jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2203557 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CAPSTAN LMS - LUS LABORIS FRANCE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 mars 2022 et le 3 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Krivine, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 janvier 2022 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour motif économique par la société Gazel Energie Génération ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée dès lors qu'elle n'analyse pas la situation économique du groupe en France et qu'elle est lapidaire concernant le lien avec le mandat ;
- le tribunal doit surseoir à statuer dès lors qu'un pourvoi en cassation est pendant dans le cadre du litige relatif au plan de sauvegarde de l'emploi ;
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard du périmètre d'appréciation des difficultés économiques dès lors, d'une part, qu'il n'est pas établi que les résultats des entreprises du groupe produisant de l'électricité à partir d'énergies renouvelables ont été pris en compte et, d'autre part, dès lors qu'en l'absence d'éléments concernant le groupe au niveau international il est impossible de contrôler l'absence de fraude ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la situation économique de l'entreprise est due à sa légèreté blâmable ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'à la date de la décision le motif économique n'était plus caractérisé ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que si l'entreprise avait mis en place un plan de gestion prévisionnel des emplois et des compétences ou sollicité des aides d'Etat les licenciements auraient pu être évités, ainsi le lien entre la cause économique et le licenciement n'est pas caractérisé ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que la réalité du motif économique invoqué n'est pas établie et que les effets de la situation sur l'emploi du requérant ne sont pas précisés ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'employeur a méconnu son obligation d'adaptation ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il existe un lien entre son mandat et son licenciement.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mai 2022, la société Gazel Energie Génération, représentée par Me Mir et Guerder, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2023, le ministre du travail, du plein-emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une décision du 18 septembre 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au
3 octobre 2023.
Un mémoire en défense pour la société Gazel Energie Génération a été produit le 4 octobre 2023 et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Goudenèche, conseillère,
- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,
- les observations de Me Kirvine, représentant M. A, présent,
- et les observations de Me Guerder représentant la société Gazel Energie Génération.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, membre élu du comité social et économique (CSE) depuis le
17 mars 2020, occupe un poste de technicien de conduite dépollution au sein de la société Gazel Energie Génération, entreprise appartenant au groupe international EPH. Cette société gère les centrales de production d'électricité du groupe situées en France, ainsi que six parcs éoliens et deux fermes solaires. Confrontée à des difficultés économiques ainsi qu'à la nécessité de réduire les émissions de CO² à partir du 1er janvier 2020 imposée par la loi Energie Climat de novembre 2019, elle a informé la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) d'Ile-de-France le 23 septembre 2020 d'un projet de restructuration et de plan de sauvegarde de l'emploi. Par une décision du 31 mars 2021, la DIRECCTE d'Ile-de-France a homologué le document unilatéral portant sur le projet de licenciement collectif pour motif économique de la société. Par une demande du 4 novembre 2021, réceptionnée le 9 novembre 2021, la société Gazel Energie Génération a saisi l'inspection du travail d'une demande afin de licencier le requérant, salarié protégé, pour motif économique. En l'absence de réponse de la part de l'administration une décision implicite de rejet est née le
9 janvier 2022. Par une décision expresse du 12 janvier 2022 l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement du requérant. Par la présente requête le requérant demande l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 1233-3 du code du travail : " Constitue un licenciement pour motif économique le licenciement effectué par un employeur pour un ou plusieurs motifs non inhérents à la personne du salarié résultant d'une suppression ou transformation d'emploi ou d'une modification, refusée par le salarié, d'un élément essentiel du contrat de travail, consécutives notamment :1° A des difficultés économiques caractérisées soit par l'évolution significative d'au moins un indicateur économique tel qu'une baisse des commandes ou du chiffre d'affaires, des pertes d'exploitation ou une dégradation de la trésorerie ou de l'excédent brut d'exploitation, soit par tout autre élément de nature à justifier de ces difficultés. Une baisse significative des commandes ou du chiffre d'affaires est constituée dès lors que la durée de cette baisse est, en comparaison avec la même période de l'année précédente, au moins égale à : a) Un trimestre pour une entreprise de moins de onze salariés ; b) Deux trimestres consécutifs pour une entreprise d'au moins onze salariés et de moins de cinquante salariés ; c) Trois trimestres consécutifs pour une entreprise d'au moins cinquante salariés et de moins de trois cents salariés ; d) Quatre trimestres consécutifs pour une entreprise de trois cents salariés et plus ; 2° A des mutations technologiques ; 3° A une réorganisation de l'entreprise nécessaire à la sauvegarde de sa compétitivité ; 4° A la cessation d'activité de l'entreprise. La matérialité de la suppression, de la transformation d'emploi ou de la modification d'un élément essentiel du contrat de travail s'apprécie au niveau de l'entreprise. Les difficultés économiques, les mutations technologiques ou la nécessité de sauvegarder la compétitivité de l'entreprise s'apprécient au niveau de cette entreprise si elle n'appartient pas à un groupe et, dans le cas contraire, au niveau du secteur d'activité commun à cette entreprise et aux entreprises du groupe auquel elle appartient, établies sur le territoire national, sauf fraude. Pour l'application du présent article, la notion de groupe désigne le groupe formé par une entreprise appelée entreprise dominante et les entreprises qu'elle contrôle dans les conditions définies à l'article L. 233-1, aux I et II de l'article L. 233-3 et à l'article L. 233-16 du code de commerce. Le secteur d'activité permettant d'apprécier la cause économique du licenciement est caractérisé, notamment, par la nature des produits biens ou services délivrés, la clientèle ciblée, ainsi que les réseaux et modes de distribution, se rapportant à un même marché. () ". En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ;2° Infligent une sanction ;3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ;4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ;5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ;7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ;8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire.". