mardi 15 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2204125 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | ESTEVENY |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance en date du 22 mars 2022, le tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête et les mémoires présentés par M. F E A D et enregistrés au greffe de ce tribunal les 15, 17 et 18 mars 2022.
Par ces écritures, M. E A D, représenté par Me Esteveny, demande au tribunal :
1°) d'ordonner la production de son entier dossier par l'administration ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation pour une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des articles
L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Esteveny sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision est signée par une autorité incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnait son droit à être entendu ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnait l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- la décision est signée par une autorité incompétente ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnait l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision est insuffisamment motivée ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnait son droit à être entendu ;
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant l'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
- la décision est signée par une autorité incompétente ;
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité entachant les décisions d'obligation de quitter le territoire français et de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 18 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant portugais né le 15 novembre 1984, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 mars 2022 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin de production du dossier du requérant :
2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".
3. En l'espèce, le préfet des Hauts-de-Seine a produit les pièces relatives à la situation administrative de M. A D. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Dès lors, il n'apparaît pas nécessaire d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
4. Par un arrêté n°2021-075 du 1er décembre 2021 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 6 décembre suivant, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à M. C, adjoint au chef du bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai, les décision fixant le pays de renvoi et les décision portant interdiction de circulation sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant des moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut particulier d'examen de sa situation :
5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () ".
6. La décision en litige, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. A D, qui vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état des faits à l'origine de son interpellation le 14 mars 2022, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant refus de titre de séjour manque en fait et doit être écarté, ainsi que pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu :
7. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
8. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
9. Le requérant soutient s'être vu notifier l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans qu'il ne soit auditionné sur son droit au séjour avant que ne soit prise à son encontre la décision en litige. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant était placé en garde à vue le 14 mars 2022 à 13 h 10 et a été placé en rétention administrative le 15 mars suivant, dont il est d'ailleurs sorti le 17 mars 2022, sur décision du juge des libertés et de la détention du même jour. Il ressort des pièces produites que l'intéressé a été entendu à l'occasion de sa garde à vue sur les conditions de son séjour, l'officier de police judiciaire lui ayant demandé de décrire les conditions de son entrée en France, de préciser la durée de son séjour, ainsi que de sa situation personnelle, professionnelle et économique. Le requérant ne saurait, dès lors, soutenir qu'il n'a pas été entendu et qu'il n'a pas eu la possibilité, à l'occasion de ses déclarations aux services de police, de faire état des observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le principe général du droit d'être entendu, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, a été méconnu.
S'agissant du moyen tiré de l'erreur de fait :
10. M. A D soutient que la décision en litige serait entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle fait état d'infractions qui n'ont donné lieu à aucune condamnation. Toutefois, il ressort des termes mêmes de cette décision que le préfet des Hauts-de-Seine s'est borné à énumérer les infractions pénales pour lesquelles le requérant avait été interpellé ou fait l'objet d'une signalisation, tout en précisant que ces derniers n'avaient donné lieu à aucune condamnation. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
11. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".
12. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
13. Pour caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le préfet des Hauts-de-Seine fait valoir que M. A D a été interpellé le 14 mars 2022 pour violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité, faits que l'intéressé a reconnus lors de son audition du même jour. Il ressort des pièces du dossier qu'il avait déjà été signalisé pour les mêmes faits le 26 juillet 2018, ainsi qu'à douze reprises entre 2007 et 2017 pour des faits de violences volontaires réciproques, dégradations volontaires de biens privés, tentatives d'homicides, infractions à la législation sur les stupéfiants, destructions et dégradations de biens privés, destructions et dégradations de biens publics, vols avec armes blanches ou par destination, menaces ou chantages, viols sur des personnes majeures, tentatives de vol en réunion et rébellion. Il ressort également des pièces du dossier que M. A D, qui a déclaré lors de son audition par les services de polices avoir cessé de travailler, n'apporte pas d'éléments permettant d'établir qu'il justifiait à la date de l'arrêté attaqué, d'une particulière insertion professionnelle sur le territoire français. De plus, l'intéressé ne justifie pas d'une résidence pérenne dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que M. A D vit chez sa compagne, elle-même sous le coup d'une procédure d'expulsion de son logement. Dans ces conditions, et alors même que M. A D n'avait pas fait l'objet de poursuites pénales à la date de la décision contestée, le préfet des Hauts-de-Seine, en prenant l'obligation de quitter le territoire français au motif que son comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
14. Aux termes de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 251-1 les citoyens de l'Union européenne ainsi que les membres de leur famille qui bénéficient du droit au séjour permanent prévu par l'article L. 234-1. ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. () ". Aux termes de l'article L 234-2 du code précité : " Une absence du territoire français pendant une période de plus de deux années consécutives fait perdre à son titulaire le bénéfice du droit au séjour permanent. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".
