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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2203902

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2203902

jeudi 27 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2203902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème Chambre
Avocat requérantORHANT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 mars 2022 et 20 avril 2022, M. C B, représenté par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 19 janvier 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) à Montrouge a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur général de l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile, à titre rétroactif depuis sa suspension, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, s'il n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle de lui verser directement la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors, d'une part, qu'il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations avant son édiction et, d'autre part, qu'il n'a pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il s'est présenté à l'ensemble des entretiens auxquels il a été convoqué en préfecture ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 mai 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise.

Vu :

- l'ordonnance n° 2203909 du 19 avril 2022 du juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Weiswald a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant pakistanais né le 14 janvier 1993, a présenté une demande d'asile qui a été enregistrée le 14 février 2019 en procédure dite " Dublin " par les services de la préfecture des Yvelines. Le même jour, il a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et en a bénéficié à compter de cette date. Après avoir fait l'objet d'un arrêté de transfert, l'intéressé a été déclaré en fuite en raison de sa non-présentation aux autorités chargées de l'asile les 22 et 28 août 2019. Par une décision du 4 septembre 2019, la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. A l'expiration du délai de transfert, M. B s'est présenté auprès des services de la préfecture et sa demande d'asile a été enregistrée en procédure accélérée le 23 août 2021. Sa demande tendant au rétablissement des conditions matérielles d'accueil a été rejetée par une décision du 19 janvier 2022 de la directrice territoriale de Montrouge de l'OFII. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Par une décision du 26 septembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Pontoise a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision attaquée a été prise à la suite d'une demande présentée par M. B, l'intéressé pouvant, à l'occasion de celle-ci, faire valoir à l'autorité administrative l'ensemble des observations qu'il estime utile. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure, faute d'avoir été prise à la suite d'une procédure contradictoire, est inopérant et ne peut, par suite, qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile en guichet unique le 14 février 2019, M. B a bénéficié, le même jour, d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité, lequel a été mené par un agent de l'OFII, avec l'assistance d'un interprète, comme en atteste le formulaire d'offre de prise charge qu'il a signé et que produit le directeur général de l'OFII en défense. En outre, la situation de vulnérabilité de l'intéressé a de nouveau été évaluée lors d'entretiens réalisés par des agents de l'OFII les 23 août et 15 décembre 2021 ainsi que par le médecin coordonnateur de la zone Île-de-France de l'OFII. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il n'aurait pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa situation de vulnérabilité avant l'intervention de la décision attaquée.

6. En troisième lieu, la décision en litige, qui vise notamment les dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que la décision du Conseil d'État n° 428530 en date du 31 juillet 2019, point 18, mentionne que l'intéressé a fait l'objet d'une suspension de ses conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités chargées de l'asile et que les motifs qu'il évoque à l'appui de sa demande de rétablissement ne justifient pas des raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il a consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII. Elle énonce enfin qu'après avoir procédé à un examen de sa situation personnelle et familiale, il n'est pas possible de donner une suite favorable à sa demande. Ainsi, cette décision comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ".

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. B, célibataire et âgé de vingt-neuf ans à la date de la décision contestée, dont la situation a été évaluée lors de son passage en guichet unique le 14 février 2019, a bénéficié préalablement à la décision litigieuse, de deux entretiens visant à réévaluer de vulnérabilité qui ont été réalisés par des agents de l'OFII les 23 août et 15 décembre 2021. En outre, la situation de l'intéressé, qui se borne à produire à l'appui de son recours un certificat médical daté du 12 novembre 2021 mentionnant qu'il nécessite des soins longs, a également été évaluée par le médecin coordonnateur de la zone Île-de-France de l'OFII qui, dans son avis rendu par le 18 février 2022, a indiqué que son état de santé ne justifiait pas une priorité pour un hébergement. Par ailleurs, alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant est hébergé par un compatriote, l'intéressé ne fournit aucune précision sur sa situation et ses conditions de vie entre la date à laquelle les conditions matérielles d'accueil lui ont été suspendues et la date laquelle il a sollicité leur rétablissement ainsi que sur les raisons pour lesquelles il ne s'est pas manifesté auprès des autorités au cours de cette période. Enfin, en se bornant à soutenir qu'il a rempli toutes ses obligations et s'est rendu à l'intégralité des convocations qui lui ont été adressées, M. B ne conteste pas sérieusement les éléments produits par l'OFII et transmis par la préfecture des Yvelines en défense selon lesquels il a été déclaré en fuite pour s'être abstenu de se présenter aux autorités chargées de l'asile, faisant ainsi obstacle à son transfert. Ainsi, au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'OFII aurait entaché la décision attaquée d'une erreur de droit au regard des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en date du 19 janvier 2022 par laquelle la directrice territoriale de l'OFII à Montrouge lui a refusé le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président, M. D et M. Weiswald, premiers conseillers.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

J.-B. Weiswald

Le président,

signé

R. FéralLa greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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