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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203721

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203721

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203721
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème Chambre
Avocat requérantDUBOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 et 25 mars 2022, Mme B A, représentée par Me Dubois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter de cette notification et de réexaminer sa situation, et en cas d'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français, d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de huit jours à compter de cette notification ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 440 euros TTC au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble : il est entaché d'incompétence ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- le préfet des Hauts-de-Seine s'est mépris sur l'étendue de sa propre compétence en se croyant à tort lié par l'avis de la DIRECCTE, et a ainsi entaché la décision litigieuse d'erreur de droit ;

- il a commis une erreur manifeste en appréciant sa situation personnelle au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, qui la fonde ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et professionnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement : elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, qui la fondent ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français, qui la fondent ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mai 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tunisienne née le 25 mai 1992, demande l'annulation de l'arrêté du 15 février 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. " Il y a lieu, dès lors qu'il n'a pas encore été statué sur la demande d'aide juridictionnelle formée par Mme A, de l'admettre d'office au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Mme A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait, dès lors que le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'elle travaillait de manière sporadique et était dépourvue d'emploi à la date de sa décision. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à compter d'août 2019 elle a occupé les fonction d'agent de restauration dans un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes de Boulogne-Billancourt, où elle a été employée à plein temps à partir d'octobre 2019, et que le 1er mars 2021 elle a signé un contrat à durée indéterminée pour cet emploi. Elle produit son bulletin de salaire pour le mois de janvier 2022, dernier mois complet d'activité avant la décision attaquée. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché ses décisions d'erreur de fait et, pour ce motif et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de sa requête, à obtenir l'annulation de l'arrêté du 15 février 2022 en l'ensemble de ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Les motifs du présent jugement impliquent seulement d'une part qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de Mme A, et d'autre part d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16- du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais de l'instance :

5. Dès lors que Mme A a formé une demande d'aide juridictionnelle et s'en est vue reconnaître le bénéfice à titre provisoire, il n'y a pas lieu de faire droit à ses conclusions formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 15 février 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de Mme A et d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient

Mme Van Muylder, présidente,

Mme C et M. D, premiers conseillers,

assistés de Mme Lefebvre, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

Le rapporteur,

signé

G. DLa présidente,

signé

C. Van MuylderLa greffière,

signé

S. Lefebvre

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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