15. En l'espèce, M. A D soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors qu'étant arrivé en France en 2004 et ayant travaillé pendant quinze ans, il est titulaire d'un droit au séjour permanent. Toutefois, il ne verse à l'instance aucune pièce de nature à établir ces allégations. Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant des moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle :
16. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
17. Il ressort des pièces du dossier que M. A D n'établit pas la réalité et la continuité de son séjour en France depuis son entrée alléguée en 2004. Par ailleurs, si l'intéressé a déclaré aux services de police vivre en concubinage avec une ressortissante française depuis 2017, il ne justifie pas d'une communauté de vie ancienne, stable et intense avec celle-ci et ne saurait en tout état de cause faire valoir cette relation, alors qu'il a été interpellé pour des faits de violences envers sa compagne, comme il a été dit au point 14. En outre, le requérant, qui n'établit pas être inséré professionnellement ou socialement en France, ne démontre pas être isolé dans son pays d'origine dans lequel il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt ans. Enfin, si l'intéressé fait valoir qu'il est atteint d'une maladie psychiatrique, il n'établit ni même n'allègue qu'il ne pourrait bénéficier au Portugal d'un suivi adapté à sa pathologie. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels a été pris l'arrêté en litige et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, les moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
S'agissant des moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut particulier d'examen de sa situation :
18. Aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
19. La décision en litige, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. A D, qui vise notamment l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que la gravité et la répétition des faits commis par M. A D et leur risque de récidive caractérisent une urgence à l'éloigner, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire manque en fait et doit être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité :
20. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré de l'erreur de fait :
21. M. A D soutient que la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'un erreur de fait dès lors qu'il n'a pas commis les faits pour lesquels il a été signalisé. Toutefois, si les faits listés dans le rapport dactyloscopique n'ont pas, en l'état de l'instruction, donné lieu à des condamnations, ils attestent néanmoins de ce que M. A D a été signalisé à de très nombreuses reprises par les services de police dans le cadre de crimes et de délits depuis l'année 2007. Il ressort également du procès-verbal d'audition, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A D a reconnu avoir commis les faits de violence envers sa concubine en mars 2022. Dans ces conditions, le préfet des Hauts-de-Seine n'a pas commis d'erreur de fait en retenant qu'il y avait urgence à l'éloigner sans délai du territoire français " eu égard à la nature des faits commis, de leur répétition, et du risque de récidive ". Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant des moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision sur sa situation personnelle :
22. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
23. Au regard des éléments exposés au point 14, notamment de leur gravité, ainsi que du fait que M. A D n'établit ni même n'allègue ne pas pouvoir bénéficier au Portugal d'un suivi psychiatrique adapté, le préfet des Hauts-de-Seine a pu, sans méconnaître les stipulations précitées de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, considérer qu'il y avait urgence à éloigner M. A D du territoire français afin de prévenir la réitération de ses comportements et refuser ainsi de lui accorder un délai de départ volontaire.
S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
24. M. A D, qui soutient que la décision en litige méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
S'agissant des moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut particulier d'examen de sa situation :
25. La décision en litige, qui n'avait pas à reprendre tous les éléments de la situation personnelle de M. A D, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 261-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de renvoi manque en fait et doit être écarté, ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.
S'agissant du moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu :
26. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, ce moyen doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité :
27. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité :
28. Il résulte de ce qui précède que M. A D n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français ou celle refusant l'octroi d'un délai de départ sont illégales. Dès lors, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, soulevé, par la voie de l'exception, à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français, doit être écarté.
S'agissant du moyen tiré de l'erreur de fait :
29. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 22, ce moyen doit être écarté.
S'agissant des moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation de la décision sur sa situation personnelle :
30. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "
31. Pour assortir la mesure d'éloignement d'une décision d'interdiction de circulation d'une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine a, à bon droit, tenu compte du comportement de M. A D et du fait qu'il n'était pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressé ne peuvent qu'être écartés.
32. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A D doivent être rejetées.
Sur les conclusions accessoires :
33. Par voie de conséquence du rejet des conclusions à fin d'annulation, les conclusions de M. A D présentées en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F E A D et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Coblence, présidente,
Mme Fléjou, première conseillère,
M. Goupillier, conseiller,
assistés de Mme Charleston, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2022.
La rapporteure,
signé
V. B
La présidente,
signé
E. Coblence
La greffière,
signé
D. Charleston
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2204125
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026