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article R. 2421-12 du code du travail : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée. () "
4. La décision attaquée vise la demande d'autorisation de licenciement pour motif économique du 4 novembre 2021, les articles du code du travail dont elle fait application, ainsi que les différentes étapes de la procédure de licenciement. Par ailleurs, elle mentionne les différents éléments permettant d'établir la réalité du motif économique en particulier les pertes enregistrées par le groupe EPH France et la société Gazel Energie Génération au cours des années 2018, 2019, 2020 et 2021. Sont également précisés les motifs permettant de considérer que l'employeur a satisfait à son obligation de recherche de reclassement, et il est indiqué qu'aucun élément du dossier ne permet d'établir un lien entre les mandats détenus par le salarié et la procédure de licenciement engagée à son encontre. En conséquence, la décision contestée comporte l'ensemble des éléments de droit et de fait qui en constitue son fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, afin d'apprécier les difficultés économiques de l'entreprise l'inspecteur du travail a pris en compte l'ensemble des entreprises du groupe sur le territoire national produisant ou fournissant de l'électricité, à savoir les sociétés Gazel Energie Génération, Gazel Energie Solutions et Gazel Energie Renouvelables. Ainsi, contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier ou de la décision attaquée que l'autorité administrative n'aurait pas pris en compte les chiffres des entreprises du groupe produisant de l'électricité à partir d'énergies renouvelables sur le territoire national. Par ailleurs, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 2233-3 du code du travail précitées au point 2, et alors que le requérant se borne à évoquer " une éventuelle existence de fraude ", que l'inspecteur du travail n'a pas donné d'informations chiffrées sur la situation économique du groupe au niveau international. Par suite, le moyen doit être écarté dans toutes ses branches.
6. En troisième lieu, il n'appartenait pas à l'autorité administrative de rechercher si la situation économique de l'entreprise Gazel Energie Génération résulte d'une légèreté blâmable de l'employeur. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.
7. En quatrième lieu, le requérant soutient que l'autorité administrative n'a pas apprécié la matérialité du motif économique à la date de sa décision. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que les échanges entre l'entreprise et l'autorité administrative au sujet de la situation des producteurs d'électricité sur le territoire national se sont poursuivis jusqu'au
11 janvier 2022. D'autre part, le requérant, qui se borne à évoquer la hausse des prix de l'énergie et la nécessité de cesser les importations d'énergie, et produit des articles de presse en partie postérieurs à la décision attaquée, n'établit pas que l'autorité administrative ne se serait pas positionnée à la date de sa décision, soit le 12 janvier 2022. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En cinquième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée de la méconnaissance par son employeur de l'obligation prévue à l'article L. 2242-13 du code du travail d'engager tous les trois ans une négociation sur la gestion des emplois et des parcours professionnels ou de la possibilité de solliciter des aides d'Etat dès lors que l'autorisation de licenciement litigieuse n'est pas subordonnée au respect de cette obligation. Ainsi, le requérant ne peut en déduire que le lien entre la cause économique et le licenciement n'est pas caractérisé et le moyen doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 6321-1 du code du travail : " L'employeur assure l'adaptation des salariés à leur poste de travail () ".
10. Le requérant ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision en litige de la méconnaissance par son employeur de l'obligation prévue à l'article L. 6321-1 du code du travail d'assurer l'adaptation de ses salariés à leur poste de travail, dès lors que l'autorisation de licenciement litigieuse n'est pas subordonnée au respect de cette obligation. Par suite, le moyen doit être écarté.
11. En dernier lieu, si le requérant soutient qu'il a été victime d'une discrimination syndicale dans l'exercice de ses fonctions de représentation, il ne l'établit pas. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation qu'aurait commis l'inspecteur du travail, lequel n'a pas omis de s'assurer de l'absence d'un lien entre le licenciement du requérant et l'exercice de son mandat, doit être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquences celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la société Gazel Energie Génération au titre de ces dispositions.
Par ces motifs le tribunal décide:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Gazel Energie Génération au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la société Gazel Energie Génération et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.
Copie en sera adressée au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bories, présidente,
M. Bourragué, premier conseiller,
Mme Goudenèche, conseillère,
Assistés de Mme Nimax, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
La rapporteure,
signé
C. Goudenèche
La présidente,
signé
C. BoriesLa greffière,
signé
S. Nimax
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026