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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202694

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202694

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMAILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2022, Mme E F épouse C, représenté par Me Maillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de son renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un certificat de résidence dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, et sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine préalable de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est fondé sur la rupture de la vie commune ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle remplissait les conditions lui permettant de bénéficier d'une régularisation à titre exceptionnel, eu égard à sa situation de femme ayant été victime de violences conjugales et d'une répudiation ;

- il méconnaît les stipulations des points 2) et 5) de l'article 6 et du point a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête de Mme E F épouse C ne sont pas fondés.

Par ordonnance en date du 3 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 juin 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Bellity, rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F épouse C, ressortissante algérienne, née le 9 septembre 1993 et entré en France le 26 septembre 2020, a sollicité, le 17 novembre 2021, le premier renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjoint de Français sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté du 31 janvier 2022 attaqué, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite.

Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 21-038 du 21 octobre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Val-d'Oise du même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme A D, cheffe du bureau du contentieux des étrangers de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français avec fixation d'un pays de destination. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Il résulte de l'examen de l'arrêté attaqué, d'une part, que le préfet a mentionné les textes sur lesquels cet arrêté repose, et, d'autre part, qu'il comporte des motifs de fait non stéréotypés, rappelant les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que la situation administrative, personnelle et familiale de la requérante. Le préfet a également précisé les motifs pour lesquels l'intéressée ne pouvait prétendre au renouvellement de sa carte de résident dans le cadre des dispositions du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Il indique aussi les raisons pour lesquelles l'intéressée ne peut pas bénéficier d'une admission au séjour par la délivrance d'un certificat de résidence algérien en application des stipulations du 5) de l'article 6 du même accord. Il mentionne également les raisons pour lesquelles sa décision ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la motivation de l'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du 3 ° de l'article L. 611-1, comme en l'espèce, se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté manque en fait et doit, en conséquence, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour () a) Au ressortissant algérien, marié depuis au moins un an avec un ressortissant de nationalité française, dans les mêmes conditions que celles prévues à l'article 6 nouveau 2) et au dernier alinéa de ce même article () ". Aux termes de l'article 6 du même accord : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale" est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux.() ". Aux termes de l'article L. 423-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la rupture du lien conjugal ou la rupture de la vie commune est constatée au cours de la durée de validité de la carte de séjour prévue aux articles L. 423-1 ou L. 423-2, cette dernière peut être retirée. / Le renouvellement de la carte est subordonné au maintien du lien conjugal et de la communauté de vie avec le conjoint qui doit avoir conservé la nationalité française ". Aux termes de l'article L. 423-5 du même code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales ou lorsque l'étranger a subi une situation de polygamie. / () ".

6. D'une part, il résulte des stipulations précitées que la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement du a) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien précité est subordonnée à une communauté de vie effective entre les époux. D'autre part, les stipulations de l'accord franco-algérien susvisées régissent de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle. Un ressortissant algérien ne peut par suite utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives au renouvellement du titre de séjour lorsque l'étranger a subi des violences conjugales et que la communauté de vie a été rompue. Toutefois le préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, peut, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, et notamment des violences conjugales alléguées, décider en opportunité d'une mesure de régularisation. Il appartient alors au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation portée sur la situation personnelle de l'intéressé.

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la vie commune entre les époux a cessé le 6 février 2021 et n'a pas reprise depuis lors. Dès lors, à la date de l'arrêté contesté, la vie commune entre les époux, au sens des dispositions précitées de l'accord franco-algérien ayant cessé, le préfet du Val-d'Oise pouvait légalement refuser le renouvellement du titre sans méconnaitre les stipulations précitées de l'accord franco-algérien.

8. Toutefois, il appartient à l'autorité préfectorale, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont elle dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, notamment eu égard aux violences conjugales alléguées, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Si Mme F épouse C fait valoir que le préfet du Val-d'Oise aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation et tenir compte de sa situation particulière, en raison des violences que son conjoint lui faisait subir, le simple dépôt d'une main courante, le 6 février 2021, après, selon ses déclarations, avoir été mise à la porte par son époux avec l'ensemble de ses affaires, ne suffit pas à constituer un élément de preuve suffisant de nature à démontrer que la rupture de la vie commune avec son époux serait imputable à des violences conjugales. Par suite, Mme F épouse C n'est pas fondée à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder, dans le cadre de son pouvoir dérogatoire de régularisation, un certificat de résidence.

10. En quatrième lieu, aux termes du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien précité : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Pour refuser de délivrer un titre de séjour sur le fondement des stipulations du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien sus-rappelées, le préfet a estimé que l'intéressée, sans charge de famille, ne justifiait pas de l'intensité et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France. Il ressort des pièces du dossier que la communauté de vie entre les époux a cessé le 6 février 2021 au regard des mentions résultant des déclarations de main courante établies ce même jour au commissariat de Lens respectivement par M. B C ainsi que son épouse. Si l'intéressée sans enfant fait état de la présence sur le territoire national de son père titulaire d'un certificat de résidence et de cinq de ses frères et sœurs de nationalité française, elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère et une partie de sa fratrie et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans. Si l'intéressée fait état de ce qu'elle exerce une activité salariée à temps partiel en tant qu'employée polyvalente pour une durée déterminée, il ressort des pièces du dossier qu'elle a conclu ce contrat le 1er décembre 2021 soit depuis très récemment à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, et eu égard à la faible durée de présence de la requérante en France, le préfet du Val-d'Oise en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité, n'a méconnu ni les stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En cinquième et dernier lieu, l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles

L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles

L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

13. Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues pour l'obtention d'un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de ce code, ou des stipulations équivalentes de l'accord-franco-algérien, auxquels il envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour.

14. Il résulte de ce qui a été dit que la situation de Mme F épouse C ne justifie pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Le préfet du Val-d'Oise n'était donc pas tenu de saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme F épouse C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions précitées font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent, par suite, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F épouse C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E F épouse C et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente,

M. Bellity, premier conseiller,

Mme Debourg, conseillère,

assistés de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

Le rapporteur

signé

C. BELLITY

La présidente,

signé

H. LE GRIELLa greffière,

signé

D. BONFANTI

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

POUR AMPLIATION, LE GREFFIER

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