Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203726

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203726
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantABDENNOUR

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a examiné la requête de Mme B, ressortissante haïtienne, qui contestait le classement sans suite de ses demandes de renouvellement de carte de résident par le préfet des Hauts-de-Seine. En cours d'instance, le préfet a délivré à l'intéressée une nouvelle carte de résident valable dix ans. Par conséquent, le tribunal a constaté que les conclusions en annulation étaient devenues sans objet et n'a pas statué sur les moyens soulevés, notamment ceux tirés de la méconnaissance des articles L. 431-3 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 mars 2022, 11 décembre 2023 et 30 mai 2024, Mme A B, représentée par Me Abdennour, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions des 18 février et 4 août 2021, et 17, 19 et 25 janvier 2022 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de ses demandes de renouvellement de carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de résident ou à tout le moins un récépissé de demande de renouvellement de carte de résident portant autorisation de travail dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- les décisions en litige ont été prises par une autorité incompétente au regard des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont insuffisamment motivées au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure dès lors que l'administration ne l'a pas invitée à compléter sa demande avant de classer sans suite celle-ci au motif que son dossier était incomplet ;

- elles méconnaissent les dispositions des articles L. 431-3 et R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle a déposé un dossier complet à plusieurs reprises puisque l'acte de naissance n'est pas au nombre des pièces à fournir dans le cadre d'une demande de renouvellement de carte de résident selon l'annexe 10 dudit code, que les actes de naissance haïtiens ne sont délivrés qu'une seule fois et que l'administration ne lui a pas demandé de compléter son dossier ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que l'acte de naissance n'est pas au nombre des pièces obligatoires à produire lors d'une demande de renouvellement de carte de résident ;

- elles sont dépourvues d'examen réel et sérieux dès lors que ses diverses demandes, correspondances et de transmission de pièces n'ont pas été prises en compte ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'administration a refusé de lui octroyer une carte de résident ou un récépissé de demande de renouvellement de carte de séjour ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'une carte de résident est renouvelable de plein droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir qu'une carte de résident valable du 28 novembre 2022 au 27 novembre 2032 été délivrée à l'intéressée.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Cuisinier-Heissler a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante haïtienne, née le 24 juin 1972, bénéficiait d'une carte de résident valable du 9 août 2011 au 8 août 2021 et en a sollicité le renouvellement à plusieurs reprises les 18 février et 4 août 2021, et les 16, 18 et 25 janvier 2022. Dans le cadre de la procédure dématérialisée d'instruction, toutes ses demandes de renouvellement de carte de résident ont été classées sans suite. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler les décisions précitées par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de ses demandes de renouvellement de carte de résident.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 6 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis Mme A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine a délivré à Mme B une carte de résident valable du 28 novembre 2022 au 27 novembre 2032, postérieurement à l'introduction de la requête. Dans ces conditions, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation des décisions des 18 février et 4 août 2021, et 17, 19 et 25 janvier 2022 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de ses demandes de renouvellement de carte de résident sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

4. Eu égard à ces motifs, le présent jugement n'implique aucune mesure d'injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, à verser au conseil de Mme B, Me Abdennour, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de Mme A B.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur Les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation des décisions des 18 février et 4 août 2021, et 17, 19 et 25 janvier 2022 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine a procédé au classement sans suite de ses demandes de renouvellement de carte de résident.

Article 3 : L'Etat versera à Me Abdennour une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve d'une renonciation expresse de celui-ci au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Abdennour et au préfet des Hauts-de-Seine.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,

Mme Saïh, première conseillère,

Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

S. Cuisinier-HeisslerLe président,

Signé

T. BertonciniLa greffière,

Signé

N. Magen

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.