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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2202996

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2202996

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2202996
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 mars 2022 et 1er avril 2022, Mme A, représentée par Me Traore, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 31 janvier 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé son pays de destination;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " pour soin, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil, de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas rendu d'avis conformément aux dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11, et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'erreur de fait dès lors que le préfet a considéré à tort qu'elle ne justifiait pas de sa présence régulière sur le territoire français pour les années 2015, 2016 et 2019 alors que sa présence en France durant ces années est établie par le contrat de travail à durée indéterminée conclut avec la société AADSP SOVON pour un temps partiel en qualité d'assistante de vie et les bulletins de salaire établis sur l'année 2015, son avis d'imposition 2016 portant sur la taxe d'habitation du logement dans lequel elle résidait, et des certificats médicaux dressés en 2019 au centre hospitalier René-Dubos de Pontoise ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation révélé par la circonstance que, d'une part, la date de naissance qu'il mentionne est erronée, d'autre part, le préfet a examiné sa situation sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'elle sollicitait le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 et que par ailleurs, le préfet a examiné la possibilité de régulariser sa situation en lui délivrant un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 précité alors qu'elle est retraitée et qu'en tout état de cause, son état de santé ne lui permet pas de travailler ;

- le préfet s'est cru à tort lié par la circonstance que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) s'est trouvé dans l'incapacité de rendre l'avis visé par les articles L. 425-9, R. 425-11, et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où elle n'a pas effectué, dans les délais prescrits, les démarches nécessaires à ce collège pour apprécier sa condition médicale, alors qu'il incombait au préfet de porter cet élément, qui faisait obstacle à la poursuite de l'instruction de sa demande de séjour, à sa connaissance, afin de la mettre en mesure d'accomplir les diligences nécessaires ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- à titre subsidiaire : il a été pris en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 août 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante centrafricaine née en 1956, est entrée sur le territoire français le 6 octobre 2008, sous couvert d'un visa Schengen valable du 22 septembre au 6 novembre 2008. Le 11 mars 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade, sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 31 janvier 2022, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 613-1 du même code dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ".

3. Aux termes de son arrêté, le préfet du Val-d'Oise a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont Mme A s'est prévalue à l'appui de sa demande de titre de séjour, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de Mme A, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'elle sollicitait, à savoir qu'elle n'avait " pas effectué, dans les délais demandés, les démarches nécessaires auprès du collège de médecins de l'OFII pour obtenir un avis sur son état de santé ", et qu'en tout état de cause, les pièces qu'elle avait portées à sa connaissance ne permettaient pas " de justifier l'attribution d'un titre de séjour au regard de son état de santé. " Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur sa situation familiale en relevant qu'elle n'était pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses huit enfants et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de cinquante-deux ans. L'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressée. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été, comme en l'espèce, rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Enfin, la décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et rappelle la nationalité de Mme A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. " Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. " L'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23, devenus R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise, à son article 1er, que " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier () ", à son article 2, que : " Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'adresse a été préalablement communiquée au demandeur. " et, à son article 4, que : " Pour l'établissement de son rapport médical, le médecin de l'office peut demander, dans le respect du secret médical, tout complément d'information auprès du médecin ayant renseigné le certificat médical et faire procéder à des examens complémentaires. / Le médecin de l'office, s'il décide, pour l'établissement du rapport médical, de solliciter un complément d'information auprès du médecin qui a renseigné le certificat médical, en informe le demandeur () Lorsque le demandeur n'a pas accompli les formalités lui incombant conformément aux deux alinéas précédents ou lorsqu'il n'a pas justifié de son identité à l'occasion de sa convocation à l'office, le service médical de l'office en informe le préfet dès l'établissement du rapport médical ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que lorsque le demandeur, qui doit transmettre le certificat médical dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sans délai, et qui a été dûment informé d'une telle obligation, ne transmet pas ce certificat médical à l'Office, le préfet peut rejeter la demande sans disposer de l'avis du collège de médecins, celui-ci n'étant pas en mesure de se prononcer.

6. Mme A soutient qu'en statuant sur la demande de délivrance d'un titre de séjour qu'elle avait formulée en qualité d'étranger malade, alors que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été en mesure de rendre un avis sur sa condition médicale, le préfet a entaché son arrêté d'un vice de procédure. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'absence d'avis du collège de médecins de l'OFII sur l'état de santé de Mme A découle de ce que cette dernière n'a " pas effectué, dans les délais demandés, les démarches nécessaires " auprès de l'Office. Dans ces conditions, et eu égard à ce qui a été dit au point 5, le préfet pouvait rejeter sa demande sans disposer de l'avis. Par suite le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

7. En troisème lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ".

8. D'une part, comme il vient d'être dit, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A sur le fondement de l'article L. 425-9 précité, le préfet s'est fondé sur la circonstance que l'intéressée n'avait pas accomplie, dans les délais, les démarches permettant au collège de l'OFII de rendre un avis sur son état de santé. Il ressort des pièces du dossier que le préfet lui a remis un certificat médical à remplir par son médecin traitant et à adresser, au moyen de l'enveloppe remise avec ce certificat, au médecin de l'Office. Les pièces du dossier attestent de ce que Mme A n'a pas transmis dans les délais prescrits, ce certificat médical à l'Office afin que le médecin rapporteur puisse établir le rapport médical sur la base duquel le collège de l'Office devait rendre son avis sur son état de santé. Dans ces conditions, alors que le préfet l'avait informée de cette obligation de transmission, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 425-9, R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande pour ce motif.

