vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2204061 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CABINET ENJEA AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 17 mars 2022, les 8 mars, le 7 septembre et le 27 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Philippe Hansen, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2022 par lequel le maire de la commune de Rueil-Malmaison a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif en vue de la modification de la toiture d'une maison individuelle et portant création d'une surface de plancher de 355 m2 pour une surface totale de 398 m2 sur un terrain situé 7 rue Haute à Rueil-Malmaison ;
2°) d'enjoindre au maire de la commune de Rueil-Malmaison de lui délivrer le permis de construire modificatif demandé ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Rueil-Malmaison une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article UA11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rueil-Malmaison relatif à l'aspect extérieur des constructions et à l'aménagement de leurs abords ;
- la substitution de motif demandée par le maire de Rueil-Malmaison ne peut être accueillie dès lors que le projet est conforme aux dispositions de l'article UA10.1.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune relatif à la hauteur maximale autorisée des constructions.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 janvier, 9 mars et 14 septembre 2023, la commune de Rueil-Malmaison, représentée par Me Cotillon, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 4 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés et demande au tribunal de procéder à une substitution de motif tiré de la méconnaissance de l'article UA10.1.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rueil-Malmaison relatif à la hauteur maximale autorisée des constructions.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beauvironnet,
- les conclusions de Mme Garona, rapporteure publique,
- et les observations de Me Marx, représentant M. A, et de Me Deloum, représentant la commune de Rueil-Malmaison.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 27 juin 2018, le maire de la commune de Rueil-Malmaison a délivré à M. A un permis de construire en vue de surélever, restructurer et agrandir sa maison située 7 rue haute à Rueil-Malmaison par la démolition d'une partie du bâtiment existant. M. A a déposé le 21 décembre 2021, une demande de permis de construire en vue de la modification de la toiture et la création d'une terrasse. Par un arrêté du 24 janvier 2022, le maire lui en a refusé la délivrance. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article UE11.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rueil-Malmaison : " () Le Permis de Construire peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales sur les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrage à édifier ou à modifier, sont de natures à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales (Art. R. 111-21 du Code de l'Urbanisme). () 1.1- Toute construction, agrandissement, restauration ou aménagement d'immeuble doit être conçue en fonction du caractère du site de façon à s'harmoniser avec son environnement architectural et paysager. () ".
3. Pour rechercher l'existence d'une atteinte à un paysage naturel ou urbain de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il appartient à l'administration d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site naturel ou urbain sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le maire de la commune de Rueil-Malmaison a refusé de délivrer le permis de construire modificatif litigieux au motif que le projet, qui propose de remplacer la toiture régulière d'une maison ancienne de caractère par " un volume dissymétrique en zinc précédé par une terrasse accessible très visible depuis l'espace public, ce qui rompt l'unité architecturale du bâtiment et nuit à son intégration dans le centre historique ", méconnait les dispositions de l'article UA 11.1 précité du règlement du plan local d'urbanisme.
5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le site dans lequel se situe le projet est caractérisé par la présence de maisons de ville datant de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle, rattachées au centre historique de Rueil-Malmaison et d'immeubles collectifs de quatre étages et plus, de construction récente et sans charme particulier, rattachés à la première couronne du centre historique. Les lieux avoisinants le terrain d'assiette du projet sont ainsi constitués de constructions hétérogènes, comportant des toitures en zinc à la Mansard, en tuiles à deux ou quatre pentes, ou encore des toitures-terrasses.
6. D'autre part, le projet querellé prévoit la modification de la toiture d'une maison ancienne de caractère en une toiture comportant une moitié sud-est mansardée, une moitié nord-ouest en mono-pente, ainsi qu'une terrasse côté rue. Cette terrasse, construite en R+3 et en retrait de la façade, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, ne porte pas atteinte au caractère des lieux avoisinants. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le maire de la commune de Rueil Malmaison ne pouvait se fonder sur ce motif pour refuser de lui délivrer le permis de construire modificatif sollicité .
Sur la substitution de motif demandée en défense par la commune :
7. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Aux termes de l'article UA10.1.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Rueil-Malmaison : " En zone UAa et UAe (H=L). / La hauteur maximale (H) d'une construction doit être au plus égale à la distance la plus courte entre tout point de la construction et : - Soit l'alignement* des voies publiques actuelles ou futures opposé (L). / - Soit la limite d'emprise des voies privées opposée (L). ".
9. Il résulte de l'instruction et notamment du plan de masse que la distance entre la construction litigieuse et l'alignement opposé de la rue Haute est de 7, 97 mètres et que celle entre la maison et la limite d'emprise opposée de la ruelle du Prieuré est d'environ 3, 37 mètres. Par suite, le projet qui a pour effet de porter la hauteur initiale du bâtiment de 10,20 à 11,20 mètres méconnait l'article UA10.1.1.1 du règlement du plan local d'urbanisme, et au demeurant en agrave le non-respect. Il s'ensuit que cette substitution de motifs demandée par la commune de Rueil-Malmaison, qui ne prive le requérant d'aucune garantie doit être accueillie.
10. Il résulte de ce qui précède que, pour ce seul motif, le maire de la commune de Rueil-Malmaison pouvait refuser à M. A la délivrance du permis de construire modificatif sollicité. Par suite, les conclusions en annulation de M. A doivent être rejetées et par voie de conséquence ses conclusions en injonction.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rueil-Malmaison, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par la commune de Rueil-Malmaison au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au maire de la commune de Rueil-Malmaison.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Edert, présidente,
Mme Chaufaux, première conseillère,
Mme Beauvironnet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
E. Beauvironnet
La présidente,
S. Edert
La greffière,
S. Le Gueux
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2204061
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