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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202730

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202730

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202730
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantFRECHE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2022 et un mémoire enregistré le 24 octobre 2022, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Ajassociés, M. E C, M. D C et Mme B A, représentés par Me Jérôme Lefort, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 13 décembre 2021 par laquelle le conseil de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense a approuvé le projet de modification n°12 du plan local d'urbanisme de La Garenne-Colombes ;

2°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils ont intérêt pour agir et le requête n'est pas tardive ;

- la délibération attaquée méconnaît les articles L. 2121-12 et L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales ;

- elle méconnaît l'article L. 153-45 du code de l'urbanisme ;

- elle méconnaît l'article L. 153-47 du même code ;

- elle méconnaît l'article L. 151-2 du même code ;

- elle méconnaît l'article L. 151-41 du même code.

Par des mémoires en défense enregistrés les 2 septembre 2022 et 2 octobre 2023, l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense, représenté par Me François-Charles Bernard, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Stéphane Eustache, premier conseiller,

- les conclusions de M. Arnaud Boriès, rapporteur public,

- les observations de Me Lefort, représentant la SELARL Ajassociés et autres,

- et les observations de Me Giraudat, substituant Me Bernard, représentant l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 13 décembre 2021, le conseil de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense a approuvé la modification n°12 du plan local d'urbanisme de La Garenne-Colombes. La SELARL Ajassociés et autres, qui sont propriétaires de la parcelle cadastrée K 104 située 20 rue Voltaire dans cette commune, demandent l'annulation de cette délibération.

Sur la légalité de la délibération attaquée :

En ce qui concerne l'information des conseillers :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2121-12 du code général des collectivités territoriales : " Dans les communes de 3 500 habitants et plus, une note explicative de synthèse sur les affaires soumises à délibération doit être adressée avec la convocation aux membres du conseil municipal () ".

3. Il résulte de ces dispositions que, dans les communes de 3 500 habitants et plus, la convocation aux réunions du conseil municipal doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse portant sur chacun des points de l'ordre du jour. Le défaut d'envoi de cette note ou son insuffisance entache d'irrégularité les délibérations prises, à moins que le maire n'ait fait parvenir aux membres du conseil municipal, en même temps que la convocation, les documents leur permettant de disposer d'une information adéquate pour exercer utilement leur mandat.

4. Cette obligation, qui doit être adaptée à la nature et à l'importance des affaires, doit permettre aux intéressés d'appréhender le contexte ainsi que de comprendre les motifs de fait et de droit des mesures envisagées et de mesurer les implications de leurs décisions. Elle n'impose pas de joindre à la convocation adressée aux intéressés, à qui il est au demeurant loisible de solliciter des précisions ou explications conformément à l'article L. 2121-13 du même code, une justification détaillée du bien-fondé des propositions qui leur sont soumises.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 5219-2 du code général des collectivités territoriales : " Dans le périmètre de la métropole du Grand Paris, sont créés, au 1er janvier 2016, des établissements publics de coopération intercommunale dénommés " établissements publics territoriaux ". Sous réserve du présent chapitre, ces établissements publics sont soumis aux dispositions applicables aux syndicats de communes () ". Aux termes de l'article L. 5211-1 du même code : " Les dispositions du chapitre Ier du titre II du livre Ier de la deuxième partie relatives au fonctionnement du conseil municipal sont applicables au fonctionnement de l'organe délibérant des établissements publics de coopération intercommunale, en tant qu'elles ne sont pas contraires aux dispositions du présent titre. / () / Pour l'application des articles L. 2121-11 et L. 2121-12, ces établissements sont soumis aux règles applicables aux communes de 3 500 habitants et plus () ".

6. Il résulte de ces dispositions que, dans un établissement public territorial, la convocation aux réunions du conseil de l'établissement doit être accompagnée d'une note explicative de synthèse répondant aux exigences mentionnées ci-dessus aux points 3 et 4.

