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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202473

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202473

mardi 27 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2022 et un mémoire enregistré le 29 juin 2022 et non communiqué, M. B A, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2021 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son signalement dans le fichier européen de non-admission au système Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté pris dans son ensemble :

- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire :

- elle méconnait l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par décision en date du 14 mars 2022, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chaufaux,

- et les observations de Me Semak, avocate de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 5 juillet 2003, entré en France le 12 juin 2019 selon ses déclarations, demande au tribunal l'annulation de l'arrêté en date du 21 septembre 2021, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a signalé aux fins de non-admission dans l'espace Schengen.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu accorder l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 mars 2022. Par suite, il n'y a plus lieu de se prononcer sur ces conclusions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans et qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il revient ensuite au préfet, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, le préfet des Hauts-de-Seine a estimé d'une part que le requérant ne suit pas sa scolarité avec assiduité et sérieux et d'autre part qu'il ne démontre pas avoir rompu les liens avec sa famille restée dans son pays d'origine.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré sur le territoire français à l'âge de quinze ans, a été placé auprès de l'aide sociale à l'enfance des Hauts-de-Seine par une ordonnance aux fins de placement provisoire en date du 17 septembre 2019, puis par un jugement du 12 mai 2020, et ce jusqu'à sa majorité. Scolarisé du 1er septembre 2020 au 18 janvier 2021 au sein d'une unité pédagogique pour élèves allophones arrivants au sein du Lycée Etienne-Jules Marey à Boulogne-Billancourt, il a, à compter du 19 janvier 2021, été inscrit en première année de formation en vue d'obtenir un certificat d'aptitude professionnelle " pâtisserie " à l'école de Paris des métiers de la table et conclu, dans ce cadre, un contrat d'apprentissage. Les appréciations et attestations de ses professeurs comme du gérant et du chef pâtissier de la boulangerie où il effectue son apprentissage, font état du sérieux et de l'investissement de l'intéressé. Si le préfet s'est fondé sur ses faibles résultats et ses 33 heures d'absences injustifiées, absentéisme qui selon lui n'aurait pas permis d'évaluer M. A dans l'ensemble des matières, il ressort toutefois des pièces du dossier, notamment de l'attestation du responsable pédagogique alimentation de l'école de Paris des métiers de la table, que 25 heures d'absence résultent du fait que M. A était retenu par son employeur, les 8 heures d'absence restantes s'expliquant par l'impossibilité pour le requérant de suivre les heures de cours dispensées en distanciel durant la crise sanitaire, ce dernier ne disposant pas de connexion internet. En outre, il ressort de cette même attestation que si M. A n'a pas été évalué dans l'ensemble des matières, cela résulte, non de son absentéisme, mais du choix des formateurs. Par suite, M. A justifie du caractère réel et sérieux de sa formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle qu'il suit depuis plus de six mois. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que les parents de M. A et sa fratrie demeurent au Bangladesh et qu'il n'a plus de contact avec eux hormis de rares appels téléphoniques avec sa mère. Enfin, l'avis du dispositif d'insertion sociale 92 sur l'insertion de M. A dans la société française est très positif. Par suite, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, en refusant la demande de titre de séjour présentée par M. A, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 septembre 2021 refusant de lui délivrer un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. "

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve de toute modification de fait ou de droit, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. A une carte de séjour temporaire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

11. En second lieu, le présent jugement, qui annule la décision interdisant à M. A de retourner sur le territoire français implique nécessairement que le signalement de ce dernier soit supprimé du système d'information Schengen. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à cette suppression dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

12. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, à verser au conseil de M. A, Me Semak, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 21 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. A un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement du signalement de M. A dans le système d'information Schengen dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Semak, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Semak renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Copie en sera adressée au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Chaufaux, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2024.

La rapporteure,

signé

E. Chaufaux

La présidente,

signé

S. EdertLa greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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