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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203132

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203132

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantFERNANDEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 février 2022, 18 mars 2022, 29 septembre 2022 et 11 octobre 2022, M. A, représenté par Me Fernandez, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions de l'arrêté du 18 juin 2021 du préfet du Val-d'Oise par lesquelles il a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, et a fixé Haïti comme pays de destination ;

2°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de1 200 euros à verser à Me Fernandez, sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé dans la mesure où le préfet n'a pas produit l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur son état de santé ;

- compte tenu de l'état du système de santé haïtien, il ne pourra pas y bénéficier effectivement d'un traitement adapté à son état de santé ;

- il porte atteinte à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que le préfet ne démontre pas qu'il peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine et est également entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces stipulations ;

- c'est à tort que le préfet a considéré qu'il ne pouvait bénéficier d'une mesure d'admission exceptionnelle dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et communique les pièces utiles au dossier.

Il fait valoir que :

- l'arrêté attaqué comporte deux erreurs de plume d'une part, M. A est entré en France le 13 novembre 2020, ainsi qu'en atteste la fiche de renseignement qu'il a complétée, et d'autre part, son épouse est entrée en France en 2019 et résidait, à la date d'édiction de l'arrêté attaqué, en situation irrégulière sur le territoire français ;

- les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Zaccaron Guérin, conseillère rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant haïtien né en 1980 déclare être entré en France le 1er juillet 2016, démuni de tout visa. Le 2 mars 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11, alors en vigueur, (aujourd'hui codifiées à l'article L. 425-9) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 18 juin 2021, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. M. A demande l'annulation de ces décisions

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Les décisions litigieuses ont été signées par Mme C D, adjointe au directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture du Val-d'Oise, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, consentie par un arrêté n° 21-008 du 31 mars 2021 du préfet du Val-d'Oise, régulièrement publié le 1er avril suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent leur fondement.

4. Alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, la décision de refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui constituent son fondement. A cet égard, le requérant reproche au préfet de ne pas avoir joint à cette décision, l'avis rendu par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Toutefois, cette circonstance n'est pas de nature à remettre en cause la régularité formelle de la motivation. En tout état de cause, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet de joindre l'avis rendu par ce collège à la décision refusant le titre de séjour sollicité. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de refus de titre de séjour doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ".

6. Dans son avis du 3 juin 2021, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé, que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. A fait valoir, pour contester cet avis, que compte tenu de " l'état du système de santé haïtien ", il ne pourra pas y bénéficier effectivement d'un traitement adapté à son état de santé. Toutefois, les documents médicaux qu'il produit à l'instance ne fournissent aucune précision sur les éventuelles conséquences d'un défaut de prise en charge médicale sur son état de santé et ne permettent ainsi pas d'attester qu'il ne pourrait pas poursuivre ses prises en charge médicale dans son pays d'origine. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise, en refusant de lui délivrer le titre de séjour qu'il sollicitait, a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

8. En l'espèce, après avoir refusé de délivrer à M. A le titre de séjour qu'il sollicitait sur le fondement des anciennes dispositions du 11° de l'article L. 313-11, (devenues L. 425-9) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine a examiné d'office, la possibilité de l'admettre au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code. M. A n'établit pas, par les seules pièces qu'il présente, la réalité des liens personnels et familiaux qu'il indique avoir tissés en France. En outre, il ne fait état d'aucune circonstance de nature à faire obstacle à ce qu'il reparte dans son pays d'origine, avec son épouse, également de nationalité haïtienne, a obtenu postérieurement à la décision attaquée, une carte de séjour temporaire ne lui donnant pas vocation à s'installer de manière permanente sur le territoire français. Par ailleurs, si M. A produit le titre de séjour de personnes qu'il identifie comme étant son père et son frère, il ne justifie aucunement de la nature des liens qu'il entretient avec ces personnes, et ne démontre ainsi pas que ces liens sont tels que le refus d'autoriser son séjour porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. Au demeurant, il ressort de ces documents que ces deux personnes résident durablement en Guadeloupe, alors que le requérant réside quant à lui, dans le Val-d'Oise. Enfin, à la date de la décision attaquée, M. A ne justifie d'aucune insertion professionnelle et d'une durée de séjour en France de sept mois. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision de refus de titre de séjour en litige a été prise et n'a ainsi pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En dernier lieu, pour les mêmes motifs, il n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle et familiale de M. A.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. En l'espèce, M. A, qui se borne à se prévaloir de façon générale de la situation économique de son pays d'origine, et de son état de santé, n'établit pas qu'il y sera personnellement exposé à des risques de traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations, qui n'est opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du préfet du Val-d'Oise en date du 18 juin 2021 rejetant sa demande de titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

13. Les conclusions à fin d'annulation de M. A devant être rejetées, il s'ensuit que doivent l'être également, d'une part, ses conclusions à fin d'injonction, puisque la présente décision n'appelle ainsi aucune mesure d'exécution, et d'autre part, celles tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ces dispositions faisant obstacle à ce que le tribunal fasse bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fernandez et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Thierry, président,

M. Louvel, premier conseiller,

Mme Zaccaron Guérin, conseillère,

Assistés de M. Lux, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La rapporteure,

signé

C. Zaccaron Guérin Le président,

signé

P. Thierry

Le greffier,

signé

F. Lux

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 22031322

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