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'attestation produite, qui n'est pas sérieusement contestée, qu'avant la séance du 13 décembre 2021, au cours de laquelle le projet de modification n°12 du plan local d'urbanisme de La Garenne-Colombes a été examiné, les membres du conseil de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense ont été destinataires, au moyen de la " plateforme oxyad ", d'une " note d'information ", d'un " rapport de présentation " et d'un " bilan de la mise à disposition du dossier de modification simplifiée ".

8. Si cette note expose de manière très succincte la procédure de consultation du public et les suites qui y ont été données, les deux autres documents comportent des éléments d'information suffisamment précis pour permettre aux conseillers d'appréhender le contexte des mesures envisagées, de comprendre les motifs de fait et de droit de ces mesures et de mesurer leurs implications. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 2121-12 et L. 5211-1 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

En ce qui concerne l'information des personnes publiques associées :

9. Aux termes de l'article L. 153-40 du code de l'urbanisme : " Avant l'ouverture de l'enquête publique ou avant la mise à disposition du public du projet, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire notifie le projet de modification aux personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 () ".

10. Aux termes de l'article L. 132-7 du même code : " L'État, les régions, les départements, les autorités organisatrices prévues à l'article L. 1231-1 du code des transports, les établissements publics de coopération intercommunale compétents en matière de programme local de l'habitat, les collectivités territoriales ou les établissements publics mentionnés à l'article L. 312-3 du présent code, les établissements publics chargés d'une opération d'intérêt national ainsi que les organismes de gestion des parcs naturels régionaux et des parcs nationaux sont associés à l'élaboration des schémas de cohérence territoriale et des plans locaux d'urbanisme dans les conditions définies aux titres IV et V. / Il en est de même des chambres de commerce et d'industrie territoriales, des chambres de métiers, des chambres d'agriculture () ".

11. Aux termes de l'article L. 132-9 du même code : " Pour l'élaboration des plans locaux d'urbanisme sont également associés, dans les mêmes conditions : / 1° Les syndicats d'agglomération nouvelle ; / 2° L'établissement public chargé de l'élaboration, de la gestion et de l'approbation du schéma de cohérence territoriale lorsque le territoire objet du plan est situé dans le périmètre de ce schéma ; / 3° Les établissements publics chargés de l'élaboration, de la gestion et de l'approbation des schémas de cohérence territoriale limitrophes du territoire objet du plan lorsque ce territoire n'est pas couvert par un schéma de cohérence territoriale ".

12. Si les requérants soutiennent que le projet n'a pas été notifié à l'ensemble des personnes publiques associées concernées, ils ne produisent aucun élément précis et circonstancié à l'appui de leurs allégations, alors qu'il ressort des pièces du dossier, et notamment des accusés de réception postale produits, dont la teneur n'est pas sérieusement contestée, que le projet a été notifié à la présidente du conseil régional d'Île-de-France, à la présidente d'Île-de-France Mobilités, au président de la Métropole du Grand Paris, au président de la Société du Grand Paris, au président de la chambre interdépartementale d'agriculture d'Île-de-France, au préfet des Hauts-de-Seine, au président du conseil départemental des Hauts-de-Seine, à la direction régionale et interdépartementale de l'équipement et de l'aménagement du territoire des Hauts-de-Seine, au président de la chambre de commerce et de l'industrie des Hauts-de-Seine, au président de la chambre des métiers et de l'artisanat, au président de l'établissement public territorial Boucle Nord-de-Seine, au président de l'établissement public territorial Grand Paris Seine Ouest, aux maires de Paris, La Garenne-Colombes, Nanterre, Courbevoie, Colombes, Bois-Colombes ainsi qu'au président du conseil d'administration de Paris La Défense.

13. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-40 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne l'information du public :

14. Aux termes de l'article L. 153-47 du code de l'urbanisme : " Le projet de modification, l'exposé de ses motifs et, le cas échéant, les avis émis par les personnes publiques associées mentionnées aux articles L. 132-7 et L. 132-9 sont mis à disposition du public pendant un mois, dans des conditions lui permettant de formuler ses observations. / Ces observations sont enregistrées et conservées. / Les modalités de la mise à disposition sont précisées, selon le cas, par l'organe délibérant de l'établissement public compétent, dans un délai de trois mois à compter de la transmission à l'établissement public du projet de modification simplifiée lorsque celui-ci procède de l'initiative du maire d'une commune membre et ne porte que sur son territoire (). / Lorsque la modification simplifiée d'un plan local d'urbanisme intercommunal n'intéresse qu'une ou plusieurs communes, la mise à disposition du public peut n'être organisée que sur le territoire de ces communes () ".

