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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203571

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203571

mardi 28 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMEGHERBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2203571 enregistrée le 11 mars 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 19 avril 2022, Mme C A épouse B, représentée par Me Megherbi, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans de plein droit et à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence temporaire mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de délivrance du certificat de résidence est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien dès lors que le préfet ne pouvait exiger un visa de long séjour et elle justifie de la régularité de son séjour ;

- elle est entachée d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français doivent être annulées en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance du certificat de résidence.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête n°2203572 enregistrée le 11 mars 2022 et des pièces complémentaires enregistrées le 19 avril 2022, M. E I B, représenté par Me Megherbi, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans de plein droit et à titre subsidiaire, de lui délivrer un certificat de résidence temporaire mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de délivrance du certificat de résidence est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 7 bis b) de l'accord franco-algérien dès lors que le préfet ne pouvait exiger un visa de long séjour et elle justifie de la régularité de son séjour ;

- elle est entachée d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français doivent être annulées en conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délivrance du certificat de résidence.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement, sur proposition de la rapporteure publique, a dispensé cette dernière de présenter des conclusions sur cette affaire en application des dispositions de l'article R. 732-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme Debourg, conseillère rapporteure ;

- Et les observations de Me Megherbi, représentant M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B et son époux, M. B, ressortissants algériens nés respectivement le 11 avril 1961 et le 31 décembre 1952, sont entrés sur le territoire français le 3 mars 2020 munis d'un visa de court séjour mention " ascendant non à charge ". Le 22 décembre 2021, ils ont sollicité la délivrance de certificats de résidence mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien. Par les arrêtés du 15 février 2022 attaqués, le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de leur délivrer un certificat de résidence, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de leur renvoi et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°2203571 et n°2203572 présentées pour Mme A épouse B et M. B sont relatives à la situation d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par M. H F, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature à cette fin, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme G D, directrice des migrations et de l'intégration, consentie par un arrêté PCI n° 2022-003 du 28 janvier 2022, régulièrement publié au recueil de actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées doit être écarté comme manquant en fait.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

5. Il résulte de l'examen de l'arrêté attaqué, d'une part, que le préfet a mentionné les textes sur lesquels ces arrêtés reposent, et, d'autre part, qu'ils comportent des motifs de fait non stéréotypés, rappelant les conditions d'entrée sur le territoire français ainsi que la situation administrative, personnelle et familiale des requérants. Le préfet a également précisé les motifs pour lesquels les intéressés ne pouvaient prétendre à la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement notamment des stipulations du b) de l'article 7bis de l'accord franco-algérien ainsi que ceux pour lesquels il a estimé qu'ils ne pouvaient régulariser à titre exceptionnel la situation de M. et Mme B. Enfin, l'erreur de plume concernant le nom de Mme B n'est pas de nature à démonter une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen sera écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : / () b) À l'enfant algérien d'un ressortissant français si cet enfant a moins de vingt et un ans ou s'il est à la charge de ses parents, ainsi qu'aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge ().

7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a refusé de délivrer aux requérants un titre de séjour au motif qu'ils n'étaient pas en possession d'un visa de long séjour, dans le cadre du seul examen de sa part de la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 7b de l'accord précité à savoir portant mention " salarié ". Pour refuser de leur délivrer la carte de résident d'une durée de dix ans de séjour sollicitée, prévue par le b) de l'article 7 bis précité le préfet s'est fondé non pas sur l'absence de visa long séjour mais sur le caractère irrégulier du séjour en France des intéressés à la date de leur demande de titre. Il ressort ainsi des pièces du dossier que la durée de validité des visas des requérants prolongés jusqu'au 8 novembre 2021, avaient donc expirés le 22 décembre 2021, date à laquelle ils ont formulé leur demande de carte de résident d'une durée de dix ans. Ils ne justifiaient donc plus d'un séjour régulier sur le territoire français. Par ce seul motif, le préfet des Hauts-de-Seine a pu légalement refuser de délivrer aux requérants un certificat de résident algérien sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 bis précitées.

8. En outre, l'autorité administrative, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un certificat de résidence au bénéfice d'un ressortissant algérien qui fait état de sa qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que l'intéressé ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire. En l'espèce, il n'est pas contesté que les requérants sont entrés en France avec un visa mention " ascendant non à charge " et que M. B perçoit une pension de retraite d'un montant mensuel de 66 148,91 dinars algériens, substantiellement supérieur au salaire national minimum garanti algérien fixé à 18 000 dinars. Les requérants n'établissent pas que les ressources dont ils disposent ne suffiraient pas à subvenir à leurs besoins et ce, malgré les versements effectués par leur fille alors qu'ils résidaient en Algérie.

9. Il s'ensuit, compte tenu de ce qui a été dit aux points 7 et 8 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du b) de l'article 7 bis précitées ne peut qu'être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus / () ". Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. M. et Mme B, se prévalent de la présence sur le territoire français de leurs deux filles majeures, et notamment de leur fille de nationalité française qui les prend en charge, et de leurs petits-enfants. Toutefois compte-tenu du caractère récent de leur entrée en France et de ce qu'ils ne démontrent pas être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine où ils ont résidé jusqu'à l'âge respectif de 59 ans et 68 ans, les décisions attaquées n'ont pas porté au droit des intéressés au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée eu égard aux buts en vue desquels elles ont été prises. Dans ces conditions, les décisions attaquées ne méconnaissent ni les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne sont pas davantage entachées d'une erreur dans l'appréciation des conséquences des décisions sur leur situation personnelle.

12. Enfin M. et Mme B ne démontrent pas que les décisions portant refus de délivrance d'un certificat de résidence d'une durée de dix ans sont entachées d'illégalité. Les requérants, qui ne formulent aucun moyen propre, autre que l'annulation par voie de conséquence, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et interdiction de retour sur le territoire français, ne sont pas fondés à en demander l'annulation.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation des arrêtés du 15 février 2022 doivent être rejetées et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans les présentes instances, la partie perdante. Les conclusions présentées à ce titre par les requérants doivent, par suite, être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme A épouse B et de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et à M. E I B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 7 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Le Griel, présidente ;

Mme Colin, première conseillère ;

Mme Debourg, conseillère ;

assistées de Mme Bonfanti, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.

La rapporteure,

signé

T. Debourg

La présidente,

signé

H. Le Griel

La greffière,

signé

D. Bonfanti

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation, la greffière

N°2203571, 220357

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