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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202832

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202832

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202832
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBERTHEVAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I- Par une requête enregistrée le 27 février 2022 sous le numéro 2202832, M. A B, représenté par Me Berthevas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants ;

2°) d'enjoindre audit préfet de faire droit à sa demande de regroupement familial dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il remplissait toutes les conditions requises pour bénéficier du regroupement familial.

Par une ordonnance du 14 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 mai 2022.

Un mémoire présenté par le préfet du Val-d'Oise a été enregistré le 18 mars 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

II- Par une requête enregistrée le 22 février 2023 sous le numéro 2302396, M. A B, représenté par Me Berthevas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du préfet en date du 20 janvier 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants ;

2°) d'enjoindre audit préfet de faire droit à sa demande de regroupement familial dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision litigieuse est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il remplit les conditions requises pour bénéficier du regroupement familial et notamment la condition de ressources ;

- la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 novembre 2023.

Un mémoire présenté par le préfet du Val d'Oise a été enregistré le 18 mars 2024, soit postérieurement à la clôture de l'instruction. Il n'a pas été communiqué.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Froc, conseillère, a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant camerounais né le 18 mars 1977, est entré sur le territoire français le 31 janvier 2012. Il dispose d'une carte de résident valide jusqu'au 4 février 2028. Il a sollicité le bénéfice du regroupement familial pour son épouse et ses deux enfants résidant au Cameroun. L'office français de l'immigration et de l'intégration a attesté du dépôt d'une demande de regroupement familial le 17 septembre 2020. Le requérant a considéré cette demande comme implicitement rejetée à l'issue d'un délai de 6 mois. Le préfet du Val-d'Oise, a, par décision expresse en date du 20 janvier 2023, rejeté la demande de regroupement familial. Par les présentes requêtes, M. B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur la jonction

2. Les requêtes n°2202832 et n°2302396, qui présentent à juger des questions semblables relatives à la situation d'un même requérant ont fait l'objet d'une instruction commune et il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la portée des conclusions du requérant :

3. Lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, une décision implicite de rejet et une décision expresse de rejet intervenue postérieurement, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. En l'espèce, les conclusions de M. B doivent être regardées comme uniquement dirigées contre l'arrêté susmentionné du 20 janvier 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial :1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L.434-7 du code précité: " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes:1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille;2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique;3° Il se conforme aux principes essentiels qui, conformément aux lois de la République, régissent la vie familiale en France, pays d'accueil ". Aux termes de l'article R. 434-4 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à :1° Cette moyenne pour une famille de deux ou trois personnes ;2° Cette moyenne majorée d'un dixième pour une famille de quatre ou cinq personnes ;3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus. ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le caractère suffisant du niveau de ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. Cependant, lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible, pour le préfet, de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. En application des décrets successifs portant relèvement du salaire minimum de croissance, le montant mensuel brut du salaire minimum interprofessionnel de croissance était de 1 521,22 euros pour l'année 2019 et a été porté au titre de l'année 2020 à 1 539,42 euros.

6. En se bornant à produire les avis d'imposition des revenus des années 2019 et 2020, dont la période, à savoir l'année civile, ne se confond pas avec la période la période de référence à prendre en considération, à savoir de septembre 2019 à août 2020 et qui, au surplus, mentionnent trois enfants à charge, M. B, qui ne fournit aucun bulletin de salaires, n'établit ni que le montant de ressources pris en compte par le préfet serait erroné ni, par suite, que ses ressources atteindraient mensuellement le montant moyen du salaire minimum de croissance majoré d'un dixième.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il résulte de ces stipulations que, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu par les dispositions précitées, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B n'apporte aucun justificatif ou élément de nature à démontrer l'impossibilité pour son épouse et ses enfants de lui rendre visite sous couvert d'un visa de court séjour, de même que M. B ne conteste pas pouvoir rendre régulièrement visite à sa famille au Cameroun. Au demeurant la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que le requérant, qui ne justifie pas d'une intégration professionnelle ancienne et stable, poursuive sa vie familiale dans son pays d'origine ou, s'il s'y croit fondé, notamment au vu de l'évolution de ses ressources, présente une nouvelle demande de regroupement familial. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision attaquée, n'a pas porté, eu égard aux buts qu'elle poursuit, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Val-d'Oise du 20 janvier 2023. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

Mme Richard, première conseillère ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

La rapporteure,

signé

E. FROC Le président,

signé

C.HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2202832 et N°2302396

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