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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203380

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203380

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203380
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre
Avocat requérantLUCIANO

Texte intégral

Vu la procédure suivante : Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 9 et 15 mars 2022 et le 18 avril 2022, M. C B, représenté par Me Luciano, demande au tribunal : 1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement ; 2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ; 3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. M. B soutient que : - les décisions portant refus de titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français sont entachées d'incompétence ; - elles sont insuffisamment motivées ; - elles sont entachées d'un défaut d'examen personnel et individuel ; - elles sont illégales dès lors que, d'une part, la commission du titre de séjour n'a pas été saisie et, d'autre part, elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - elles sont entachées d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle. Par une ordonnance du 28 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 mai 2022 à 12h00. Le mémoire en défense du préfet du Val-d'Oise, enregistré le 15 novembre 2022, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué. Vu les autres pièces du dossier. Vu : - la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; - le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; - le code des relations entre le public et l'administration ; - le code de justice administrative. La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience. Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique. Considérant ce qui suit : 1. M. C B, ressortissant indien né le 20 décembre 1983 à Domana (Inde), déclare être entré en France le 20 février 2003. Le 6 octobre 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 9 février 2022, dont il demande au tribunal l'annulation, le préfet du Val-d'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays d'éloignement. Sur les conclusions à fin d'annulation : 2. En premier lieu, l'arrêté contesté est signé, pour le préfet du Val-d'Oise, par Mme D, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, qui bénéficiait à cet effet d'une délégation de signature consentie par arrêté du 1er avril 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département pour signer toutes décisions refusant la délivrance de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ ainsi que les décisions fixant le pays d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été signé par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté. 3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / - restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". 4. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales et conventionnelles sur lesquelles il se base, et comporte la mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le préfet a mentionné la situation personnelle et familiale de M. B, qui a sollicité le 6 octobre 2021 un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. L'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé. Dans ces conditions, le préfet a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été, comme en l'espèce, rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de motivation des actes administratifs. Ces deux décisions comportent ainsi l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent leur fondement et sont dès lors suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions ne peut qu'être écarté. 5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que le préfet aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant de refuser de lui délivrer un titre de séjour. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant doit être écarté. 6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". Aux termes de l'article L. 432-13 même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Aux termes de l'article L. 432-14 : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci () ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet (). / Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet () ". Aux termes de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé ". 7. D'une part, il résulte de ces dispositions que le préfet est tenu de saisir la commission du titre de séjour du cas des seuls étrangers qui justifient effectivement, dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour fondée sur l'article L. 435-1 précité, résider en France habituellement depuis plus de dix ans, auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité. Si le requérant se prévaut d'une ancienneté de résidence en France depuis 2003, il n'établit pas, par les pièces versées au dossier, sa présence habituelle et continue depuis cette date, en particulier pour les années 2012 et 2013. Ainsi, pour justifier de sa présence en France en 2012, le requérant produit des pièces médicales, en date des 7 avril, 11 mai, 19 juin et 31 juillet, l'attestation de chargement de forfait Navigo indiquant que son pass a été chargé du 16 au 29 juillet 2012, un avis d'imposition 2013 mentionnant l'absence de revenus en 2012, ainsi qu'un courrier de l'assurance maladie, daté du 17 octobre, sollicitant des pièces complémentaires pour lui allouer l'aide médicale d'Etat. Ces éléments, insuffisamment nombreux et probants, ne permettent pas d'établir sa présence en 2012. Il en va de même des pièces produites pour 2013, le courrier daté du 15 janvier relatif à un changement de rattachement de compte bancaire, l'attestation d'élection de domicile émanant du secours catholique, les factures d'enseignes commerciales, le courrier de la caisse primaire d'assurance maladie du 10 décembre sollicitant la production des pièces complémentaires pour lui allouer l'aide médicale d'Etat ainsi que les relevés bancaires établis à compter du mois de mai ne permettant pas de démontrer sa présence au titre de cette même année. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. 8. D'autre part, le simple fait de se prévaloir d'une ancienneté de résidence en France de dix-neuf années est insuffisant en soi pour être regardé comme une considération humanitaire ou un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 7, le requérant n'établit pas l'ancienneté de sa présence sur le territoire national depuis cette date. En outre, si M. B produit une promesse d'embauche, en date du 1er décembre 2021, de la société Ferreira Renov, en tant que finisseur, il ne verse aucun bulletin de paie établissant une expérience professionnelle dans le secteur du bâtiment. Par ailleurs, l'intéressé est célibataire, sans charge de famille, et n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine ou résident ses parents. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet a entaché la décision portant refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation. 9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". 10. Eu égard aux éléments de sa situation personnelle rappelés au point 8, M. B n'est fondé à soutenir ni que le préfet du Val-d'Oise a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions en litige sur sa situation personnelle. 11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées. Sur les conclusions accessoires : 12. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. D E C I D E :Article 1er : La requête de M. B est rejetée.Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Val-d'Oise.Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :Mme Bories, présidente,M. A et Mme E, premiers conseillers,Assistés de Mme Lefebvre, greffière.Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.Le rapporteur,signéM. ALa présidente,signéC. Bories,L'assesseur le plus ancien,G. RaimbaultLa greffière,signéS. LefebvreLa République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.- 2 -No 2203380

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