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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202351

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202351

mercredi 5 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantLACHENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement les 18 février et 8 juin 2022, Mme F, représentée par Me Lachenaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 26 janvier 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à la frontière ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et ce sous une astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme. D soutient que :

Concernant la décision de refus de titre de séjour :

- l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas produit aux débats, ce qui interdit de vérifier qu'il a été collégialement rendu, qu'il comporte l'ensemble des mentions réglementaires, et il n'est pas justifié de l'identité du médecin instructeur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle ne résulte pas d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Concernant l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est illégale en vertu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui en est le fondement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et fait valoir que ses moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dupin, rapporteur ;

- les conclusions de M. Belhadj, rapporteur public ;

- et les observations de Me Gruet, substituant Me Lachenaud représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1.Mme F, ressortissante haïtienne née le 18 novembre 1989, est entrée sur le territoire français sous couvert d'un visa le 7 juillet 2016 et s'y est maintenue depuis. Elle a sollicité le 25 février 2021 son admission au séjour au titre de l'article L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 26 janvier 2022, dont elle demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2.En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3.Il ressort des pièces du dossier que la décision du 26 janvier 2022 comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet du Val-d'Oise, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante a, ainsi, suffisamment motivé sa décision. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

4.En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment des termes mêmes de la décision litigieuse, que le préfet du Val-d'Oise aurait procédé à un examen insuffisamment circonstancié de la situation personnelle de Mme. D.

5.En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ". Enfin, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays () ".

6.Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Le contenu de l'avis du collège des médecins de l'OFII en date du 3 janvier 2022 prévu par les dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par l'arrêté pris pour son application, de même que la non-participation du médecin ayant établi le rapport au collège qui rend un avis au vu de ce rapport, prévue par les dispositions précitées de l'article R. 425-13 du même code, constituent une garantie pour l'étranger sollicitant un titre de séjour à raison de son état de santé.

7.La décision du 26 janvier 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme D sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile vise un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 3 janvier 2022. D'une part, cet avis, produit en défense, mentionne les noms des docteurs Levys-Attias, Lancino et Horrach. Ces médecins ont été régulièrement désignés par une décision du directeur général de l'OFII en date du 18 novembre 2019, modifiant celle du 17 janvier 2017 portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'OFII. D'autre part, le docteur A, auteur du rapport médical, ne figure pas parmi les membres de ce collège, ce qui en garantit l'indépendance. Enfin, si la requérante indique que cet avis est irrégulier, elle n'indique pas pour quel motif cet avis serait irrégulier. Il s'ensuit que le moyen tiré du vice de procédure allégué dans le recueil de l'avis du collège de médecins de l'OFII ne peut qu'être écarté en toutes ses branches.

8.En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9.Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que l'état de santé de Mme D, qui souffre d'endométriose, rendrait sa présence en France indispensable, l'intéressée ne démontrant notamment pas que le défaut de soins aurait pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, contrairement à ce qu'a pourtant retenu le préfet du Val-d'Oise, suivant en cela l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII. Par ailleurs, n'attestant d'aucune insertion professionnelle stable et ancienne sur le territoire français, hormis un emploi en tant qu'agent de ménage depuis février 2022, elle ne justifie d'aucune circonstance particulière de nature à faire obstacle à ce qu'elle poursuive normalement sa vie privée et familiale en Haïti où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans et où elle n'établit pas être dépourvue de toute attache privée et familiale, nonobstant le fait que ses deux frères résident en France en situation régulière. Enfin, s'agissant de son concubinage avec M. B E depuis 2015, celui-ci n'est pas établi, pas davantage que la régularité du séjour de M. B E, l'intéressée ayant par ailleurs mentionné être célibataire dans la fiche de salle remise lors de sa demande de titre de séjour en 2021. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10.En premier lieu, Mme. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, son moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision faisant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

11.En deuxième lieu, il résulte du point 9, et par les mêmes motifs, que la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jour ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme D au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale doit donc être également écarté ici.

12.En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

13.Il ressort des termes de la décision attaquée, comme de l'avis produit du collège des médecins de l'OFII, que l'endométriose dont souffre la requérante n'entraîne pas pour sa santé des conséquences d'une exceptionnelle gravité, étant en outre entendu qu'elle conserve la possibilité de suivre un traitement dans son pays d'origine. Par suite, c'est sans erreur de droit eu égard aux dispositions précitées, que le préfet du Val-d'Oise a prononcé à l'encontre de Mme D une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

14.Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en date du 26 janvier 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à la frontière.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15.Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D, n'implique aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, présentées par la requérante, doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige

16.Les considérations précédentes font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par Mme D doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

M. Robert, premier conseiller,

M. Dupin, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2022.

Le rapporteur,

signé

F. Dupin

Le président,

signé

T. BertonciniLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2202351

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