ne justifie pas d'une intégration particulière autre qu'une activité professionnelle partielle de quelques mois et discontinue. Enfin, à la date de la décision attaquée, le mariage de M. C était récent et celui-ci disposait de la possibilité d'obtenir un visa long séjour de plein droit en qualité de conjoint de français lui permettant, après obtention de celui-ci, de séjourner régulièrement sur le territoire français et de prétendre à la délivrance, de plein droit également, d'un titre de séjour en cette qualité. A supposer qu'en présentant un certificat de grossesse pour son épouse M. C ait entendu se prévaloir de ce qu'il va devenir parent d'un enfant français au mois de mars 2023, cette circonstance, postérieure à la date de la décision attaquée, est sans influence sur sa légalité. Dans ces circonstances, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Dans ces mêmes circonstances, M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a entaché cette décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés par M. C contre la décision de refus de titre de séjour n'est fondé. Dès lors M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

10. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier, et n'est pas même soutenu, que M. C a été empêché de faire valoir ses observations dans le cadre de la procédure d'instruction de sa demande de titre de séjour ayant abouti à la décision contestée, ni qu'il ait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ou souhaité porter à leur connaissance, des informations sur sa situation. Dès lors, le requérant ne pouvait sérieusement ignorer que l'irrégularité de sa situation l'exposait à une décision l'obligeant à quitter le territoire français. Au demeurant M. C ne précise pas quels éléments propres à sa situation, qui n'auraient pas été pris en compte par le préfet, étaient susceptibles d'avoir une influence sur le sens de sa décision. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il a été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens soulevés par M. C contre la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est fondé. Dès lors M. C n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

12. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur les frais non compris dans les dépens :

13. Les conclusions à fin d'annulation de M. C devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Baude premier conseiller,

et Mme Zaccaron-Guérin conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.

Le président,

signé

P. Thierry L'assesseur le plus ancien,

signé

F.-E. Baude

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22022972

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