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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202308

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202308

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantPIERSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 février 2022, M. A C F, représenté par Me Pierson, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine refusé de lui accorder le bénéfice du regroupement familial au profit de ses deux enfants, ainsi que la décision implicite rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à ses deux enfants, B et E C, la délivrance d'un visa de long séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées méconnaissent les dispositions de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ces décision méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New-York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations malgré la mise en demeure qui lui a été adressée le 26 janvier 2023 par le tribunal.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C F, ressortissant de la République démocratique du Congo, a présenté, le 11 septembre 2020, une demande de regroupement familial en faveur de ses deux enfants, B et E, qui a été enregistrée le 23 février 2021 par les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge. Son recours gracieux présenté le 14 octobre 2021 contre la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine rejetant sa demande ayant également été rejeté, M. C F demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 434-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / () 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans ". Aux termes de l'article L. 434-7 du même code : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique ; / 3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article R. 434-12 de ce code : " Au vu du dossier complet de demande de regroupement familial, les services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration délivrent sans délai une attestation de dépôt de dossier qui fait courir le délai de six mois dont bénéficie l'autorité administrative pour statuer ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 612-2 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit et qu'il lui appartient seulement, lorsque les dispositions précitées sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C F a présenté une demande de regroupement familial en faveur de ses deux enfants, B et E, et s'est vu remettre, par les services de l'OFII à Montrouge, une attestation de dépôt de dossier attestant de l'enregistrement de sa demande le 23 février 2021. Sa demande ayant été implicitement rejetée à l'expiration du délai de six mois prévu pour l'instruction celle-ci en application des dispositions précitées de l'article R. 434-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a formé un recours gracieux contre cette décision qui a également fait l'objet d'une décision implicite de rejet. A l'appui de sa requête, le requérant soutient qu'il réside régulièrement sur le territoire français où il est titulaire d'un titre séjour valable jusqu'au 18 février 2031, qu'il dispose de ressources stables dès lors qu'il travaille sous couvert d'un contrat à durée indéterminée depuis le 2 mai 2017 et qu'il est locataire d'un logement lui permettant d'accueillir ses enfants. Une copie de cette requête a été communiquée le 4 avril 2022 à la préfecture des Hauts-de-Seine qui a été mise en demeure le 26 janvier 2023 de produire un mémoire en défense. Cette mise en demeure étant demeurée sans effet, le préfet des Hauts-de-Seine doit être regardé comme ayant acquiescé aux faits énoncés par M. C F, dont la matérialité n'est pas contredite par les pièces du dossier. Par suite, l'intéressé est fondé à soutenir qu'en rejetant sa demande de regroupement familial, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions de l'article L. 434-du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède que, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'autre moyen de la requête, M. C F est fondé à demander l'annulation de la décision litigieuse, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine fasse droit à la demande de regroupement familial présentée par le requérant au profit de ses deux enfants. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou au préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, de procéder à cette mesure d'exécution au profit des deux enfants de M. C, mineurs à la date de sa demande initiale de regroupement familial, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C F et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé à M. C F le bénéfice du regroupement familial au profit de ses deux enfants mineurs sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de faire droit à la demande de regroupement familial présentée par M. C F au profit de ses deux enfants mineurs dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. C F une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C F est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C F et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. D et M. Weiswald, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe 27 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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