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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203226

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203226

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2203226 et des mémoires enregistrés le 2 et le 4 mars 2022, le 26 mai 2023 et le 25 mars 2024, M. B A, représenté par Me Maillet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer une carte de séjour temporaire, ou de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'une incompétence ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation à cet égard ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3-1, 9 et 16 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et a produit les pièces qu'il estime utiles.

Par une décision du 26 février 2024, M. B A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2300945 le 24 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Vrioni, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 janvier 2023 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant un an.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-2, L. 612-3 et L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Goudenèche a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain né le 19 février 1993, est entré en France le 25 août 2016 sous couvert d'un visa long séjour étudiant. Il a bénéficié de titres de séjour en cette qualité jusqu'au 24 juillet 2020 puis d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français jusqu'au 23 juillet 2021. Le 24 septembre 2021 il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 février 2022 le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé. Par un arrêté du 22 janvier 2023 le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé et lui a interdit un retour sur le territoire français pendant un an. Par les deux requêtes susvisées le requérant demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2203226 et 2300945 présentées par M. A ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 15 février 2022 :

3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci. Dans ce dernier cas, il appartient seulement au demandeur de produire la décision de justice intervenue, quelles que soient les mentions de celle-ci, peu important notamment qu'elles constatent l'impécuniosité ou la défaillance du parent français auteur de la reconnaissance. La circonstance que cette décision de justice ne serait pas exécutée est également sans incidence.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est père d'un enfant né le 9 janvier 2020 de sa relation avec une ressortissante française, dont il est séparé. Il ressort en outre des pièces du dossier que, par un jugement du 25 avril 2023, le juge aux affaires familiales du tribunal judiciaire de Limoges a constaté que l'autorité parentale sur cet enfant était exercée en commun par les deux parents, a fixé la résidence de l'enfant au domicile de la mère et a accordé à M. A un droit de visite et d'hébergement le troisième dimanche de chaque mois et durant la moitié des vacances scolaires. Dans ces conditions, et sans qu'ait d'incidence la circonstance que le requérant a été dispensé de contribuer à l'entretien et à l'éducation de l'enfant en raison de son impécuniosité, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande de renouvellement de carte de séjour temporaire au motif qu'il ne justifiait pas de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de sa fille.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'ensemble des moyens de la requête, que la décision du 15 février 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A doit être annulée ainsi que par voie de conséquence la décision l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 22 janvier 2023 :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. ".

8. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu instituer une voie de recours spéciale ayant un effet suspensif contre les mesures relatives à l'éloignement des étrangers. Il est constant que M. A a contesté l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Il a pour ce faire, déposé une requête le 2 mars 2022 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise. À la date de l'arrêté contesté du 22 janvier 2023, le tribunal de céans n'avait pas encore statué sur le recours présenté contre l'arrêté du 15 février 2022. Ainsi, le préfet des Hauts-de-Seine ne pouvait, sans méconnaître l'effet suspensif attaché au recours exercé par le requérant contre l'arrêté du 15 février 2022, fonder une nouvelle obligation de quitter le territoire français sur la circonstance que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français depuis la première décision lui refusant sa demande de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le préfet des Hauts-de-Seine a ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Les motifs du présent jugement impliquent qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait de la situation de M. A, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

10. Dans le cadre de la requête enregistrée sous le n° 2203226, M. A a obtenu l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Maillet, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Maillet de la somme de 1 000 euros.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 15 février 2022 du préfet du Val-d'Oise est annulé.

Article 2 : L'arrêté du 22 janvier 2023 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Val d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. A un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Maillet en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Maillet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Maillet au préfet du Val-d'Oise et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Bories, présidente,

M. Bourragué, premier conseiller,

Mme Goudenèche, conseillère,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2024.

La rapporteure,

signé

C. Goudenèche La présidente,

signé

C. Bories La présidente,

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise et au préfet des Hauts-de-Seine chacun en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2203226 et 2300945

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