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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2204200

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2204200

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2204200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBEAUMONT SERDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mars 2022, M. B A, représenté par Me Beaumont-Serda, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 janvier 2022 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Par un mémoire en défense enregistré le 5 décembre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Froc, conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 1er octobre 1978, a sollicité le 3 février 2020 auprès de la préfecture du Val-d'Oise le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet du Val-d'Oise, par un arrêté en date du 26 janvier 2022, rejeté cette demande, au motif que l'intéressé représentait une menace pour l'ordre public. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions légales et conventionnelles sur lesquelles il se fonde, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il décrit la situation de M. A, en se référant, en particulier, à sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à sa situation personnelle. Il indique notamment que l'intéressé a été condamné à de multiples reprises entre 1997 et 2019 pour des vols, des violences, des infractions routières et des délits de prises du nom d'un tiers. Il souligne, enfin, que le requérant ne peut être regardé comme répondant à des considérations humanitaires justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, cette décision est suffisamment motivée au regard des exigences posées par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, dont le respect s'apprécie indépendamment des motifs retenus.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Val-d'Oise, qui n'avait pas à reprendre, au sein de sa décision, tous les éléments caractérisant la situation personnelle de M. A, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation avant d'édicter à son encontre la décision en litige.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A soutient être présent en France depuis l'âge de trois ans et y avoir installé le centre de sa vie privée et familiale dès lors qu'y résident ses deux enfants de nationalité française nés en 2005 et 2006 ainsi que sa concubine. Toutefois, en se bornant à produire une simple attestation d'hébergement de la personne présentée comme sa concubine, il ne justifie pas d'une communauté de vie. En outre, il ne démontre pas exercer l'autorité parentale à l'égard de ses enfants, dont il ne prouve par ailleurs, la filiation que pour l'un d'entre eux, ou subvenir effectivement à leurs besoins, reconnaissant, au demeurant, devant la commission du titre de séjour, ne plus avoir de contact avec l'enfant le plus âgé. Par ailleurs, s'il soutient que ses parents et frères et sœurs vivent en France, il ne démontre pas l'intensité des liens qu'il entretient avec eux et n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Enfin, le préfet du Val-d'Oise a relevé, sans que cela ne soit contesté par le requérant, que le casier judicaire de M. A faisait l'objet de vingt et une mentions entre 1997 et 2019, pour des faits de " vol avec destruction ", " vol aggravé ", " recel de bien provenant d'un vol ", " mise en danger d'autrui ", " vol en réunion ", " violence sur personne dépositaire de l'autorité publique ", " violence avec usage ou menace d'une arme ", " conduite d'un véhicule sans permis " en récidive, " violence en réunion et appels téléphoniques malveillants réitérés ", " récidive de conduite sous l'empire d'un état alcoolique ", " prise du nom d'un tiers ", " usage illicite de stupéfiants ", qu'il avait ainsi gravement troublé l'ordre public. Dans ces conditions, en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige, qui, du reste, n'est pas assorti d'une obligation de quitter le territoire, méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs de fait, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du préfet du Val-d'Oise du 26 janvier 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 11 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Huon, président ;

M. Viain, premier conseiller ;

Mme Froc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

La rapporteure,

signé

E. FROC Le président,

signé

C.HUON La greffière,

signé

A. TAINSA

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2204200

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