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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202588

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202588

jeudi 18 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202588
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantABDOLLAHI MANDOLKANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2022, M. A B, représenté par Me Abdollahi Mandolkani, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le moyen commun :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnait le droit d'asile prévu par les dispositions des articles L. 521-1 et suivants et L. 541-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier l'article L. 542-2, notamment en ce qu'il ne pouvait pas prendre une telle décision au seul motif de son entrée irrégulière en France et sans s'être au préalable prononcé sur sa demande d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juillet 2022, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. C, conformément à l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties de l'audience du 16 août 2022 à 10h.

Le rapport de M. Gibelin, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né le 16 juillet 2002, entré en France en décembre 2021 selon ses déclarations, demande l'annulation de l'arrêté du 21 février 2022 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

2. Par un arrêté du 21 décembre 2020 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l'Oise a donné à M. Sébastien Lime, secrétaire général de la préfecture de l'Oise et signataire de l'arrêté attaqué, délégation à l'effet notamment de signer toutes les décisions et tous les actes de procédures prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été adopté par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré et s'est maintenu irrégulièrement en France. A la date de la décision attaquée il n'avait accompli aucune démarche pour régulariser sa situation. En application des dispositions précitées, la préfète de l'Oise pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français pour ce motif. Si le requérant, qui n'a pas manifesté sa volonté de présenter une demande d'asile lors de son audition par les services de police le 21 février 2022, se prévaut d'une telle demande présentée devant les services de l'OFPRA au cours du mois d'avril 2022, cette circonstance, postérieure à la date de l'arrêté attaqué, est sans incidence sur sa légalité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5. En premier lieu, la décision en litige vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. B ne justifie pas de motifs sérieux et avérés de croire que sa vie ou sa liberté serait menacée ni qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à ladite convention en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, cette décision est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que la préfète n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

8. Si M. B soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il serait exposé à des risques de peines ou traitements inhumains en raison de son origine kurde, de son engagement politique au sein du HDP, Parti démocratique des peuples considéré par le régime turc comme la vitrine politique du PKK, et de son insoumission au service militaire l'exposant à de lourdes peines, il ne produit aucune pièce ni aucun autre élément à l'appui de ses allégations. Ainsi, il ne démontre pas la réalité des risques actuels et personnels auxquels il serait directement exposé en cas de retour en Turquie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En quatrième lieu, pour les raisons exposées au point précédent et dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. B, qui résidait en France depuis moins de trois mois à la date de la décision, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle, est célibataire sans enfants à charge et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et ses sœurs et où il a vécu jusqu'à dix-neuf ans, il n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Le moyen sera écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Oise du 21 février 2022 doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Oise.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 août 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

F. C

La greffière,

Signé

C. Phu

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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