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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202633

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202633

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCALVO PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 février 2022, M. C A, représenté par Me Lassoued, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté, en date du 21 février 2022, par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a décidé de sa remise aux autorités italiennes et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé le temps de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de remise aux autorités italiennes :

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que son titre de séjour italien avait expiré à la date de la décision attaquée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique des pièces.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Richard,première conseillère ,

- et les observations de Me Lassoued, pour M.A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 12 juin 1988, a fait l'objet, le 21 février 2022 d'un arrêté du préfet des Hauts-de-Seine portant remise aux autorités italiennes et l'interdisant de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an, dont il demande au tribunal l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant remise aux autorités italiennes :

2. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ". Aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".

3. En premier lieu, s'il ressort des pièces du dossier que le titre de séjour italien de M. A avait expiré à la date de la décision attaquée, contrairement à ce qui est mentionné dans celle-ci, cette erreur est sans influence sur la légalité de cette décision dès lors qu'il n'est pas nécessaire de disposer d'un titre de séjour en cours de validité pour faire l'objet d'une décision de remise vers cet Etat en application des dispositions précitées de l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais uniquement d'avoir été admis à y entrer ou à y séjourner.

4. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas entaché la décision attaquée d'une erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 621-1 et L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant à son encontre une décision de remise vers les autorités italiennes dès lors qu'il est constant que M. A avait été admis à entrer en Italie et à y séjourner.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6.M. A fait valoir être père de l'enfant Yassire A, né à Colombes le 13 juin 2019, qu'il a eu avec Mme D B, ressortissante algérienne avec laquelle il vit en concubinage. Toutefois, il est constant que M. A a fait, entre 2010 et 2019, de nombreux allers-retours entre la France et l'Italie, pays dans lequel il bénéficiait de titres de séjour dont le dernier a expiré le 17 avril 2021, et qu'il ne résidait en France de manière stable et continue que depuis deux ans et demi à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme B ne dispose pas davantage de titre de séjour en France. Enfin, si M. A se prévaut de son insertion professionnelle en France comme boucher à temps partiel de décembre 2016 à octobre 2017 puis de février 2018 à septembre 2019, puis à temps plein depuis le mois de décembre 2019 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, il ne justifie pas, au regard de ces éléments, d'une insertion professionnelle ancienne et stable. Dans ces conditions, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an :

7. Aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'Etat aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Selon l'article L. 622-3 du même code : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

8. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise que l'intéressé, qui réside en France depuis 2010 mais indique avoir quitté le territoire à plusieurs reprises depuis, est en concubinage avec un enfant à charge. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque en fait et doit donc être écarté.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas, en prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de circulation d'une durée d'un an, commis d'erreur d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

M. Viain, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.

La rapporteure,

signé

A. RICHARD

Le président,

signé

C. HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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