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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203519

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203519

mercredi 30 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203519
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème Chambre (JU)
Avocat requérantDE CAUMONT ERIC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de M. A contestant l'invalidation de son permis de conduire pour solde de points nul, prononcée par le ministre de l'intérieur suite à plusieurs retraits de points. Le requérant invoquait notamment un défaut d'information préalable et de notification des décisions de retrait. Le tribunal a rejeté le moyen tiré du défaut de notification, jugeant qu'il ne conditionne pas la légalité des retraits, et a écarté le moyen relatif à l'absence d'information préalable, en se fondant sur les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ainsi que sur l'article 529-2 du code de procédure pénale. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant ainsi la légalité des retraits de points et de la décision d'invalidation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 mars 2022 et le 21 avril 2022, M. B A, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision référencée " 48SI " en date du 23 février 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire pour solde de points nul et la décision de rejet de son recours gracieux ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points afférentes aux infractions constatées les 12 novembre 2018, 14 janvier 2019, 7 août 2019, 5 février 2020 et 14 février 2020 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés et de rétablir le capital de points sur son permis de conduire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative ;

5°) de rejeter la demande de l'Etat présentée au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il n'a pas reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant l'intervention des décisions de retrait de points qui ne lui ont pas été notifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Drevon-Coblence, vice-présidente, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Drevon-Coblence a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route, le ministre de l'intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. A. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur a, par décision " 48 SI " du 23 février 2022, prononcé l'invalidation de ce permis et ordonné à M. A de restituer son titre de conduite. M. A demande l'annulation des retraits de points prononcés suite aux infractions constatées les 12 novembre 2018, 14 janvier 2019, 7 août 2019, 5 février 2020 et 14 février 2020 et de la décision " 48SI " susmentionnée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité des décisions successives de retrait de points :

S'agissant du moyen tiré du défaut de notification de ces décisions :

2. Les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. M. A ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information préalable :

3. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l'encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d'une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé.

4. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public.

5. Lorsqu'une infraction a donné lieu à l'établissement d'un procès-verbal électronique, l'avis de contravention est envoyé au domicile du contrevenant ou à celui du titulaire du certificat d'immatriculation et le paiement de l'amende n'intervient qu'après réception de cet avis. Si l'infraction a donné lieu, en application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire ou du dépôt régulier d'une requête en exonération, à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, cette circonstance qui établit la réalité de l'infraction en application des dispositions du quatrième alinéa de l'article L. 223-1 du code la route, n'est toutefois pas de nature à établir que le contrevenant aurait reçu l'information prévue à l'article L. 223-3 du même code.

Quant aux infractions constatées les 12 novembre 2018 (4 points), 14 janvier 2019 (3 points) et 14 février 2020 (3 points) :

6. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées.

7. Le ministre de l'intérieur produit les procès-verbaux électroniques établis le 12 novembre 2018, le 14 janvier 2019 et le 14 février 2020, portant la mention " refus de signer " par le conducteur, qui revêt la même force probante que la signature de ce dernier. Il suit de là que la preuve de la délivrance de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route est rapportée par le ministre s'agissant de ces infractions.

Quant à l'infraction constatée le 5 février 2020 (3 points) :

8. Il résulte de l'instruction que cette infraction a été relevée, par un procès-verbal électronique sous lequel le requérant n'a pas signé et qui ne comporte pas la mention selon laquelle il aurait refusé de signer, et a donné lieu, en l'absence de paiement de l'amende forfaitaire, à un avis d'amende forfaitaire majorée. Le ministre de l'intérieur n'établit pas, ni même n'allègue, que M. A aurait reçu l'avis de contravention ou l'avis d'amende forfaitaire majorée, réputés comporter les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, il résulte de l'instruction que M. A a été dûment informé, à l'occasion de l'infraction du 14 janvier 2019 qui est exactement de même nature que celle du 5 février 2020 puisqu'elles concernent toutes deux la conduite avec port d'un dispositif susceptible d'émettre un son, de l'existence d'un traitement automatisé et de la possibilité d'y accéder, et ce précisément à l'occasion du procès-verbal établi le 14 janvier 2019 sous lequel il a refusé de signer. Dans ces conditions, le requérant n'a pas été privé de la garantie qui s'attache à la délivrance de l'information préalable à l'occasion de l'infraction commise le 5 février 2020. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable doit être écarté.

Quant à l'infraction constatée le 7 août 2019 (1 point) :

9. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise a été relevée sans interception du véhicule à l'aide d'un système de contrôle automatisé. Il résulte du relevé d'information intégral de M. A que celui-ci ne s'est pas acquitté de l'amende forfaitaire relative à cette infraction et qu'un titre exécutoire a été émis. M. A, qui n'a donc pas payé l'amende forfaitaire afférente à cette infraction, et dont il n'est pas établi qu'il se soit acquitté de l'amende forfaitaire majorée, ne peut être regardé comme ayant nécessairement reçu l'avis de contravention correspondant ni même l'avis d'amende forfaitaire. En outre, la circonstance, alléguée par le ministre, selon laquelle M. A aurait bénéficié de la communication de ces informations à l'occasion de l'infraction commise le 3 janvier 2017 n'est pas suffisante, eu égard à la date de cette infraction par rapport à l'infraction en litige, pour établir que les informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été régulièrement délivrées à l'intéressé. Par suite, l'administration n'apporte pas la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information. Dès lors, le retrait de points correspondant à cette infraction doit être annulé.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de retrait d'un point afférente à l'infraction commise le 7 août 2019.

En ce qui concerne la légalité de la décision " 48 SI " en date du 23 février 2022 en tant qu'elle constate la perte de validité du permis de conduire :

11. La décision du ministre constatant l'invalidation du permis de conduire de M. A récapitule les décisions de retrait de points annulées par le présent jugement. Or, en vertu des dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route, le permis de conduire ne perd sa validité qu'en cas de solde de points nul. Dès lors que, par le présent jugement, il est procédé à l'annulation de la seule décision de retrait d'un point, compte tenu des autres décisions de retrait de points confirmées, le solde de points rattaché au permis de conduire de M. A est resté nul. Ainsi l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision du 23 février 2022 doit aussi être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. L'annulation des décisions de retrait de points mentionnées au point 9 n'a pas eu pour effet de rétablir un solde positif sur le capital de points du permis de conduire de l'intéressé. Dès lors, il n'y a pas lieu d'enjoindre à l'administration de reconnaître à M. A le bénéfice du point irrégulièrement retiré.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de M. A présentée sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré un points au capital du permis de conduire de M. A à la suite de l'infraction commise le 7 août 2019 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juillet 2025.

La vice-présidente,

Signé

E. Drevon-CoblenceLa greffière,

Signé

D. Charleston

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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