15. Il ressort des pièces du dossier que, par une délibération du 28 septembre 2021, le conseil de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense a défini les modalités de mise à disposition du public du projet de modification n°12 du plan local d'urbanisme de La Garenne-Colombes. Selon ces modalités, le projet doit être consultable en format papier " pendant trente-trois jours consécutifs " " tous les jours de la semaine à l'exception des samedis, dimanches et jours fériés " dans les locaux de la mairie de La Garenne-Colombes et, durant la même période, sous format électronique sur le site internet de cette commune et de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense.

16. La même délibération précise que ces modalités de consultation " seront portées à la connaissance du public au moins huit jours avant le début de la mise à disposition par le biais des mesures de publicité suivantes : / - insertion dans un journal diffusé à l'échelle du département ; / - insertion sur le site internet de la commune de La Garenne-Colombes et sur le site internet de l'établissement public territoriale Paris Ouest La Défense ; / - affichage au siège de l'établissement public territorial paris Ouest La Défense () ; / - affichage à l'hôtel de ville de La Garenne-Colombes () ".

17. Si les requérants soutiennent que ces modalités de consultation et d'information, dont ils ne contestent pas le caractère suffisant, n'ont pas été régulièrement observées, ils ne produisent aucun élément précis et circonstancié à l'appui de leurs allégations, alors que, d'une part, l'établissement public territorial produit des extraits de sites internet et de publications attestant de la régulière information du public et que, d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que des observations du public auraient porté sur les conditions de consultation du dossier.

18. Enfin, si le dossier mis à la disposition du public ne comportait que quatre avis émis par des personnes publiques associées, à savoir par la chambre de commerce et de l'industrie des Hauts-de-Seine, le département des Hauts-de-Seine, la Société du Grand Paris et la commune de Courbevoie, il ne ressort pas des pièces du dossier que d'autres personnes publiques associées auraient émis un avis sur le projet de modification n°12 du plan local d'urbanisme de La Garenne-Colombes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-47 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne le recours à la procédure simplifiée de modification :

19. Aux termes de l'article L. 153-45 du code de l'urbanisme dans sa rédaction applicable au litige : " " La modification peut être effectuée selon une procédure simplifiée : / 1° Dans les cas autres que ceux mentionnés à l'article L. 153-41 ; / 2° Dans les cas de majoration des droits à construire prévus à l'article L. 151-28 ; / 3° Dans le cas où elle a uniquement pour objet la rectification d'une erreur matérielle () ".

20. Aux termes de l'article L. 153-41 du même code : " Le projet de modification est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire lorsqu'il a pour effet : / 1° Soit de majorer de plus de 20 % les possibilités de construction résultant, dans une zone, de l'application de l'ensemble des règles du plan ; / 2° Soit de diminuer ces possibilités de construire ; / 3° Soit de réduire la surface d'une zone urbaine ou à urbaniser ; / 4° Soit d'appliquer l'article L. 131-9 du présent code ".

21. En premier lieu, si les requérants soutiennent que la modification simplifiée litigieuse a pour effet de majorer de plus de 20% les possibilités de construction ou de réduire la surface d'une zone urbaine ou à urbaniser, ils ne produisent aucun élément précis et circonstancié à l'appui de leurs allégations.

22. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant la modification simplifiée litigieuse, le règlement du plan local d'urbanisme interdisait, hors " équipements publics et d'intérêt collectif ", de changer la destination commerciale ou artisanale des locaux situés au " rez-de-chaussée " d'immeubles implantés le long des " axes commerciaux " des zones UA, UE, UPM1, UPM2, USP1 et USP2. La modification simplifiée litigieuse désigne ces interdictions sous le vocable de " servitudes commerciales et artisanales ", les étend à l'ensemble de " l'unité foncière " concernée et prévoit leur application aux équipements d'intérêt collectif. Si les requérants soutiennent que cette extension de servitudes existantes a pour effet de diminuer les possibilités de construire, ils ne produisent pas d'élément précis et circonstancié à l'appui de leurs allégations, alors que ces servitudes ne régissent que la destination d'immeubles existants.

23. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant la modification simplifiée litigieuse, le règlement du plan local d'urbanisme délimitait plusieurs emplacements réservés pour la construction ou le maintien de " logements sociaux ". La modification simplifiée litigieuse crée à cette fin de nouveaux emplacements réservés. Si les requérants soutiennent que la création de ces emplacements réservés a pour effet de diminuer les possibilités de construire, ils ne produisent pas d'élément précis et circonstancié à l'appui de leurs allégations, alors que ces servitudes ne régissent que les conditions d'occupation d'immeubles existants.

24. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'avant la modification simplifiée litigieuse, le règlement du plan local d'urbanisme imposait, dans les zones UAa et UE, de traiter, " hors équipements publics et d'intérêt collectif ", " 60% des étendues libres de toute construction en élévation () en espaces paysagers dont : / - 45% plantés sur 60 cm de terre végétale minimum ; / - 15% plantés en pleine-terre ". La modification simplifiée litigieuse maintient cette règle pour les constructions existantes édifiées sur un terrain d'une superficie inférieure ou égale à 250 m². Elle impose cependant, pour les constructions nouvelles et celles existantes édifiées sur un terrain d'une superficie supérieure à 250 m², que " 40% au moins de la superficie du terrain seront traités en espace vert de pleine terre ". Elle prévoit par ailleurs que tout abattage d'arbre ou toute suppression d'espaces paysagers existants fassent l'objet d'une mesure de compensation sur le terrain d'assiette du projet.

25. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces règles nouvelles auraient pour effet de réduire, à l'échelle de chaque zone concernée et en considération de l'ensemble des règles qui y sont applicables, les possibilités de construction, alors que, d'une part, le pourcentage minimal de surfaces d'espaces verts de pleine terre, dont la définition a été précisée sans être substantiellement modifiée par la délibération attaquée, n'a pas pour effet de réduire le pourcentage maximal d'emprise au sol des constructions, conservé à 60% de la superficie du terrain, et, que, d'autre part, la délibération attaquée n'impose pas de conserver les espaces paysagers existants, mais autorise leur suppression, sous réserve d'une compensation sur le terrain d'assiette.

26. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet litigieux ne pouvait être adopté selon la procédure de modification simplifiée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 153-45 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne la cohérence du plan local d'urbanisme modifié :

27. Aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3 ".

28. Pour apprécier la cohérence ainsi exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le projet d'aménagement et de développement durables, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou un objectif du projet d'aménagement et de développement durables ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.

29. Il ressort des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme de La Garenne-Colombes prévoit, en son " orientation n°1 ", de " développer la ville en préservant son ambiance urbaine originale " et, à ce titre, de maîtriser l'urbanisation dans le secteur " La Garenne centre ", en protégeant le " tissu pavillonnaire existant ", en supprimant les " accidents urbains existants (tels que dents creuses, pignons aveugles, défauts d'alignement)° " et en imposant aux constructions nouvelles des exigences particulières de " qualité architecturale ". Le projet vise en outre, dans le secteur " La Garenne centre ", à " stabiliser la population à son niveau actuel ", à " conserver les grands équilibres urbains existants " et à " préserver, pour le bien-être de ses habitants, le caractère traditionnel sans pour autant y interdire l'indispensable renouvellement ".

30. Cependant, le projet d'aménagement et de développement durables prévoit, en son " orientation n°2 ", d' " assurer la mixité sociale sur l'ensemble du territoire communal " et, à ce titre, de diversifier " l'offre de logement social " en acquérant des immeubles " par voie amiable " ou en exerçant son droit de préemption urbain. Le projet précise que " ces orientations auront pour effet de maintenir la population à son niveau actuel sans compromettre pour autant le développement urbain de certains secteurs de la ville ". En outre, le projet d'aménagement et de développement durables prévoit, en son " orientation n°3 ", d' " assurer un développement économique équilibré et durable du territoire communal " et, à ce titre, de préserver et de développer un " commerce de proximité ".

