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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202516

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202516

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJUNON AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 février 2022, M. B A, représenté par

Me Samandjeu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Chaville a procédé au retrait du permis de construire modificatif délivré le 15 décembre 2021 portant sur la rénovation et l'extension d'une maison d'habitation située 30 rue du Lac dans la commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire, en méconnaissance de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

-il n'est pas suffisamment motivé ;

-il procède au retrait d'une décision légale en méconnaissance de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2024 la commune de Chaville conclut à titre principal à ce qu'il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions de la requête et, à titre subsidiaire, à son rejet.

Elle soutient que :

-à titre principal, elle a délivré un nouveau permis de construire au requérant et le projet a été réalisé ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

-le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Baude, rapporteur,

-les conclusions de M. Louvel, rapporteur public,

-et les observations de Me Azerou, représentant la commune de Chaville.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du maire de la commune de Chaville du 6 juin 2019 M. A a obtenu un permis de construire en vue de procéder à la rénovation et à l'extension d'une maison d'habitation située 30 rue du Lac à Chaville. Par arrêté du 15 décembre 2021 le maire lui a délivré un permis de construire modificatif afin de régulariser la longueur de la façade ouest, modifier les façades sur rue ainsi que la toiture et ajouter un volume en rez-de-chaussée. Par arrêté du 14 janvier 2022 le maire a retiré ce permis. Par la présente requête M. A demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté du 14 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :

2. Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision ayant retiré une autorisation d'urbanisme lorsque, postérieurement à la saisine de la juridiction, l'autorité administrative a délivré l'autorisation sollicitée. Le recours contre la décision de retrait conserve, en revanche, un objet lorsque l'autorisation finalement accordée ne peut être regardée comme équivalant à l'autorisation initialement accordée et retirée, en raison notamment des modifications que le pétitionnaire a apportées à son projet.

3. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Chaville a délivré le 12 décembre 2022 à M. A un permis de construire modificatif, dont l'objet est différent de celui du permis de construire modificatif du 15 décembre 2021 retiré le 14 janvier 2022, dès lors qu'il porte sur la modification des clôtures alors que le permis antérieur portait sur la modification des façades et de la toiture. La délivrance du permis de construire du 12 décembre 2022 n'a par conséquent pas privé d'objet le recours dirigé contre l'arrêté du 14 janvier 2022. Par suite il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de non-lieu à statuer de la commune.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le maire de la commune de Chaville par un courrier du 22 décembre 2021, a informé le requérant de son intention de procéder au retrait du permis de construire, a porté à sa connaissance les motifs de ce retrait éventuel et l'a invité à présenter ses observations dans un délai suffisant. Par suite, la décision de retrait a été prise à l'issue d'une procédure contradictoire. Le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que si l'arrêté attaqué expose les motifs retenus par le maire de Chaville pour retirer le permis du 15 décembre 2021 et tirés de l'incomplétude du dossier de demande, de la non-fixité des châssis des baies donnant sur la terrasse ouest de la maison et de la modification de la hauteur du terrain naturel rue du Lac, il ne précise pas quelles dispositions du code de l'urbanisme ou du règlement du plan local d'urbanisme de la commune, le maire a entendu fonder sa décision. L'arrêté de retrait n'est donc pas motivé en droit. Par suite M. A est fondé à soutenir que l'arrêté de retrait est insuffisamment motivé en droit. Le moyen doit être accueilli.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".

9. Par ailleurs, aux termes de l'article UR7.4 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Chaville : " Dispositions applicables aux bâtiments existants dans les secteurs URc, URsp et URpf : () 7.4.2. La création ou l'agrandissement d'ouvertures est alors autorisé dans les conditions suivantes : ' les ouvertures sont autorisées à une distance minimum de 6 mètres des limites séparatives ; de moins de 6 mètres jusqu'à 3 mètres de la limite séparative sont autorisées uniquement des ouvertures de type châssis fixe à verre translucide ou fenêtres à soufflet en verre translucide situés à 2,60 mètres au-dessus du plancher du rez-de-chaussée et 1,90 mètre au-dessus du plancher pour les étages supérieurs ; ' de moins de 3 mètres jusqu'à la limite séparative, seuls les pavés de verre sont autorisés. Les pavés de verre sont autorisés dans tous les cas sans exigence d'implantation ".

10. D'une part, il ressort de l'arrêté attaqué que le maire de la commune de Chaville a retenu que le permis accordé ne prenait pas en compte l'augmentation de surface de plancher engendrée par la modification de la toiture et ne mentionnait pas la modification de la clôture avec l'ajout d'un portillon et le déplacement du portail. Toutefois, ces éléments avaient été portés à la connaissance du service instructeur par le plan PCMI 3 s'agissant de l'augmentation de surface de plancher, et par les plans PCMI 1 et 5/08 s'agissant du portillon et du déplacement du portail, dans des conditions suffisantes pour permettre au service d'apprécier la conformité du projet avec les règles d'urbanisme applicables. Ce motif ne pouvait valablement fonder l'arrêté de retrait attaqué.

11. D'autre part, si le maire a également retenu que le permis retiré avait pour objet ou impliquait nécessairement de modifier la hauteur du terrain naturel à l'est du terrain d'assiette, côté rue du Lac, cela ne ressort pas des pièces du dossier. Par suite, ce motif de retrait ne pouvait être retenu.

12. Enfin, si le maire de Chaville a retenu que la partie basse des deux baies donnant sur la terrasse doit être fixe alors que le permis laisse à penser qu'elles s'ouvrent en totalité, il ressort des pièces du dossier et des documents graphiques figurant au dossier de demande de permis de construire modificatif (PCMI 1, PCMI 3 et PCMI 5) qu'ils mentionnent à plusieurs reprises la présence d'une " terrasse inaccessible " et la présence sur la partie basse des deux baies de garde-corps fixes. Le permis de construire modificatif est donc conforme à l'article UR7.4 du règlement du plan local et le motif de retrait tiré de la méconnaissance de cet article n'est pas fondé.

13. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 14 janvier 2022 portant retrait du permis de construire modificatif du 15 décembre 2021 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Chaville une somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D É C I D E :

Article 1er :L'arrêté du maire de la commune de Chaville en date du 14 janvier 2022 est annulé.

Article 2 :La commune de Chaville versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Chaville.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Edert, présidente,

M. Baude, premier conseiller,

Mme Chaufaux, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

F.-E. BaudeLa présidente,

signé

S. Edert Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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