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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204071

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204071

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCHERMAK ELIAKIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 mars 2022 et 14 février 2023, M. A B, représenté par Me Eliakim et Me Chermak-Felonneau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé à son encontre une interdiction temporaire d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée dès lors qu'elle ne comporte pas de mentions des agissements justifiant l'interdiction temporaire et des faits retenus contre lui ;

- elle est entachée de vices de procédure, ayant été prise en l'absence de procédure contradictoire et sans consultation préalable de la commission compétente alors qu'il n'y avait aucune urgence à le sanctionner ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle le considère comme un danger pour la santé et la sécurité des pratiquants, alors que les faits qui lui sont reprochés sont anciens, isolés et contestés et que de nombreux témoignages contredisent le fait qu'il aurait tenu des propos sexistes, racistes et homophobes et qu'il aurait eu un comportement déplacé envers ses élèves.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par une ordonnance du 15 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 3 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du sport ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendues au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteagle, rapporteure,

- les conclusions de M. Lebdiri, rapporteur public,

- et les observations de Me Chermak, représentant M. B.

1. M. B, titulaire d'un diplôme d'État de la jeunesse, de l'éducation populaire et du sport, spécialisé dans l'escrime, est employé depuis le 1er septembre 2003 au sein de l'association Levallois Sporting Club dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée en qualité de maître d'armes. Par un arrêté du 2 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise a prononcé en urgence à l'encontre de M. B une interdiction d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pendant une durée de six mois. Par la présente requête, ce dernier demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code du sport : " I.- Seuls peuvent, contre rémunération, enseigner, animer ou encadrer une activité physique ou sportive ou entraîner ses pratiquants, à titre d'occupation principale ou secondaire, de façon habituelle, saisonnière ou occasionnelle, sous réserve des dispositions du quatrième alinéa du présent article et de l'article L. 212-2 du présent code, les titulaires d'un diplôme, titre à finalité professionnelle ou certificat de qualification professionnelle () ". Aux termes de l'article L. 212-13 de ce même code du sport : " L'autorité administrative peut, par arrêté motivé, prononcer à l'encontre de toute personne dont le maintien en activité constituerait un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants l'interdiction d'exercer, à titre temporaire ou définitif, tout ou partie des fonctions mentionnées à l'article L. 212-1. L'autorité administrative peut, dans les mêmes formes, enjoindre à toute personne exerçant en méconnaissance des dispositions du I de l'article L. 212-1 et de l'article L. 212-2 de cesser son activité dans un délai déterminé. Cet arrêté est pris après avis d'une commission comprenant des représentants de l'État, du mouvement sportif et des différentes catégories de personnes intéressées. Toutefois, en cas d'urgence, l'autorité administrative peut, sans consultation de la commission, prononcer une interdiction temporaire d'exercice limitée à six mois () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le club employeur de M. B a opéré un signalement auprès du préfet le 30 septembre 2021, rapportant des faits qui se seraient déroulés entre 2014 et 2017 au sein de son club, sur la foi de témoignages de trois personnes se présentant comme victimes du requérant et faisant état d'une tentative d'agression sexuelle, de participation à des bizutages, de la tenue récurrente de propos à connotation raciste ou sexiste et, de manière générale, d'un comportement déplacé dans l'exercice de ses fonctions de maître d'armes au sein de ce club sportif. Toutefois, il ne ressort ni des termes de ce signalement, ni de l'enquête administrative menée par la suite par la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations du Val-d'Oise entre le 30 septembre 2021 et le 2 mars 2022 que ce type d'agissement se soit poursuivi après la fin de l'année 2017, les faits d'harcèlement sexuel remontant quant à eux à l'année 2014. Il ressort d'ailleurs de ces mêmes pièces que la commission de discipline de la Fédération française d'escrime, saisie le 9 octobre 2021 par le club employeur du requérant, a décidé le 8 décembre 2021 de ne pas poursuivre M. B au motif que les faits imputés à l'intéressé étaient prescrits et que le parquet du tribunal judiciaire de Nanterre, saisi par l'employeur du requérant, a, le 28 octobre 2021, classé sans suite les faits au motif que l'infraction n'était pas suffisamment caractérisée. Par ailleurs, M. B justifie avoir exercé sans incident rapporté son activité professionnelle pendant quatre années après les faits qui lui sont imputés tout en apportant de nombreux témoignages récents de moralité de pratiquants dont il a la charge.

4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les faits relevés à l'encontre de M. B, au regard de leur nature et de leur ancienneté, ne sauraient établir que son maintien en activité constituerait, à la date de la décision attaquée, un danger pour la santé et la sécurité physique ou morale des pratiquants. Dès lors, en décidant, comme il l'a fait par un arrêté du 2 mars 2022, d'interdire à l'intéressé d'exercer ses fonctions, le préfet du Val-d'Oise a commis une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 212-13 du code du sport.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction temporaire d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pour une durée de six mois doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à M. B, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : L'arrêté du 2 mars 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction temporaire d'exercer les fonctions mentionnées à l'article L. 212-1 du code du sport pour une durée de six mois est annulé.

Article 2 : L'État versera la somme de 1 500 euros à M. B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à la ministre des sports et des Jeux olympiques et paralympiques.

Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Van Muylder, présidente,

Mme Monteagle et M. C, premiers conseillers,

Assistés de Mme Nimax, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023

La rapporteure,

signé

M. Monteagle La présidente,

signé

C. Van Muylder La rapporteure,

M. Monteagle La présidente,

C. Van Muylder

La greffière,

signé

S. Nimax

La République mande et ordonne à la ministre des sports et des Jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204071

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