31. Il ressort des pièces du dossier que la délibération litigieuse prévoit un " emplacement réservé n°75 " sur la parcelle cadastrée K 104 aux fins d'y créer des " logements sociaux ", des " logements intermédiaires " et des logements " en accession ", avec " RdC commercial/artisanat et équipement public ". En créant cet emplacement réservé, la délibération litigieuse met en œuvre les orientations précitées n°2 et 3 du projet d'aménagement et de développement durables, sans être en inadéquation avec son orientation n°1 dès lors que la parcelle en cause supporte déjà un immeuble d'habitation de six étages avec des commerces en rez-de-chaussée.

32. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le règlement modifié du plan local d'urbanisme ne serait pas cohérent avec les orientations, prises globalement, du projet d'aménagement et de développement durables. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.

En ce qui concerne l'emplacement réservé n°75 :

33. Aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / () / 4° Dans les zones urbaines et à urbaniser, des emplacements réservés en vue de la réalisation, dans le respect des objectifs de mixité sociale, de programmes de logements qu'il définit () ". Aux termes de l'article R. 151-38 du même code : " Les documents graphiques du règlement délimitent dans les zones U et AU, s'il y a lieu : / 1° Les emplacements réservés en application du 4° de l'article L. 151-41 en vue de la réalisation, dans le respect des objectifs de mixité sociale, de programmes de logements en précisant la nature de ces programmes () ".

34. L'appréciation à laquelle se livrent les auteurs d'un plan local d'urbanisme lorsqu'ils décident de créer des emplacements réservés ne peut être discutée devant le juge de l'excès de pouvoir que si elle repose sur des faits matériellement inexacts, si elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ou si elle procède d'un détournement de pouvoir. En outre, l'intention d'une commune de réaliser un aménagement sur une parcelle suffit à justifier légalement son classement en tant qu'emplacement réservé sans qu'il soit besoin pour la commune de faire état d'un projet précisément défini. Enfin, il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier l'opportunité du choix de la localisation d'un emplacement réservé par rapport à d'autres localisations possibles.

35. En l'espèce, l'emplacement réservé n°75 vise, ainsi qu'il a été dit, à créer, sur la parcelle cadastrée K 104, des " logements sociaux ", des " logements intermédiaires " et des logements " en accession ", avec " RdC commercial/artisanat et équipement public ". Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la délibération attaquée a indiqué, d'une manière suffisamment précise, la nature des programmes de logements projetés, les dispositions précitées de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme n'imposant pas à l'établissement de faire état à ce stade d'un projet précisément défini.

36. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment du rapport de présentation, dont le contenu n'est pas sérieusement contesté, que la création de cet emplacement réservé répond, non seulement aux orientations n°2 et 3 du projet d'aménagement et de développement durables, mais aussi à l'action n°5 du programme local de l'habitat, alors que les résultats du " bilan triennal SR 2017-2019 " montrent que des efforts en la matière " demeurent à poursuivre dans les prochaines années " à La Garenne-Colombes. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 151-41 et R. 151-38 du code de l'urbanisme doit être écarté.

37. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la délibération du 13 décembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

38. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens.

39. En revanche, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des requérants le versement d'une somme globale de 2 000 euros à l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la SELARL Ajassociés et autres est rejetée.

Article 2 : La SELARL Ajassociés et autres verseront une somme globale de 2 000 euros à l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SELARL Ajassociés, à M. E C, à M. D C, à Mme B A et à l'établissement public territorial Paris Ouest La Défense.

Copie en sera transmise pour information au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience publique du 26 juin 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Thomas Bertoncini, président de chambre,

- M. Stéphane Eustache, premier conseiller,

- Mme Séverine Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

S. Eustache

Le président de la 8ème chambre,

signé

T. Bertoncini

Le greffier,

signé

D. Haude

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

Par délégation,

Le greffier,

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