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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203743

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203743

lundi 21 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantSEMAK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 15 mars 2022 et 1er juin 2023, M. C A, représenté par Me Semak, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 15 mars 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge a rejeté sa demande tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif, à compter du 30 septembre 2020, date de l'enregistrement de sa demande d'asile en procédure normale, ou, à titre subsidiaire, à compter du 15 janvier 2021, date de sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil, et ce jusqu'au 30 septembre 2021, soit le dernier jour du mois suivant la notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile lui reconnaissant la qualité de réfugié, dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 2 400 euros toutes taxes comprises, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'il n'a bénéficié d'aucune évaluation, dans une langue qu'il comprend, de sa vulnérabilité par un agent de l'OFII et, d'autre part, qu'il n'a pas été informé, dans une langue qu'il comprend, des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions relatives au droit à des conditions matérielles d'accueil et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 mai et 9 juin 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision en date du 29 novembre 2021 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 2 juillet 1987, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 21 mai 2019 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture des Yvelines. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Par un arrêté du 4 juillet 2019, le préfet des Yvelines a prononcé son transfert vers l'Italie. Après l'avoir informé, par un courrier du 22 novembre 2019, de son intention de suspendre les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait et l'avoir invité à présenter ses observations dans un délai de quinze jours, la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge lui a suspendu, par une décision du 26 juin 2020, le bénéfice de ces conditions au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités. A l'expiration du délai de transfert, M. A s'est présenté auprès des services préfectoraux et sa demande d'asile a été enregistrée en procédure dite " normale " le 30 septembre 2020. Par un courrier du 15 janvier 2021, il a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil, demande qui a été rejetée par une décision du 15 mars 2021 de la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ". Le bénéfice de l'aide juridictionnelle a été accordé à M. A par une décision du 29 novembre 2021. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. M. A ayant été initialement admis au bénéfice des conditions matérielles d'accueil le 21 mai 2019, sa situation est notamment régie par l'articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction issue de la loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018. Si dans sa décision du 31 juillet 2019, Association La Cimade et autres, n° 428530, 428564, le Conseil d'État a jugé que ces articles, qui créaient des cas de refus et de retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil sans appréciation des circonstances particulières et excluaient, en cas de retrait, toute possibilité de rétablissement de ces conditions, étaient partiellement incompatibles avec la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, il a également jugé que, dans l'attente de leur modification par le législateur, il reste néanmoins possible à l'OFII de refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. Si le bénéfice des conditions matérielles d'accueil a été suspendu, le demandeur d'asile peut en demander le rétablissement à l'Office, qui devra apprécier la situation particulière du demandeur à la date de la demande de rétablissement au regard notamment de sa vulnérabilité, de ses besoins en matière d'accueil ainsi que, le cas échéant, des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acceptation initiale des conditions matérielles d'accueil.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / () ".

5. En l'espèce, d'une part, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile en guichet unique le 20 mai 2019, M. A a, le même jour, bénéficié d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité, lequel a été mené par un agent de l'OFII comme en atteste le formulaire d'offre de prise charge ainsi que l'attestation sur l'honneur qu'il a signé et que produit le directeur général de l'OFII en défense. A cet égard, la circonstance que ces documents ne mentionnent pas qu'il ait été entendu en présence d'un interprète et informé des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil est sans incidence sur la légalité de la décision en litige lui refusant le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. D'autre part, si l'article L. 744-6 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'OFII ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, ces dispositions ne sauraient être lues comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu pour l'instruction d'une demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil lorsque celles-ci ont été suspendues ou retirées. Enfin, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier, que la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge se serait abstenue d'examiner la situation de vulnérabilité de M. A avant de refuser de rétablir les conditions matérielles d'accueil dont il avait antérieurement bénéficié. Par suite, les moyens tirés de ce que cette décision aurait été édictée au terme d'une procédure irrégulière en l'absence d'évaluation de sa vulnérabilité par un agent de l'OFII et d'information sur les conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil dans une langue qu'il comprend doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, les articles L. 744-1 et L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'État n° 428530 en date du 31 juillet 2019, point 18, mentionne que l'intéressé a fait l'objet d'une suspension de ses conditions matérielles d'accueil et que les motifs qu'il évoque à l'appui de sa demande de rétablissement ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il a consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Elle énonce enfin qu'après avoir procédé à un examen de sa situation personnelle et familiale, il n'est pas possible de donner une suite favorable à sa demande. Ainsi, cette décision comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée rappelée au point précédent ni des autres pièces du dossier qu'avant de refuser de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. A, le directeur territorial de l'OFII à Montrouge n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle au regard notamment de sa vulnérabilité. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

8. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 5, que la vulnérabilité de M. A été évaluée par un agent de l'OFII lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 21 mai 2019. La copie d'écran du formulaire renseigné à cette occasion, qui identifie l'intéressé par ses nom, prénom et numéro d'enregistrement, produite par le directeur général de l'OFII en défense ne fait pas apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. En outre, si le requérant, qui était âgé de trente-trois ans à la date de la décision attaquée, soutient à l'appui de son recours qu'il souffre de douleurs musculaires qui nécessitent un traitement et un suivi médical, les documents médicaux qu'il produit, à savoir quelques ordonnances médicales et un résultat d'analyse sanguine, ne permettent pas d'établir qu'il se trouvait dans une situation de particulière vulnérabilité. Par ailleurs, il ne justifie pas des raisons pour lesquelles il est resté sans attestation de demandeur d'asile valide entre le 16 octobre 2019 et le 30 septembre 2020, date de la demande de renouvellement de cette attestation auprès du préfet des Yvelines, alors même que le défaut de validité de l'attestation de demande d'asile entraîne, en principe, la suspension des droits à l'allocation. En outre, il ne fournit pas davantage de précisions sur sa situation et ses conditions de vie entre la date de suspension de ses conditions matérielles d'accueil, décision qu'il n'a au demeurant pas contestée, et sa demande de rétablissement. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaitrait les dispositions relatives au droit à des conditions matérielles d'accueil issues de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 15 mars 2021 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. Weiswald et Mme D, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 août 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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