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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203413

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203413

lundi 5 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203413
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 mars 2022 et 28 février 2023, Mme B C, représentée par Me Patureau, avocat, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de ses demandes de renouvellement de titre de séjour, née du silence du gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur ces demandes, enregistrées les 4 août et 19 novembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant les mentions " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un défaut de motivation, le préfet des Hauts-de-Seine n'ayant pas répondu à sa demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet opposée à ses demandes de renouvellement de son titre de séjour ;

- méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er février 2023, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que la requête de Mme C est irrecevable, celle-ci ne justifiant d'aucune demande de titre de séjour susceptible d'avoir fait naître une décision implicite de rejet.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Villette, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante sénégalaise, a déposé le 4 août 2021, une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 9 décembre 2020 au 8 décembre 2021. Cette demande a été classée sans suite le 18 novembre 2021, pour incomplétude du dossier, faute pour la requérante d'avoir répondu à la demande de production de pièces supplémentaires qui lui avait été adressée le 8 octobre 2021. Le 19 novembre 2021, Mme C a demandé à nouveau le renouvellement de son titre de séjour. Par cette requête, Mme C doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur sa demande formée le 19 novembre 2021.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine :

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a présenté des demandes tendant au renouvellement de ses titres de séjour en sa qualité de parent d'enfant français les 4 août et 19 novembre 2021. Si sa demande, présentée le 4 août 2021, a abouti à une décision de classement sans suite le 18 novembre 2021, en raison de l'incomplétude du dossier venant à l'appui de cette demande, et qu'une telle décision est insusceptible de recours, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est pas soutenu par le préfet des Hauts-de-Seine, que la demande qu'elle a déposée le 19 novembre 2021 aurait été incomplète. Dès lors, le silence gardé pendant quatre mois sur cette demande par l'autorité administrative a fait naître, le 19 mars 2022, une décision implicite de rejet. Par suite, le préfet des Hauts-de-Seine n'est pas fondé à soutenir que la requête de Mme C n'est dirigée contre aucune décision et qu'elle est, par suite, irrecevable.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Selon l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur du titre de séjour " vie privée et familiale " se prévalant de la qualité de parent d'un enfant français est tenu, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, de justifier que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a donné naissance, le 7 août 2017, au jeune D A, de nationalité française. Il ressort des pièces du dossier que la requérante et son enfant vivent à la même adresse, de sorte qu'elle doit être regardée comme contribuant effectivement à son entretien et son éducation. Par ailleurs, Mme C justifie que le père du jeune D, M. E A, contribue également à l'entretien et à l'éducation de leur enfant, dès lors qu'il ressort, notamment, des pièces du dossier, que le père a fait bénéficier à son enfant de son assurance complémentaire santé, qu'il l'a rattaché à son compte d'assurance maladie, l'a déclaré comme enfant à charge auprès de l'administration fiscale, et qu'il ressort d'attestations de médecins et pharmaciens qu'il accompagne son enfant aux consultations. Dans ces conditions, Mme C est fondée à soutenir qu'en prenant la décision attaquée, le préfet des Hauts-de-Seine a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite de rejet contestée doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, par application des dispositions législatives précitées, qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de fixer au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement pour procéder à la délivrance de ce titre. Il n'y a pas lieu, à ce stade, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Mme C d'une somme de 1 000 (mille) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet de la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme C, née du silence gardé par le préfet des Hauts-de-Seine sur cette demande, présentée le 19 novembre 2021, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Mme C une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Kelfani, président, M. Prost, premier conseiller, et M. Villette, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2023.

Le rapporteur,

signé

G. VILLETTE

Le président,

signé

K. KELFANI La greffière,

signé

A. CHANSON

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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