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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202833

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202833

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202833
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDIARRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 février 2022, M. C B, représenté par Me Diarra, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le collège des médecins ne s'est pas prononcé sur la durée prévisible du traitement dont il a besoin ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au regard de son état de santé et de la possibilité d'accéder aux soins dans son pays d'origine ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du pouvoir discrétionnaire de régularisation dont dispose le préfet du Val-d'Oise ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiqué au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit de mémoire.

Par une ordonnance du 10 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2022.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme L'Hermine, conseillère,

- et les observations de Me Diarra, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sénégalais né le 1er février 1988, est entré en France le 27 septembre 2017 sous couvert d'un visa de long séjour et a été muni de titres de séjour successifs portant la mention " étudiant " dont le dernier expirait le 31 octobre 2021. Le 12 avril 2021, il a sollicité un changement de statut vers un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 3 février 2022, dont M. B demande l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté en litige que le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B, nonobstant les circonstances, aussi regrettables soient-elles, qu'il a convoqué l'intéressé à un rendez-vous en vue de l'examen de sa situation postérieurement à la décision attaquée et qu'il a mentionné de manière erronée une demande de certificat de résidence que le requérant aurait sollicitée, une telle mention ne résultant que d'une simple erreur de plume.

Sur la légalité de la décision de refus de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. La décision de refus de délivrance du titre de séjour contestée vise les textes dont le préfet du Val-d'Oise a entendu faire l'application, notamment les dispositions de l'article L. 425-9 et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet y a également précisé les éléments de fait sur lesquels il s'est fondé pour prendre sa décision. La décision précise les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français de M. B, les éléments recueillis sur son état de santé, en particulier l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ainsi que les éléments de sa vie privée et familiale en France et dans son pays d'origine. En conséquence, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".

6. Pour refuser au requérant un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions, le préfet du Val-d'Oise s'est fondé sur l'avis émis le 22 octobre 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), lequel a estimé que, si l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale, le défaut de prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. S'il ne mentionne pas la durée de soins que nécessite l'état de santé de M. B, l'absence de mention de la durée du traitement dans ce dernier avis n'est pas de nature à entacher la régularité de l'avis du collège de médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de l'avis du collège des médecins de l'OFII ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et notamment des certificats médicaux en date des 25 août 2020 et 6 octobre 2021 établis par le médecin, chef d'établissement à l'institut Robert Merle d'Aubigné, que M. B souffre d'une déficience motrice sévère des deux membres inférieurs, séquelle de la poliomyélite qu'il a contractée, qui limite de façon importante les activités de la vie courante et nécessite le port d'orthèses cruro-pédieuses et un suivi médicotechnique pluridisciplinaire régulier. Il ressort des pièces du même dossier que le préfet du Val-d'Oise a considéré, au vu de l'avis du collège de médecins de l'OFII du 22 octobre 2021, que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Si M. B se prévaut du certificat médical du 6 octobre 2021 ci-dessus mentionné indiquant que son état de santé nécessite un suivi régulier en hôpital de jour pour une durée indéterminée et que l'absence de soins peut avoir des conséquences orthopédiques et cutanéo-trophiques graves, cette pièce ne permet pas, à elle-seule, d'établir que l'interruption de ses traitements présenterait une probabilité élevée, à court ou moyen terme, de mise en jeu de son pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante et, par suite, qu'elle entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé au sens de l'article L. 425-9 du code susvisé. À cet égard, la circonstance invoquée par le requérant tirée de ce qu'il ne disposerait pas d'un traitement approprié dans son pays d'origine en l'absence de ressources pour y accéder est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant sa demande de titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur d'appréciation.

9. En quatrième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est loisible au préfet d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Il peut, en outre, exercer le pouvoir discrétionnaire qui lui appartient, dès lors qu'aucune disposition expresse ne le lui interdit, de régulariser la situation d'un étranger en lui délivrant le titre qu'il demande ou un autre titre, compte tenu de l'ensemble des éléments de sa situation personnelle, dont il justifierait.

10. M. B soutient qu'il est entré en France le 27 septembre 2017, qu'il a obtenu une maîtrise dans le domaine des sciences humaines et sociales mention histoire, au titre de l'année universitaire 2018-2019 à Sorbonne Université et qu'il s'est inscrit au titre de l'année universitaire 2020-2021 en master 2 d'histoire dans cette même université. Toutefois, M. B, qui est célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine où résident ses parents et sa fratrie et où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché son appréciation d'une erreur manifeste en refusant de régulariser sa situation au titre de son pouvoir discrétionnaire.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Il résulte de ces dispositions que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle de la décision portant refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs.

12. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la décision de refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, si le requérant excipe de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, il n'invoque, par voie d'exception, aucun autre moyen que ceux déjà développés, écartés par voie d'action. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit, dès lors, être écarté.

14. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ". L'article L. 611-3 du même code dispose que : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

15. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 8 et 10, les moyens tirés de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire ne peuvent qu'être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise en date du 3 février 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Buisson, président ;

Mme Garona, première conseillère ;

Mme L'Hermine, conseillère ;

Assistés par Mme Galan, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

signé

M. L'Hermine

Le président,

signé

L. Buisson

La greffière,

signé

M. A

.

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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