mardi 10 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2202460 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | PIERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 février 2022, Mme B B, représentée par Me Pierrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du préfet du Val-d'Oise du 28 décembre 2020 lui refusant le regroupement familial au bénéfice de son époux ;
2°) d'enjoindre au préfet, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'accorder le regroupement familial sollicité dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte fixée à 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, au profit de son conseil, la somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision du préfet est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;
- elle est entachée d'irrégularité faute de consultation du maire de la commune concernée ;
- elle méconnaît l'article L.434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de celui-ci ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est estimé lié par la condition de ressources ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une décision du 21 novembre 2021, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme B.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Viain, rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante mauritanienne entrée en France le 17 septembre 2008 et titulaire d'une carte de résident valable du 6 février 2015 au 5 février 2025, a sollicité auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), par une demande enregistrée le 26 avril 2019, le regroupement familial au bénéfice de son époux, M. D C. Le préfet du Val-Oise a rejeté sa demande par une décision du 28 décembre 2020, au motif que l'intéressée ne disposait pas de ressources suffisantes. Par la requête susvisée, Mme B demande l'annulation de cette décision.
2. En premier lieu, la décision en litige comporte l'exposé des motifs de droit et de fait sur lesquels s'est fondé le préfet du Val-d'Oise pour rejeter la demande de regroupement familial présentée par Mme B, notamment en ce qu'elle relève que les ressources de cette dernière, appréciées sur les douze mois précédant sa demande, sont insuffisantes au regard des critères fixés par l'article R. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, cette décision, dont, par ailleurs les termes attestent d'un examen particulier de la situation de la requérante, est suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment des motifs retenus.
3. En deuxième lieu, il ressort de la décision attaquée que le préfet a apprécié la situation de la requérante au regard des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il serait cru estimé en situation de compétence liée par la condition de ressources doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'enquête logement de l'OFII, que le maire de la commune de résidence de la requérante a été consulté et a demandé à ce qu'un agent de l'OFII soit délégué afin de mener l'enquête logement. Le moyen tiré de l'absence d'une telle consultation manque donc en fait.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 411-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le ressortissant étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial, par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans, et les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 411-5 du même code : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1° Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. () ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : - cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ".
6. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période, même si, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande.
7. En l'espèce, d'une part, concernant la période précédant le dépôt de la demande, le préfet, en se basant sur l'enquête ressources de l'OFII, fait valoir que la requérante justifie, dans les 12 mois précédant le dépôt de sa demande, d'un salaire mensuel net de 1 036,50 euros, soit un montant inférieur au salaire minium de croissance net requis pour trois personnes, soit 1 184 euros pour la période en question. Si la requérante allègue, sans toutefois l'établir, avoir perçu durant cette période un revenu mensuel net de 1 107 euros, ce montant reste en tout état de cause inférieur au salaire minium de croissance net requis pour trois personnes. D'autre part, concernant la période postérieure au dépôt de la demande et précédant la décision attaquée, la requérante se prévaut d'un contrat à durée indéterminée chez Chaussea signé le 6 août 2020 et de quatre fiches de salaires d'août 2020 à novembre 2020. Ces versements toutefois, correspondant à un montant mensuel moyen net de 978 euros sur les quatre mois précédant la décision en litige, ne permettent pas de justifier d'une évolution favorable et stable de ses ressources après le dépôt de sa demande. Par ailleurs, la circonstance, qui n'est d'ailleurs pas établie, qu'elle aurait perçu un revenu supérieur au salaire minimum de croissance postérieurement à la décision attaquée est sans incidence sur la légalité de celle-ci. Dans ces conditions, et dès lors que l'intéressée ne justifiait pas des ressources suffisantes sur la période de référence des douze mois précédant le dépôt de sa demande, ni du niveau et de la stabilité de ses ressources ultérieures jusqu'à la date de la décision en litige, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, et n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Ces stipulations n'ouvrent pas à l'étranger le droit de choisir librement le lieu où il souhaite fixer sa vie privée et familiale.
9. En l'espèce, si Mme B se prévaut de son mariage conclu le 9 juillet 2018 avec M. C, elle ne produit aucun élément permettant d'apprécier l'ancienneté et l'intensité de sa relation avec son époux antérieurement à leur mariage, contracté depuis moins de 2 ans et demi à la date de la décision litigieuse. Au surplus, cette décision ne fait pas obstacle à ce que la requérante présente une nouvelle demande de regroupement familial dès qu'elle en remplira les conditions. Enfin, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. C était domicilié en France au moment de la naissance de leur enfant, il lui est loisible de visiter son épouse muni d'un visa court séjour. Mme B n'est dès lors pas fondée à soutenir qu'en refusant d'accorder à son époux le bénéfice du regroupement familial, le préfet du Val-d'Oise a porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée.
10. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale (). ". En l'espèce, la décision contestée n'a pas pour effet de changer la situation familiale de l'enfant, né le 2 février 2019, ni de séparer l'enfant de sa mère avec laquelle il vit. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté à l'intérêt supérieur de l'enfant une atteinte disproportionnée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 28 décembre 2020, par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de regroupement familial présentée par Mme B au bénéfice de son conjoint, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B B et au préfet du Val-d'Oise.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Huon, président,
M. Viain, premier conseiller,
M. A, conseilleur,
assistés de Mme Tainsa, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2023.
Le rapporteur,
signé
T. VIAIN
Le président,
signé
C.HUON
La greffière,
signé
A. TAINSA
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2202460
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026