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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202382

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202382

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantDANDALEIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 février 2022, Mme D A, représentée par Me Dandaleix, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur la demande qu'elle lui a adressée le 30 août 2021 et tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié " ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de demande de titre de séjour, dans le délai de huit jours à compter de cette notification ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de communiquer au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter le jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pas été mise à même de présenter ses observations avant son édiction en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle n'est pas motivée, alors même qu'elle avait sollicité la communication de ses motifs, en application des articles L. 211-6 et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, par courrier reçu par les services préfectoraux le 7 janvier 2022 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juin 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les conclusions à fin d'annulation de la requête, dirigées contre une décision inexistante, sont irrecevables dès lors que la demande de titre de séjour présentée par Mme A, qui n'a pas répondu à une demande de pièces complémentaires, a été classée sans suite.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Amazouz, rapporteur,

- et les observations de Me Dandaleix, avocat de Mme A, qui indique que cette dernière conteste avoir reçu la demande de pièces complémentaires produite par le préfet du Val-d'Oise à l'appui de son mémoire en défense.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne née le 11 juin 1984, a présenté, par un courrier du 24 août 2021, reçu par les services de la préfecture du Val-d'Oise le 30 août suivant, une demande tendant à la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, " salarié ". Mme A demande l'annulation de la décision implicite de rejet de cette demande, née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet du Val-d'Oise.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet du Val-d'Oise :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / () "

3. Le préfet du Val-d'Oise fait valoir que les conclusions à fin d'annulation de la requête sont dirigées contre une décision inexistante dès lors que la demande de titre de séjour présentée par Mme A, qui n'a pas répondu à une demande de pièces complémentaires, a été classée sans suite. Toutefois, si le préfet produit un courrier de demande de pièces complémentaires, qui aurait été adressé à la requérante, ce document non daté ne mentionne pas le nom de l'intéressée et n'est pas accompagné d'un accusé de réception. En outre, si le préfet produit également un courriel de la sous-préfecture de Sarcelles mentionnant que le dossier de Mme A a été classé sans suite car cette dernière " n'a pas répondu à la convocation non datée ", il ne produit aucune décision de classement sans suite et ne précise pas à quelle date une telle décision serait intervenue. Dans ces conditions, la demande de titre de séjour présentée par Mme A le 30 août 2021 doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 30 décembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a demandé, par courrier du 3 janvier 2022, reçu par les services de la préfecture du Val-d'Oise le 7 janvier suivant, la communication des motifs du refus de sa demande de titre de séjour, née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise pendant plus de quatre mois sur sa demande reçue le 30 août 2021. Dès lors que l'administration ne lui a pas communiqué les motifs de la décision implicite de rejet dans le délai d'un mois prévu par les dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, cette décision est entachée d'un vice propre justifiant son annulation.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à solliciter l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'aucun autre moyen de la requête n'apparaît de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet du Val-d'Oise, ou le préfet territorialement compétent, procède à un nouvel examen de la demande de Mme A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte ni d'enjoindre au préfet de justifier auprès du tribunal avoir pris les mesures d'exécution du jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande de délivrance d'un titre de séjour présentée par Mme A le 30 août 2021, née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le préfet du Val-d'Oise sur cette demande, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à Mme A la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Amazouz et M. B, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

S. AMAZOUZLe président,

signé

R. FÉRALLa greffière,

signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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