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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202452

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202452

jeudi 30 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202452
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 18 février 2022 et 26 avril 2022, M. A B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision ministérielle référencée 48SI notifiée le 29 juin 2021 portant notification d'un retrait de points sur son titre de conduire ainsi que l'ensemble des retraits de points antérieurs, et l'informant de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de points'; ainsi que la décision implicite de rejet du recours hiérarchique adressé au ministère de l'intérieur le 6 décembre 2021';

2°) d'annuler les décisions ministérielles référencées 48 portant retrait de points consécutives aux infractions constatées les 27 mars 2020, 8 avril 2019, 10 avril 2019 et 7 septembre 2017';

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points retirés et de rétablir le capital de son permis de conduire';

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions ont été prises en l'absence d'une procédure d'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction°;

- la réalité des infractions n'est pas établie dès lors qu'il ne s'est pas acquitté du paiement des amendes forfaitaires'; que les titres exécutoires des amendes forfaitaires majorées ne lui ont jamais été notifiés et qu'il a déposé, en application des dispositions des articles 529 et 530 du code de procédure pénale, des réclamations contentieuses à l'encontre de ces infractions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu partiel à statuer en ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision 48 SI du 29 juin 2021 et contre la décision 48 portant retrait de points prise à la suite de l'infraction commise le 8 avril 2019, et au rejet du surplus de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route';

- le code de procédure pénale';

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer sur les litiges mentionnés à cet article.

Le rapport de Mme Van Muylder, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision référencée 48 SI notifiée le 29 juin 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul à la suite des infractions constatées les 27 mars 2020, 8 avril 2019, 10 avril 2019 et 7 septembre 2017.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte tant des écritures du ministre de l'intérieur que des mentions du relevé d'information intégral édité le 5 avril 2022 que la mention de l'infraction commise le 8 avril 2019 a été supprimée dudit relevé. Il doit en être déduit que le ministre de l'intérieur n'a tiré aucune conséquence de l'infraction aux règles de la sécurité routière commise à cette date par le requérant sur le capital de points affecté à son permis de conduire. Il n'y a, dès lors, pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation du retrait de points consécutif à l'infraction précitée. Il résulte également dudit relevé qu'à la suite de la suppression de la mention de l'infraction commise le 8 avril 2019, le ministre de l'intérieur en a tiré les conséquences compte tenu de ce que la décision "'48SI'" notifiée le 29 juin 2021 n'apparaît plus dans ledit relevé. Il n'y a, dès lors, pas davantage lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées à l'encontre de cette décision.

En ce qui concerne le moyen tiré d'un défaut d'information préalable :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de point est décidé.

4. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

S'agissant de l'infraction du 27 mars 2020

5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des pièces produites en défense par le ministre de l'intérieur, que l'infraction du 27 mars 2020 a été constatée au moyen d'un procès-verbal électronique, que l'intéressé a refusé de signer. La mention "'refus de signer'" apportée par l'agent de police judiciaire établit que les informations lui ont bien été délivrées. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure s'agissant de cette infraction, qui manque en fait, doit être écarté.

S'agissant des infractions des 10 avril 2019 et 7 septembre 2017

6. Les procès-verbaux électroniques constatant les infractions des 10 avril 2019 et 7 septembre 2017, lesquels ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, ne comportent ni la signature de M. B ni l'indication que celui-ci aurait refusé de signer ni aucune mention permettant d'établir qu'il aurait été établi de manière contradictoire et que le contrevenant aurait ainsi bénéficié de l'information obligatoire. La circonstance que les avis de contravention qui auraient été adressés en courrier simple les 15 septembre 2017 et 16 avril 2019 n'aient pas été retournés au fichier national des permis de conduire avec la mention "'NPAI'" ne suffit pas à établir que le courrier a été remis à l'intéressé et qu'il a ainsi pu prendre connaissance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il ne peut, dès lors, être regardé comme établi que l'intéressé ait, lors de la constatation de ces infractions, bénéficié de l'information exigée par la loi. Les décisions de retrait de points correspondant à ces infractions doivent, par suite, être annulées.

En ce qui concerne la réalité des infractions :

7. En vertu de l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation régulière contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée entraîne l'annulation du titre exécutoire. En vertu de l'article R. 49-8 du même code, l'officier du ministère public saisi d'une réclamation recevable porte sans délai cette annulation à la connaissance du comptable de la direction générale des finances publiques. Il appartient ensuite à l'officier du ministère public soit de diligenter des poursuites devant la juridiction pénale au titre de l'infraction contestée, soit de classer l'affaire sans suite. Eu égard aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, l'annulation du titre exécutoire a pour conséquence que la réalité de l'infraction ne peut plus être regardée comme établie. L'autorité administrative doit, par suite, rétablir sur le permis de conduire les points qui avaient pu être retirés, sans préjudice d'un nouveau retrait si le juge pénal est saisi et prononce une condamnation.

8. Il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l'officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l'annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l'annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé "bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.

9. Il ressort des pièces du dossier que l'infraction au code de la route relevée le 27 mars 2020 a donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée à l'encontre de M. B. Si, à l'appui de sa requête, ce dernier soutient avoir formé le 3 décembre 2021 une réclamation devant l'officier du ministère public contre ce titre exécutoire, il n'établit pas avoir formé une réclamation regardée comme recevable devant l'officier du ministère public près le tribunal de police ni, à plus forte raison, avoir formé une réclamation qui aurait entraîné l'annulation du titre. Le moyen tiré du défaut de réalité des infractions doit, par suite, être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Si l'annulation contentieuse d'une décision de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au ministre de reconnaître à l'intéressé le bénéfice des points irrégulièrement retirés et de procéder au réexamen du droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter du présent jugement.

Sur les frais du litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par M. B sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision référencée 48 SI notifiée le 29 juin 2021 et celles relatives à l'annulation de la décision référencée 48 portant retrait de point à la suite de l'infraction commise le 8 avril 2019.

Article 2 : Les décisions référencées 48 portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 10 avril 2019 et 7 septembre 2017 sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de reconnaître à M. B le bénéfice des points retirés à la suite des infractions mentionnées à l'article 2 ci-dessus, sous réserve qu'ils aient déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation du requérant pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mars 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. Van MuylderLa greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°220245

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