mercredi 30 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2202589 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre |
| Avocat requérant | ROSIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 février et le 13 juin 2022, Mme A D, représentée par Me Rosin, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois courant à compter de la notification du jugement à intervenir, et de la mettre en possession, dans cette attente, d'une autorisation de travail, dans le délai de sept jours courant à compter de la même date ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 750 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la décision de refus de séjour :
- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;
- en l'absence de communication de l'avis du collège de médecins, il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas participé à la délibération de ce collège ni que cette délibération a été prise de manière collégiale ;
- la décision en litige est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation faute d'avoir fait mention de sa demande de regroupement familial en cours d'instruction ;
- le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée par rapport à l'avis du collège de médecins ;
- la décision attaquée méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce que le préfet a entaché sa décision d'erreur d'appréciation de la gravité de son état de santé, qui avait toujours été reconnue auparavant, et qu'elle ne pourra bénéficier au Maroc, d'un traitement approprié ;
- à supposer que le préfet ait pris en compte l'autorité de chose jugée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris du 31 mars 2021, il a entaché sa décision d'erreur d'appréciation, dès lors que cet arrêt a reconnu la gravité de son état de santé et que le préfet ne s'est pas prononcé sur la condition tenant à l'accessibilité du traitement dans son pays d'origine ;
- la décision est entachée d'erreurs de fait ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision lui faisant obligation de quitter le territoire :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui refusant un titre de séjour elle-même illégale ;
- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- cette décision est illégale pour être fondée sur une décision lui faisant obligation de quitter le territoire elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen suffisant de sa situation ;
- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu :
- l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris n°20PA01927 du 31 mars 2021 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain, du 9 octobre 1987 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A D, ressortissante marocaine née le 20 juillet 1989, entrée en France le 16 septembre 2017, selon ses déclarations, a sollicité, le 6 septembre 2021, le renouvellement de son titre de séjour pour raisons médicales valable du 31 août 2020 au 30 août 2021. Par un arrêté du 14 janvier 2022, pris après avis du collège de médecins de l'Office français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) du 3 janvier 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du Maroc. Mme D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
3. D'une part, il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande au titre des stipulations précitées, de vérifier, au vu de l'avis émis par le médecin mentionné à l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont il a la nationalité.
4. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration allant dans le sens de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
5. Pour refuser à Mme D le renouvellement du titre de séjour qu'elle sollicitait, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII le 3 janvier 2022, qui a estimé que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Il ressort des pièces produites par la requérante que Mme D souffre d'un lupus diagnostiqué au Maroc en 2015 qui nécessite des soins répétés et prolongés en milieu spécialisé, comme l'a relevé l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris n°20PA01927 du 31 mars 2021, devenu définitif. Elle produit deux certificats médicaux, établis le 26 novembre 2018 et le 2 février 2022, qui affirment, dans des termes identiques, que cette pathologie nécessite une prise en charge médicale dont le défaut entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ainsi qu'un extrait du protocole national de diagnostic et de soins du lupus systémique, élaboré sous la direction d'un professeur en médecine interne, en collaboration avec la filière de santé des maladies auto-immunes et auto-inflammatoires rares, qui énonce que cette pathologie " est une maladie systémique, protéiforme, grave en l'absence de traitement " et qu'elle est susceptible d'engager le pronostic vital en présence d'éléments aggravants tels que des atteintes viscérales sévères notamment rénales, un risque infectieux et des complications cardio-vasculaires. A ce titre, la requérante produit un compte-rendu de consultation en date du 8 septembre 2021 qui relève qu'une biopsie rénale réalisée en 2015 faisait apparaître des lésions aiguës. En défense, le préfet des Hauts-de-Seine se borne à indiquer que la question de la gravité de la pathologie a déjà été tranchée par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Paris précité, dans le sens d'une absence de gravité, alors, d'une part, que la gravité n'était pas contestée devant la cour, l'arrêté du 24 octobre 2018 alors en litige ayant considéré, en se fondant sur un avis du collège de médecins de l'OFII du 6 août 2018, que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, d'autre part, que cet arrêt a statué au vu de la situation existant à la date de l'édiction de cet arrêté en 2018, et non à la date de l'arrêté en litige dans la présente instance. Par ailleurs, le préfet des Hauts-de-Seine n'apporte à la procédure aucun élément médical susceptible de justifier sa décision et d'expliquer l'évolution favorable aboutissant à une gravité moindre de l'état de santé de la requérante entre 2018 et 2022. Dans ces conditions, la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la gravité de l'état de santé de Mme D.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision refusant un titre de séjour à Mme D doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence les décisions lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le Maroc comme pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
8. Eu égard au motif sur lequel il se fonde, le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Hauts-de-Seine, ou le préfet territorialement compétent, réexamine la situation de Mme D. Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, pour procéder à ce réexamen. Le préfet munira la requérante d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant le temps de cet examen.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 14 janvier 2022 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de Mme D dans le délai de deux mois courant à compter de la notification du présent jugement et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Mme D la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. B et Mme E, premiers conseillers,
Assistés de Mme Lefebvre, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2022.
La présidente-rapporteur,
signé
C. C
L'assesseur le plus ancien,
signé
M. BLa greffière,
signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026