9. D'autre part, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A sur le fondement de l'article L. 425-9 précité, le préfet s'est également fondé sur la circonstance que les pièces qu'elle avait portées à sa connaissance ne permettaient pas " de justifier l'attribution d'un titre de séjour au regard de son état de santé. " Il ressort des pièces du dossier que Mme A souffre d'un cavernome frontal antérieur droit révélé en 2009 stabilisé par la prise quotidienne de deux comprimés de 400 mg de Tegretol. Les certificats médicaux datés 2015 et 2019, les deux compte-rendu d'IRM cérébrale datés du 16 avril 2019 et du 3 avril 2021 et l'ordonnance du 8 août 2019 prescrivant le Tegretol, produit par Mme A, ne fournissent toutefois aucune précision sur les éventuelles conséquences d'un défaut de prise en charge médicale sur son état de santé, ni ne se prononcent sur la disponibilité du médicament Tegretol dans son pays d'origine. Il n'est dès lors pas justifié que l'état de santé de Mme A justifie que lui soit délivré un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

10. En quatrième lieu, Mme A soutient que le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'une erreur de fait en mentionnant qu'elle ne justifiait pas de sa présence régulière sur le territoire français depuis 10 ans, notamment pour les années 2015, 2016 et 2019. Toutefois, les documents qu'elle produit pour ces années, limités à un contrat à durée indéterminée signé le 1er janvier 2014, des bulletins de salaire couvrant uniquement la période de janvier à mars 2015, un certificat médical daté du mois de juin 2015, un avis d'imposition portant sur la taxe d'habitation de 2016 de son logement, un contrat d'assurance habitation souscrit le 28 juin 2016 pour ce logement, ainsi que deux documents médicaux datés d'avril et août 2019, ne suffisent pas à établir qu'elle a vécu en France de manière ininterrompue durant les années 2015, 2016 et 2019. Le moyen doit ainsi être écarté.

11. En cinquième lieu, la seule circonstance que l'arrêté litigieux mentionne 1056 pour année de naissance de Mme A, ce qui relève, à l'évidence, d'une simple erreur de plume, n'est pas de nature à établir un défaut d'examen circonstancié de sa demande. En outre, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des termes même de l'arrêté contesté qu'après avoir examiné sa situation au regard des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Val-d'Oise a examiné la possibilité de l'admettre exceptionnellement au séjour en procédant à un examen de sa situation privée et familiale, puis à un examen de sa situation professionnelle, comme il en avait la possibilité en application de son pouvoir discrétionnaire de régularisation sans texte. La circonstance que Mme A soit retraitée et vulnérable ne faisait par ailleurs pas obstacle à l'examen d'office, par le préfet, de la possibilité de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit être écarté.

12. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () " Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

13. Ainsi qu'il a été dit au précédemment, la requérante n'établit pas que son état de santé justifie que des soins ou son traitement ne peuvent lui être dispensés qu'en France. Elle ne justifie pas non plus du caractère ininterrompu de son séjour en France depuis le 6 octobre 2008 et n'allègue pas y avoir noué des liens particuliers. Elle disposait, à la date de l'arrêté contesté, d'attaches familiales importantes dans son pays d'origine où résidaient ses huit enfants et où elle a elle-même vécu au moins jusqu'à l'âge de cinquante-deux ans. Enfin, l'activité professionnelle exercée par la requérante sur la période de janvier à mars 2015, en qualité d'assistante de vie, bien qu'ancienne n'est pas à elle-seule suffisante pour regarder Mme A comme justifiant d'une intégration particulière sur le territoire français. Par suite, en refusant de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme A, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision en litige a été prise et n'a pas méconnu les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces stipulations.

14. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. En l'espèce, Mme A, qui se borne à se prévaloir de façon générale de la situation économique de son pays d'origine, et de son état de santé, n'établit pas qu'elle y sera personnellement exposée à des risques de traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations, qui n'est opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

16. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

17. Dans les circonstances rappelées aux points précédents, en estimant que l'admission exceptionnelle au séjour de Mme A ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas davantage au regard de motifs exceptionnels, la seule durée du séjour ne constituant pas un tel motif, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, tout comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Thierry, président ;

- M. Louvel, premier conseiller ;

- Mme Zaccaron Guérin, conseillère ;

assistées de Mme Le Gueux, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guerin

Le président,

signé

P. Thierry

La greffière,

signé

S. Le Gueux

La République mande et ordonne au Préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22029962

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